Le grand renoncement

 

 

C’était un soir de pluie… Jack, un glorieux détective privé à la carrière exemplaire, sortait de chez lui dans l’intention de se rendre chez sa charmante maîtresse, Maggie. Sa voiture refroidie par l’humidité ne démarra pas et il fut contraint de faire 15 km à pied sous une averse persistante, tout ça parce qu’il voulait absolument coucher avec une fille vulgaire mariée à un patron déjà mille fois cocu par sa faute. Arrivé à destination, la Maggie le reçut chaleureusement, comme il pouvait s’y attendre. Mais, pendant qu’il s’envoyait en l’air avec elle, il perçut à travers une des fenêtres le regard d’une personne familière, laquelle, il fut incapable de le dire, celle-ci ayant fui rapidement. Jack, saisi d’une étrange intuition, s’échappa précipitamment sans avoir fini d’amuser celle qu’il ignorait être la pire putain de tous les temps, et se rhabilla encore en courant au hasard dans la rue, à la recherche du mystérieux voyeur. Il finit par le reconnaître devant le bar d’en face ; c’était effectivement un visage singulier. Lorsque son ami s’enfuit, il se mit à le poursuivre à grandes enjambées, il savait qu’il le rattraperait facilement. Il le coinça au bout d’une impasse.

 

« Frank », dit-il, « rends-moi tout de suite ton appareil photo, je sais que t’en as un, ou alors file-moi la pellicule ! » Frank était un vieux détective privé, à la retraite depuis une douzaine d’années. « Bon d’accord, Jack », répliqua-t-il en lui tendant l’appareil, « tiens ! ». – « Qui t’a engagé ? » - « Tu crois quand même pas que je vais te le dire ? » - « Réponds, ou… », le poing tendu. – « Je… je bosse… pour le même type… que toi… » - « Hein ? » - « Ton enquête… traînait depuis huit mois… il commençait à suspecter quelque chose et… » - « Et ? » - « Et je ne suis plus aussi jeune, enfin pas comme toi, et… et sa femme, tu le comprends ? » - « D’accord ! ». Frank passa sa nuit dans la benne à ordures.

 

Le lendemain, Jack se rendit chez sa maîtresse pour voir son patron, Henry. Henry était revenu d’Espagne après une semaine d’obligations professionnelles. Henry était crevé. Il eut à subir les remontrances du détective privé qu’il avait engagé pour suivre son épouse et qui avouait maintenant sa faute en s’acharnant à demander plus de temps et de confiance. Il avait néanmoins compris que Frank avait servi à quelque chose ; il rassura Jack d’une façon assez aisée pour lui laisser croire que par son attitude il ne l’avait pas mis au courant de sa faute. Après le départ de Jack, Henry passa un coup de fil à Frank, qui revenait de sa poubelle, puis invita sa femme Maggie à dîner au restaurant, histoire de pouvoir la sauter ensuite comme n’importe qui.

 

Maggie avait donné un double de la clef à Jack, qui devait rejoindre Frank chez elle. Frank et Jack firent l’amour dans le lit d’Henry, et lorsque celui-ci revint du restaurant avec sa femme, tout fut bien qui finit bien.

 

FIN


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