Note #3

SINEAU, Mariette, Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la Cinquième République, Presses de Sciences Politiques, 2001

 

L’ouvrage est divisé en deux parties, selon un découpage historique de convention, qui consiste à traiter les années 1958-1995 comme une période où les femmes sont hors-jeu, et les années 1995-2001 comme celles où elles ont enfin accès à des postes importants et à exercer effectivement le pouvoir. En première partie, l‘auteur s’offre des digressions sur les conditions sociales d’accès à la sphère politique sur les femmes (cf. plus particulièrement le chapitre 5). La première partie contient de nombreux portraits de femmes politiques de l’époque (certainement parce qu’elles étaient peu nombreuses). Il y s’agit surtout d’y décrire un combat et des événements symboliques. La deuxième partie montre l’ouverture relative faite aux femmes depuis 1995, nombreuses dans les gouvernements Juppé (mais instrumentalisées pour faire passer des réformes impopulaires), puis Jospin (à l’origine de projets encore controversés aujourd’hui – les 35 heures de Martine Aubry ne font l’unanimité ni chez les socialistes ni chez les libéraux, s'il nous est autorisé de diviser le monde politique en deux catégories). Les chapitres 7 et 8 présentent une analyse plus synchronique de l’entrée des femmes en politique. Je me suis donc plus intéressé aux chapitres 5, 7, 8, et moins au reste du livre.

 

Citations

 

« De fait, pour s’imposer en politique sous la Cinquième, s’intégrer à l’establishment, bref avoir un destin national, les femmes ont dû adopter la voie de la ‘compétence’, privilégier ce mode d’entrée en politique par rapport à la voie de l’élection ou à celle du militantisme. Pour être prestigieux, ce modèle est socialement élitiste, plus adapté aux filles de la haute bourgeoisie parisienne qu’à celles des classes moyennes et populaires de province. » (p.153)

 

« Les filières de l’héritage féminin sont plus diversifiées [que celles des hommes]. (…) La voie de l’héritage est d’ailleurs plus fréquente chez les femmes de droite (…). » (p.207)

 

« (…) l’idéologie de gauche, qui a pour principe général de prôner l’égalité – entre les classes comme entre les sexes – incite les femmes à reconnaître (et condamner) les injustices politiques dont elles sont victimes. Au contraire, l’idéologie de droite, qui s’accommode mieux de certaines formes d’inégalités, qu’elles soient dites ‘naturelles’ ou sociales, n’est guère propice à une prise de conscience féministe. On pourrait dire que les femmes parlementaires de droite ‘consentent’ à leur domination (et à l’ordre traditionnel des genres), en niant subir des discriminations dans leur propre parcours politique. » (p.234)

 

« A droite, au contraire, le féminisme est largement refusé par les hommes, à l’exception de quelques-uns. Il est même assez souvent récusé par les femmes elles-mêmes qui, oublieuses du sexe auquel elles appartiennent, consentent en quelque sorte à leur domination. De fait, si les gens de droite restent aussi imperméables à l’idée d’égalité entre les sexes, c’est parce qu’ils n’ont guère été ‘travaillés’ de l’intérieur par des mouvements collectifs de revendication. La contestation féministe, quand elle a été émise, à droite, n’a guère été entendue, étant le fait d’individualités, non de mouvements organisés collectivement. Reconnaissons d’ailleurs que les idéaux féministes semblent entrer en contradiction frontale avec l’idéologie de droite qui, en prônant la ‘complémentarité naturelle’ des hommes et des femmes, souscrit implicitement à la hiérarchie traditionnelle des genres. » (p.254)

 

« Aux yeux de certains, ce retrait [des hommes politiques] est le symbole éclatant de la privatisation de nos élites. ‘Nous assistons tous les jours à une migration de talents qui quittent la politique pour se diriger vers l‘économie’, écrit Valéry Giscard d’Estaing (2000, p.257-258). L’ancien président de la République explique cet ‘essoufflement’ du recrutement par le fait que le statut du politique n’est plus aujourd’hui ce qu’il a été par le passé. ‘Le pouvoir politique était placé au-dessus de tout. C’était lui qui fascinait les ambitions et qui aimantaient les carrières. Cette situation résultait d’une longue tradition de pouvoir absolu, monarchique et impérial, relayé par le centralisme jacobin et napoléonien.’ (…) Dans un contexte où la hiérarchie des valeurs est en voie de mutation, ne serait-on pas alors en train d’assister à une des nombreuses déclinaisons du principe selon lequel la féminisation d’un milieu coïncide avec la dévalorisation de celui-ci ? Les femmes n’entreraient si promptement en politique que parce que cette sphère est déjà dévaluée et donc désertée par les hommes. Si cette hypothèse s’avérait exacte, le nouveau partage du pouvoir entre les sexes qu’on croyait déceler à travers la féminisation des fonctions politiques ne serait alors qu’un leurre, une illusion d’optique. Le millénaire, loin de marquer la fin des discriminations selon le genre, ne symboliserait finalement que le déplacement de celles-ci – un phénomène au demeurant maintes fois observé par les sociologues dans le monde professionnel (Maruani, 2000). La frontière des inégalités entre hommes et femmes se serait ainsi déplacée de l’agora vers l’entreprise. C’est l’entreprise, et non plus le Parlement, qui, aujourd’hui, serait le symbole et l’instrument de la domination des femmes. A preuve, les rapports officiels s’attachent désormais à stigmatiser la masculinité du milieu des grandes entreprises, où ne figure parmi les dirigeants qu’une poignée de femmes. » (pp.261-262)

 

« Depuis que le monde est monde, la femme fait quelque chose d’admirable et ce pour quoi elle existe sur la Terre, c’est l’enfant ! Toutes les découvertes, c’est l’homme, parce que c’est lui qui a l’imagination créatrice. La femme subit un monde qu’elle n’a pas fait. » (Philippe de Gaulle, sénateur, in Impact du médecin, 08/12/2000, cité p.263)

 

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