Note #1

PIONCHON, Sylvie et DERVILLE, Grégory, Les femmes et la politique, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2004

 

Ouvrage adapté d’une thèse en sciences politiques. L’enquête s’est appuyée sur 32 entretiens, une bibliographie variée (biographies de femmes, travaux de sociologues – Balandier, Bourdieu, Kauffmann, Laufer – et de politologues) et des données chiffrées d’institutions reconnues (INSEE, INED…).

 

Plan de l’ouvrage 

 

S. Pionchon commence par un panorama quantitatif du champ politique (ch.1), puis essaie de synthétiser la position des femmes à un niveau macrosociologique (famille, école, emploi – ch.2), en détaillant émancipations récentes et inégalités persistantes. Le chapitre 3 s’intitule « Le fonctionnement sexiste du champ politique », et traite ce monde de l‘intérieur, à travers des témoignages d’hommes et de femmes élu-e-s. Le chapitre 4 traite des représentations dominantes sur les rôles sexuels, puis sur la politique ; S.Pionchon y interroge notamment « l’idée de nature » et de la « biologisation du social » qui permet aux hommes d’éviter d’interroger la situation des femmes en ne relativisant pas le contexte historique et culturel. Au chapitre 5, elle analyse le rôle des femmes dans leur auto-exclusion du champ politique et son lien avec la socialisation différenciée qu’elles subissent pendant leur enfance.

 

Je choisis ici de porter mon attention sur les chapitres 3 (pp.73-106) et 5 (pp.155-202), parce qu’ils détaillent les jeux institutionnels, puis les processus d’exclusion à travers les croyances des individus. Ils donnent une large place aux représentations des acteurs et à des anecdotes qui laissent transparaître la réalité des rapports de force. Le but de cet exercice est, à partir de citations d’extraits de ces chapitres (lesquels, placés par ordre de pagination, constituent une sorte de résumé, au mieux, du chapitre, au pire, de ce que j’en retiens), de raisonner par analogie en transposant au monde patronal les thèmes développés sur le monde politique.

 

Citations chapitre 3

 

« En premier lieu, les femmes sont défavorisées par le mode de recrutement de l’élite dirigeante au niveau national. » (p.74)

 

« Un siècle et demi pendant lequel les hommes ont fait de la politique entre eux. Ils ont ainsi défini une culture, des usages, un langage que l’intrusion des femmes perturbe. Ils ont fondé une République des frères, un fratriarcat, que la présence des femmes remet en question. » (Françoise GASPARD, citée p.97)

 

« Ce fratriarcat se maintient encore aujourd’hui, d’abord parce que dans toutes les activités politiques, la sociabilité est majoritairement masculine : les hommes politiques sont habitués à côtoyer essentiellement des hommes, avec qui ils développent des réseaux de mêmes à mêmes. Il s’appuie aussi sur des réseaux de sociabilité qui présente la même tradition d’homosocialité : au cours d’activités de détente, de rencontres sportives, de repas entre anciens de grandes écoles… L’appartenance à ces réseaux périphériques du pouvoir, qui permet de collecter les informations et de trouver les alliés décisifs, est une ressource capitale pour réussir une carrière en politique. Or, les femmes y appartiennent très rarement. Leur marginalisation dans les instances de décision politiques tient donc beaucoup à ‘ce qui se joue en amont’, dans ‘un milieu  qui demeure fermé aux femmes et où les hommes, entre eux, se rencontrent et nouent des relations et des solidarités’, dans des clubs, des pubs, des saunas ou encore des parcours de golf (Gaspard, 1997, p.102). » (p.98)

 

« La presse se fait souvent l’écho de ces blagues que les politiques aiment échanger ‘entre hommes’, et qui visent à dénigrer les femmes sur le mode de l’humour complice. Ainsi Le Canard enchaîné (21/01/1998) rapporte un échange entre P. Séguin et C. Pasqua à l’occasion d’une réunion au RPR : alors que le premier se demande comment gérer ‘les amendements de Roselyne [Bachelot] sur les gonzesses’, qui sont ‘vraiment la merde’, C. Pasqua propose cette solution : ‘Toutes les femmes qui veulent avoir l’investiture doivent être baisables. C’est bien la seule proposition sur laquelle les anti-maastrichtiens et les maastrichtiens peuvent s’entendre.’ Ces plaisanteries salaces, qui réduisent la femme au rang d’objet sexuel, sont une caractéristique des groupes exclusivement masculins (vestiaire, chambrée de caserne…), pour qui l’entrée des femmes est un vecteur de désordre. En ce sens, le goût que les hommes politiques semblent avoir pour ce type d’humour et le sentiment de complicité qu’ils en retirent expliquent en partie leur résistance face à la féminisation de l’espace politique.» (pp.98-99)

 

«  Les femmes sont donc très handicapées dans leur accès au champ politique. Leur participation apparaît comme une transgression et une usurpation : à travers la revendication d’un partage des pouvoirs entre les hommes et les femmes, c’est en fait tout l’échafaudage socioculturel des rôles et des identités de sexe qui est ébranlé. » (p.100)

 

Citations chapitre 5

 

«  Fondamentalement, l’identité de sexe ne se réalise pas de la même manière pour les deux sexes. Alors que les hommes vont trouver dans l’activité professionnelle et le champ politique un espace de réassurance et de confirmation, c’est la prise en charge de la famille qui remplit cette fonction pour les femmes. » (p.155)

 

« Les ‘femmes de tête’, parce qu’elles s’éloignent de l’éternel féminin (la mère dévouée, l’épouse séduisante et la ménagère accomplie), restent plus souvent célibataires que les autres femmes ; elles peinent à trouver un conjoint qui accepte d’emblée une position subalterne, et quand elles en trouvent un leur couple est plus fragile que la moyenne (cf. Bihr & Pfefferkorn, 1996, p.98-100). » (p.164)

 

«  La politique exige un fort goût de la lutte et de la victoire, une capacité d’indépendance, de la confiance en soi… bref, elle exige ce que les psychosociologues appellent la ‘capacité de dominance’, c’est-à-dire la capacité à s’affirmer et à exercer un leadership, si besoin au détriment de l’approbation et de la reconnaissance des autres. Or, de par leur socialisation, les femmes possèdent moins souvent un tel trait de personnalité. » (p.165)

 

« Certaines femmes entrent en compétition avec les hommes jusque dans leurs chasses gardées, notamment la politique, signe qu’elles échappent plus ou moins aux représentations sociales de la féminité et qu’elles ont acquis elles aussi des capacités d’affirmation personnelle et de dominance. » (p.167)

 

« Les femmes de pouvoir semblent en fait avoir souvent occupé pour leurs parents la place du ‘garçon manquant’ (I. Lasvergnas), absent, décédé ou défaillant. Parce que leur père n’avait pas à sa disposition un héritier pour concrétiser ses ambitions, il les a reportées sur elles et les a élevées en dehors des normes traditionnelles de la féminité. » (p.168)


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