POPPER, Karl, La Logique de la découverte scientifique, Payot, 1973 (1ère édition : 1934)

 

L’épistémologie de Popper suppose que les théories arrivent à un certain niveau de complexité pour pouvoir être falsifiables et donc demeurer « non fausses » un certain moment. Une théorie trop simple (ou dont la formulation est trop simple – bémol pas sans conséquences) est plus facilement démontable, donc plus facilement pas scientifique, qu’une théorie complexe qui nécessite un grand nombre de contre-tests pour pouvoir être falsifiée. En fin de compte, la théorie de la falsification chez Popper a ses conséquences dans le monde social, c’est-à-dire que les chercheurs doivent mettre en place des protocoles de plus en plus nombreux et complexes, utiliser de plus de plus d’instruments de mesure afin de pouvoir contre-examiner les théories existantes.

 

Citations

 

« Les théories sont des filets : seul celui qui lance, pêchera. » (citation de Novalis en incipit)

 

« L’homme de science engagé dans une recherche, dans le domaine de la physique, par exemple, peut attaquer son problème immédiatement. Il peut aller tout de suite au cœur du sujet, c’est-à-dire au centre d’une structure organisée. C’est qu’il existe déjà un corps structuré de doctrines scientifiques et avec lui un état du problème généralement accepté. Il peut donc laisser à d’autres le soin d’ajuster sa contribution à l’édifice en construction de la connaissance scientifique.

Le philosophe se trouve dans une situation différente ; il n’est pas confronté à une structure organisée mais plutôt à une sorte d’amoncellement de ruines (qui recouvrent peut-être un trésor enseveli). Il ne peut invoquer un état du problème généralement accepté car le seul fait généralement accepté est qu’il n’y a rien de tel. Savoir si la philosophie parviendra un jour à poser des problèmes authentiques à propos des choses et, en conséquence, espèrent que ces problèmes seront discutés et qu’on en aura fini de ces monologues déprimants qui passent à présent pour des discussions philosophiques. Et, s’ils se trouvent par chance incapables d’accepter l’une quelconque des croyances établies, il leur reste à tout reprendre au commencement. » (préface, p.11)

 

« Il est courant d’appeler « inductive » une inférence si elle passe d’énoncés singuliers (parfois appelés aussi énoncés particuliers), tels des comptes rendus d’observations ou d’expériences, à des énoncés universels, telles des hypothèses ou des théories.

Or, il est loin d’être évident, d’un point de vue logique, que nous soyons justifiés d’inférer des énoncés universels à partir d’énoncés singuliers aussi nombreux soient-ils ; toute conclusion tirée de cette manière peut toujours, en effet, se trouver fausse : peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous puissions avoir observé, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs. » (p.23)

 

« (…) si la décision est négative ou, en d’autres termes, si les conclusions ont été falsifiées, cette falsification falsifie également la théorie dont elle avait été logiquement déduite.

 

(…) une décision positive ne peut soutenir la théorie que pour un temps car des décisions négatives peuvent toujours l’éliminer ultérieurement. Tant qu’une théorie résiste à des tests systématiques et rigoureux et qu’une autre ne la remplace pas avantageusement dans le cours de la progression scientifique, nous pouvons dire que cette théorie a « fait ses preuves » ou qu’elle est « corroborée ». » (p.29)

 

« (…) J’admettrai certainement qu’un système n’est empirique ou scientifique que s’il est susceptible d’être soumis à des tests expérimentaux. Ces considérations suggèrent que c’est la falsifiabilité et non la vérifiabilité d’un système, qu’il faut prendre comme critère de démarcation.

En d’autres termes, je n’exigerai pas d’un système scientifique qu’il puisse être choisi, une fois pour toutes, dans une acception positive mais j’exigerai que sa forme logique soit telle qu’il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans une acception négative : un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience. » (p.37)

 

« (1) Le jeu de la Science est en principe sans fin. Celui-là se retire du jeu qui décide un jour que les énoncés scientifiques ne requièrent pas de test ultérieur et peuvent être considérés comme définitivement vérifiés.

 

(2) Une fois qu’une hypothèse a été proposée, soumise à des tests, et qu’elle a fait ses preuves, on n’est plus autorisé à la supprimer sans « bonne raison ». Une « bonne raison » peut, par exemple, être son remplacement par une autre qui peut plus aisément être soumise à des tests ; la falsification de l’une de ses conséquences peut encore être une « bonne raison ». (Le concept de « degré supérieur de falsifiabilité » fera plus loin l’objet d’une analyse plus complète.) » (p.51)

 

« Les sciences empiriques sont des systèmes de théories. L’on peut donc décrire la logique de la connaissance scientifique comme une théorie des théories.

Les théories scientifiques sont des énoncés universels. Comme toutes les représentations linguistiques, elles sont des systèmes de signes ou de symboles. Je ne pense donc pas qu’il soit utile d’exprimer la différence entre théories universelles et énoncés singuliers en disant que ces derniers sont « concrets » alors que les théories sont de simples formules ou schémas symboliques ; en effet l’on peut dire exactement la même chose des énoncés les plus « concrets » eux-mêmes.

Les théories sont des filets destinés à capturer ce que nous appelons « le monde » ; à le rendre rationnel, l’expliquer et le maîtriser. Nous nous efforçons de resserrer de plus en plus les mailles. » (p.57)

 

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