SINEAU,
Mariette, Profession femme politique. Sexe et pouvoir sous la Cinquième
République, Presses de Sciences Politiques, 2001
« De fait, pour s’imposer en politique sous la Cinquième, s’intégrer à l’establishment, bref avoir un destin national, les femmes ont dû adopter la voie de la ‘compétence’, privilégier ce mode d’entrée en politique par rapport à la voie de l’élection ou à celle du militantisme. Pour être prestigieux, ce modèle est socialement élitiste, plus adapté aux filles de la haute bourgeoisie parisienne qu’à celles des classes moyennes et populaires de province. » (p.153)
« Les
filières de l’héritage féminin sont plus diversifiées [que celles des hommes].
(…) La voie de l’héritage est d’ailleurs plus fréquente chez les femmes de
droite (…). » (p.207)
« (…)
l’idéologie de gauche, qui a pour principe général de prôner l’égalité – entre
les classes comme entre les sexes – incite les femmes à reconnaître (et
condamner) les injustices politiques dont elles sont victimes. Au
contraire, l’idéologie de droite, qui s’accommode mieux de certaines formes
d’inégalités, qu’elles soient dites ‘naturelles’ ou sociales, n’est guère
propice à une prise de conscience féministe. On pourrait dire que les femmes
parlementaires de droite ‘consentent’ à leur domination (et à l’ordre
traditionnel des genres), en niant subir des discriminations dans leur propre
parcours politique. » (p.234)
« A
droite, au contraire, le féminisme est largement refusé par les hommes, à
l’exception de quelques-uns. Il est même assez souvent récusé par les femmes
elles-mêmes qui, oublieuses du sexe auquel elles appartiennent, consentent en
quelque sorte à leur domination. De fait, si les gens de droite restent aussi
imperméables à l’idée d’égalité entre les sexes, c’est parce qu’ils n’ont guère
été ‘travaillés’ de l’intérieur par des mouvements collectifs de revendication.
La contestation féministe, quand elle a été émise, à droite, n’a guère été
entendue, étant le fait d’individualités, non de mouvements organisés
collectivement. Reconnaissons d’ailleurs que les idéaux féministes semblent
entrer en contradiction frontale avec l’idéologie de droite qui, en prônant la
‘complémentarité naturelle’ des hommes et des femmes, souscrit implicitement à
la hiérarchie traditionnelle des genres. » (p.254)
« Aux
yeux de certains, ce retrait [des hommes politiques] est le symbole éclatant de
la privatisation de nos élites. ‘Nous assistons tous les jours à une migration
de talents qui quittent la politique pour se diriger vers l‘économie’, écrit
Valéry Giscard d’Estaing (2000, p.257-258). L’ancien président de la République
explique cet ‘essoufflement’ du recrutement par le fait que le statut du
politique n’est plus aujourd’hui ce qu’il a été par le passé. ‘Le pouvoir
politique était placé au-dessus de tout. C’était lui qui fascinait les
ambitions et qui aimantaient les carrières. Cette situation résultait d’une
longue tradition de pouvoir absolu, monarchique et impérial, relayé par le
centralisme jacobin et napoléonien.’ (…) Dans un contexte où la hiérarchie des
valeurs est en voie de mutation, ne serait-on pas alors en train d’assister à
une des nombreuses déclinaisons du principe selon lequel la féminisation d’un
milieu coïncide avec la dévalorisation de celui-ci ? Les femmes
n’entreraient si promptement en politique que parce que cette sphère est déjà
dévaluée et donc désertée par les hommes. Si cette hypothèse s’avérait exacte,
le nouveau partage du pouvoir entre les sexes qu’on croyait déceler à travers
la féminisation des fonctions politiques ne serait alors qu’un leurre, une
illusion d’optique. Le millénaire, loin de marquer la fin des discriminations
selon le genre, ne symboliserait finalement que le déplacement de celles-ci –
un phénomène au demeurant maintes fois observé par les
sociologues dans le monde professionnel (Maruani, 2000). La frontière des
inégalités entre hommes et femmes se serait ainsi déplacée de l’agora vers
l’entreprise. C’est l’entreprise, et non plus le Parlement, qui, aujourd’hui,
serait le symbole et l’instrument de la domination des femmes. A preuve, les
rapports officiels s’attachent désormais à stigmatiser la masculinité du milieu
des grandes entreprises, où ne figure parmi les dirigeants qu’une poignée de
femmes. » (pp.261-262)
« Depuis
que le monde est monde, la femme fait quelque chose d’admirable et ce pour quoi
elle existe sur la Terre, c’est l’enfant ! Toutes les découvertes, c’est
l’homme, parce que c’est lui qui a l’imagination créatrice. La femme subit un
monde qu’elle n’a pas fait. » (Philippe de Gaulle, sénateur, in Impact du médecin, 08/12/2000,
cité p.263)