Pensées d’un
vrai amoureux
Il m’a l’air génial, ce concert, surtout depuis que je sais qu’elle m’a dit oui pour venir. Allez, sors de chez toi, ça fait déjà 8 minutes que je t’attends, que fais-tu ? T’as toujours été lente pour sortir, mais là franchement tu commences à me les gonfler. Allez, putain... Ah quand même…
« Ben ! » « Carine ! » « Alors t’es content que je vienne, hein ? »
Mon Dieu, cette façon de m’embrasser, alors… plus près, petit bébé, plus près de mon torse, que je te sente bien, que je sente ta poitrine…
« Hum, pas si près ! » « Qu’est-ce qu’il y a, ma biche ? » « Pas si près, c’est tout… »
Elle m’emmerde, mais il faut toujours lui sourire. ’’Au gré de ses caprices il faut savoir perdre ton temps’’, comme dit l’autre. Ca fait un mois que je lui ai déclaré ma flamme et elle veut toujours pas baiser, j’en peux plus. Si elle savait le soir comment je considère ses seins, ce que je veux faire d’eux, elle m’en voudrait, c’est certain. Bon, enfin, on y va, j’espère qu’il y aura Jérôme, ça fait trois semaines que je ne l’ai pas vu.
« T’as vu mon frère, il a… »
Ah ouais ? Intéressant. Ô comme c’est bon quand tu remues tes lèvres, et quand tu chantes tes mots de ta voix claire… j’aimerai entendre ta voix de plus près, viens les dire à mon oreille. Peu importe ce que tu peux bien me dire. Tu me parlerais de mouches, ce serait passionnant.
« Pourquoi tu te penches comme ça ? » « Je sais pas. »
Et elle rie maintenant. Et ses yeux jettent de la lumière dans les tristes rues de cette ville où j’errais depuis 22 ans. Je t’ai trouvé, je ne te quitterai plus.
« Ca va ? A quoi tu penses ? » « On va passer un moment génial, j’en suis sûr, ce groupe, tout le monde dit qu’il est trop bon sur scène… et puis je suis content, y a toute la clique de mon ancien lycée, tu vas voir, ils sont trop sympas… »
Elle va les aimer, et m’aimer à travers eux. Enfin ! C’est là. Ah, tiens, Jérôme, là, juste devant.
« Jérôme ! Ca va ? » « Ouais, bonjour… C’est ta copine ? » « Oui. Jérôme, Carine, Carine, Jérôme… » « Alors, quoi de neuf ? » « Ben pas grand-chose, la même routine… » « Ah bon ? » « Ben ouais… » « Bon ben… Christophe est là-bas ? Ce soir, ça va être dur de rentrer après à la maison alors je voulais savoir si il y avait moyen de pieuter chez lui. » « Ouais, ça doit être faisable. Je vais aller le voir, attends. »
Dis donc, il a pas le moral, Jérôme. Enfin là, ce soir, on va pas pouvoir parler comme d’habitude. J’ai ma nana avec moi… Ah, Carine… C’est bondé de monde, on va être super collés l’un contre l’autre, je vais la bouffer, je vais lui mordre les lèvres avec tout ce que j’ai dans les tripes, elle va pas s’en relever, ah ah ah… viens-là, que je t’embrasse, ma garce…
« Huuum… eh ben dis donc, je savais pas que t’étais aussi content, mon beau… »
Tu crois pas si bien dire. Tu m’as fait tellement gamberger, aujourd’hui, à me dire « je viens, je viens pas ». Mais t’es là maintenant, et c’est tout ce qui compte. Tiens, allons dans la salle.
« Tu viens, princesse ? Ah, ça a pas encore commencé… »
Viens là, je veux te mordre encore. Tiens c’est vide là ! Attends, je vais t’écraser sur le sofa ! Huuuuum…
« S’il te plaît, moins fort Ben… j’aime bien de temps en temps mais tu déconnes là ! » « Mais non, mais non ! »
Non, ne te relève pas… non, s’il-te plaît… Et voilà ! J’en ai marre, à chaque fois que j’ai un élan envers elle, faut qu’elle se défile, fais chier…
« Ben ! » « Rémi » « Tu te souviens de Carine ? » « Oui, ça va ? » « Ca va. » « Alors, t’as vu, le concert a un quart d’heure de retard. » « Ouais, ce sont des choses qui arrivent. De toute façon, nous aussi on est arrivés 5 minutes en retard, alors… » « Oh, Martin ! A toute Ben ! »
Ouais, vas-t-en, laisses-nous seul… Huuuuuuum, approchons-nous…
« Ouais, ce retard, ça me rappelle la fois où… »
Pfff… allez encore parti pour une anecdote inutile et sans saveur. T’as vraiment le chic pour ça. Arrête de parler, viens avec moi ce soir, je vais t’arracher ton soutien-gorge, ma garce… Ouf, sauvé !
« Ah, voilà Christophe ! » « Christophe, Carine, Carine, Christophe… » « Jérôme me dit que tu cherches un endroit où pieuter ce soir… » « Ouais, t’aurais un endroit ? » « Pour toi seulement, ou… » « Ben, ça ça dépend d’elle ! » « Non, ma mère m’attend vers minuit, je devrai rentrer… » « OK, ben à toute à l’heure, Ben ! »
« T’es sure que tu veux pas venir ? » « Non, on en a déjà parlé, je veux pas… » « OK, OK… j’ai compris… je veux pas te brusquer, tu sais… » « Je sais. »
Ce sera pas possible, ce soir encore. Quand c’est qu’elle comprendra, bon Dieu ?
Et ça y est, enfin ils arrivent. J’aime bien leur look, la bassiste surtout, qui ressemble à un soldat GI Joe avec son treillis et ses godasses. J’aime pas trop être debout entre tous ces gens, ils auraient pu prévoir des sièges.
« T’as vu la bassiste ? Elle est cool, hein ? » « Ouais ! » « On dirait pas GI Joe ? » « Ah ah ah ! Ouaiiiiiiis ! Huh ! » « Viens là ! »
Ouiiii, vas-y, laisse-moi faire… Là, devant tout le monde…
« S’il-te plaît Ben, pas ici, pas là, pas maintenant… »
Merde. On est à un concert de rock. Y a rien de choquant, putain je veux juste t’embrasser et passer mes mains dans ton dos, qu’est-ce qu’il y a, putain ? Et maintenant, elle me fait la gueule.
« Excuse-moi, Carine, j’abuse… » « Oui, franchement, là t’abuses. » « OK, OK, j’ai compris… »
Je vais lui faire un sourire. Voilà. Elle va mieux. Va falloir que j’arrête, c’était limite là. N’empêche, Carine, tu déconnes toi aussi. Si seulement tu savais dans quel état tu me mets. Je me tiens plus là. Laisse-moi penser à autre chose, viens te serrer contre moi, prends mon pénis, suce-le, laisse-moi te prendre et en finir avec cette foutue obsession.
« Il est bon ce groupe, hein Ben ? » « Ouais, génial ! »
Ca me prend tout entier, et je ne suis plus capable d’écouter la musique, je ne suis plus capable de t’entendre, je regarde tous tes sourires avec le même désir lubrique, qu’est-ce que tu attends pour me débarrasser de ça ? Allez, vas-y, s’il-te plaît. Tu vas aimer. Peut-être qu’après, tu arrêteras de te plaindre de mon comportement d’adolescent. Je veux écouter de la musique différente, je veux grandir, je veux continuer à avancer, je veux te montrer des choses que moi-même je n’ai pas exploré (et je sais que j’ai un temps d’avance sur toi). J’arrêterai de t’entendre ânonner sans cesse tes petites histoires de gamine, je te dirai la vérité sur toi, je te ferai changer, tu raconteras des choses intéressantes, je te ferai comprendre les limites de ta façon d’agir. Quand on retournera au restaurant, je te regarderai avaler tes spaghettis de façon différente, j’apprécierai la nourriture au lieu de rester là à baver comme un cochon. Et peut-être même que je me remettrai à travailler… Bah, au moins j’ai encore un peu d’humour… je ne te blesse pas, moi. Ca m’énerve, ça m’énerve, j’arrive plus à penser à autre chose. Je vais plus arriver à penser à autre chose. Tu vas me plaquer si on ne fait pas ça ensemble, j’en suis sûr. Tu sens pas que je ne peux plus rien te dire, que, là, maintenant, je n’ai plus rien à te dire ? Si seulement…
« Ben, c’est fini ! » « Déjà ? » « Ben ouais… tu me raccompagnes ? » « Bien sûr. » « Ca t’a plu ? » « Ouais. Merci. » « De quoi ? » « Ben d’avoir insisté. » « De rien. » « Je me ferai pas prier la prochaine fois. » « OK. »
Ben voilà, je suis tout froid maintenant. La semaine prochaine, je lui fous la paix. J’espère qu’elle m’en voudra pas. On sait jamais avec elle. Fais chier.