L’authenticité
est dans la mort
Petit essai poético-philosophique.
Un samedi comme un autre. Au hasard d’une rue, je croisai la femme qui m’avait fait rêver pendant plus de quatre ans. Elle était toute vêtue de blanc, comme pendant mes nuits d’adolescents où j’avais l’habitude de la voir, endormi sous les coups de boutoir du marchand de sable. J’explorais à ce moment-là pour la première fois les affres de la dépression.
Elle m’avait blessé. Elle était allée traîner avec ce type absolument effroyable, qui ne me ressemblait pas du tout. Autrefois, lorsqu’une femme me blessait de cette sorte, je ne souffrais pas. Je partais immédiatement, chercher mes prochaines cicatrices ailleurs était devenu un rituel cyclique qui me heurtait de l’intérieur. Ce n’était pas Elles qui me faisaient mal, c’était Lui. Ce Destin horrible qui m’avait attribué une Nature instable. A peine une confiance trouvée, je l’abandonnais, pour la retrouver encore le lendemain et la perdre à jamais le surlendemain. Je m’en voulais à Moi, à Elle, à Tous, au lieu de lui en vouloir à Lui.
Cela aurait été pareil sans elle. L’homme peut faire ce qu’il veut, il ne peut pas vouloir ce qu’il veut. L’état du monde me trahit continuellement.
Et cela aurait été pareil sans Lui. Le Destin, c’est de la poussière en mouvement. Je suis le Destin. L’authenticité est dans la mort.
Lorsque je la rencontrai de nouveau en ce millième de seconde parmi d’autres, j’étais entièrement habillé de noir, comme si je portais depuis toujours mon propre deuil.