L’horreur n’a
pas de nom
Dès la naissance de son petit frère Marc, Philippe, alors âgé de cinq ans, éprouva une grande jalousie envers lui, le petit nouveau de la famille. Pour le 4ème anniversaire de Marc, il mit le feu au gâteau, et pour sa première communion, il tenta derrière le dos de ses parents de le noyer dans le bac d’eau bénite de l’église.
Philippe est aujourd’hui âgé de 18 ans, tandis que Marc, 13 ans, rentré fraîchement dans son adolescence, commence à soigner son image afin de gagner le cœur des filles, malgré les nombreux tours que lui joue son malicieux rival.
On pourrait en donner de nombreux exemples. Citons le plus récent : Philippe, lorsqu’il se rendit compte de la coquetterie grandissante de son frère, lui tendit un piège des plus drôles. Avant que son frère n’aille prendre une douche, il pissa dans le flacon de shampooing au miel de son frère, et celui-ci, qui l’utilisait presque tous les jours, arriva dans son collège entouré d’une odeur peu flatteuse, subissant les moqueries de tous les autres élèves. Il tomba dans une grave dépression, dont il ne s’est toujours pas remis.
L’alerte fut donnée hier lorsque Marc fit une tentative de suicide ratée aux somnifères. Heureusement, son frère proposa son aide, ce que ses parents, très occupés à travailler, acceptèrent volontiers. En ce moment même, Marc et Philippe, chacun allongé sur son lit, discutent de tout et de rien. Ecoutons-les :
P : Ah, mon frère ! Pourquoi ce suicide ?
M : Si tu me traitais mieux aussi…
P : Ta gueule ! Je suis ton frère aîné, je fais ce que je veux de toi.
M : Franchement… quelle manière t’as de m’aider !
P : J’aurais préféré que tu meures. D’ailleurs, qu’est-ce qui m’empêche de faire que tu crèves, MAINTENANT ?!
Marc comprend, dans les yeux de son frère, la haine qui l’anime, et alors que celui-ci se lève, il comprend aussi la haine qui va faire que lui-même ne s’animera plus. Je pourrais raconter la fin de cette histoire, mais force est de constater qu’elle n’a rien d’intéressant, vu qu’on sait que Philippe va violer son frère, lui découper les yeux, faire plein d’autres trucs aussi joyeux qu’expérimentaux sur lui avant de le tuer. Lecteur, tu vas être surpris : en bon magicien, je vais te changer le cours du récit (ça t’épate, hein ?). Voilà donc : Philippe se lève, mais subitement, il se transforme en chien et va se blottir contre les bras de Marc, qui sourit alors en au mur de sa chambre qui lui fait face tout en mettant de la morvelle autour des yeux. Une voix grave leur demande alors quelle est la couleur du vin mais personne ne répond. La fenêtre de la chambre s’ouvre alors, et les deux personnages, dont Philippe qui reprend sa forme initiale, se lèvent et vont regarder ce qu’il y a dehors. Marc voit des vaches qui jonglent avec des pots de lait, alors que Philippe se voit lui-même en train de se trancher la jambe, et d’y rentrer tant bien que mal des guillotines. Cependant, le décor est le même malgré leurs divergences optiques : un Soleil rebondit sur de l’herbe avant de rentrer dans une armoire à gauche, laquelle se met ensuite à courir vers une porte que l’herbe a brusquement dévoilée. Lecteur, il est maintenant temps pour toi d’ouvrir tes oreilles, car Marc et Philippe, qui viennent de fermer la fenêtre, te disent : « On ne peut pas tromper une femme mille fois, car une femme ne pourrait pas se laisser tromper ainsi, étant donné qu’elle a une mémoire d’éléphant. » Lecteur, il t’est impossible de leur répondre, tu le sais bien, mais console-toi en te disant que de toute façon, mes personnages se foutent de toi comme ils se sont foutus de la voix grave tout à l’heure. Apprécie le jeu de mots, quand même (tromper / éléphant !) ! Même moi je ne sais plus ce que font Marc et Philippe en ce moment ; lecteur, j’en ai donc fini. Ferme ce livre, ferme ta gueule et laisse-toi mourir ! Tout est joué, lecteur ; j’ai gagné.