Chapitre VI
Elle avait décidé de faire le pas avec lui en sortant de chez son avocat. Elle y avait appris qu’il n’avait pu trouver aucun témoin à décharge. S’il était lui aussi condamné, il n’y avait plus qu’à le faire ensemble. L’évasion était largement à leur portée. Et là, alors qu’elle tenait sa main fort dans la sienne, tout ça s’envolait. Le type étrange avec qui elle partageait sa cellule était couvert de larmes et semblait comme parti. « Eh, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Ca va pas ? Dis-moi, qu’est-ce qu’il va pas ? »
Confronté au mutisme du Cavalier, Virginie s’affola. Il ne bougeait pas, ses poings étaient serrés, sa bouche remuait lentement mais sans émettre un seul mot. Ses yeux restaient plongés dans un vague indescriptible, fixaient passivement un clou qui traînait dans la cellule. Elle prit sa tête entre ses mains et se mit à l’agiter violemment, sans succès aucun. Elle paniqua tellement qu’elle hurla très fort, dans l’espoir que quelqu’un l’entende. Un des gardes fut interpellé par ses cris et vint exiger de savoir ce qui se passait.
« Je ne sais pas ce qui lui arrive », dit-elle en pleurs, « il bouge plus, appelez un docteur, s’il vous plaît, vite. » Le garde réclama fortement de l’aide, déverrouilla la porte et s’agenouilla devant le corps inerte du Cavalier. « Qu’est-ce qui lui arrive ? » « Je ne sais pas, il était comme ça… quand je suis arrivé, il était comme ça… je vous en prie, faîtes quelque chose… » Le garde sortit précipitamment et disparut. Virginie porta ses bras autour du cou du Cavalier et le prit contre elle : « Reviens, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Dis-moi qu’est-ce qu’il t’arrive… Qu’est-ce qu’il t’arrive… » Il restait inerte, les yeux désespérément vides de toute expression. Elle embrassa spontanément le creux de son cou au-dessous de son oreille puis y murmura : « On va pas rester ici, tu vas voir… » Elle le reposa sur la couche en entendant le garde revenir avec deux infirmiers. Ceux-ci se dépêchèrent de mettre le Cavalier sur un brancard. « Viens à l’infirmerie avec nous », dit le garde à Virginie. « On va avoir besoin de toi pour savoir ce qui lui est arrivé. »
Installé dans un lit au milieu d’autres prisonniers malades, le Cavalier se distinguait par son état catatonique avancé. Après lui avoir administré un médicament par voie intraveineuse, les infirmiers interrogeaient Virginie. Elle expliqua qu’elle l’avait trouvé immobile sur son lit, qu’elle pensait qu’il devait être en train de réfléchir comme à son habitude, avant de se rendre compte qu’il ne réagissait pas à ses questions ; puis raconta que saisie par l’angoisse, elle appela au secours. Le garde lui demanda où elle était avant d’arriver dans la cellule. « J’étais avec mon avocat », répliqua-t-elle. Il y eut alors un mouvement sur le lit.
Le Cavalier s’exhumait de sa léthargie, certainement aidé par les soins. Il bougeait lentement les bras et les jambes, comme s’il se réveillait après une nuit difficile. Son premier regard fut pour le garde. « Je suis où ? », demanda-t-il calmement. « A l’infirmerie », répliqua brusquement Virginie, qui apparut soudain à sa gauche. « Vous pouvez retourner dans votre cellule », déclara sèchement le garde à l’intention de la jeune femme. Elle partit en le regardant aussi sèchement, sous l’œil attentif d’une caméra de surveillance.
« Qu’est-ce que je peux bien faire ici ? », demanda-t-il à l’infirmier qui dévoilait sa présence à sa droite. « Vous avez fait une crise psychotique très profonde, si on en croit le témoignage de votre compagne de cellule », lui répondit-il d’un ton très calme. « Mais qu’est-ce que je faisais avant ça ? » « Ca, personne ne le sait, ce sera à vous de le découvrir. On va vous laisser un peu ici pour que vous repreniez vos esprits. Ensuite, nous ferons en sorte pendant un certain temps que vous soyez moins isolé dans votre cellule. Vous vous sentez comment là ? » « J’ai comme du blanc d’œuf dans la tête. »
Notre héros passa deux nuits supplémentaires à l’infirmerie, émaillées de réflexions dont je te dispenserai pour le moment, avant de retrouver sa cellule. Virginie faisait celle qui ne l’attendait pas :
« Virginie : Alors, comment ça s’est passé à l’infirmerie ?
Cavalier : Normalement. On y mange mieux qu’à la cantine de la prison. C’est à croire que nous sommes précieux, nous autres meurtriers.
Virginie : Il y a des fois où nous comptons pour de vrais êtres humains.
Cavalier : Mouais, tu parles… Dis-moi… Comment je me suis retrouvé à l’infirmerie ?
Virginie : Eh bien… je suis revenue de mon rendez-vous avec l’avocat et tu étais planté sur le lit, la tête dans les nuages. J’avais beau te parler, tu réagissais pas. Alors j’ai appelé le garde qui a appelé les infirmiers qui t’ont amenée à l’infirmerie. C’est tout ce que je sais.
Cavalier : Y avait rien d’autre ? Je ne sais pas si je me souviens bien mais en principe, il y avait une lettre de mes parents. Ou alors ça faisait partie de ma crise…
Virginie : Non non j’ai bien vu cette lettre traîner sur ton lit quand je suis revenue de l’infirmerie. Attends… »
Elle fouilla sous sa couche et en sortit la lettre soigneusement pliée et conservée.
« Virginie : Voilà.
Cavalier : Donc ça, c’était vrai ?
Virginie : Pourquoi, tu te rappelles du reste ?
Cavalier : Bien sûr. J’ai rien dit aux infirmiers, j’ai minimisé exprès. Je veux pas qu’on vienne me casser les pieds. Je suis sain et fort.
Virginie : Racontes-moi, et je te dirais ça.
Cavalier : Je peux avoir confiance en toi ? Tu cafteras pas ?
Virginie : Non. J’ai cafté pour la lettre ?
Cavalier : Non, c’est vrai. D’ailleurs, il faut que je te dise merci. Je suis peut-être fou dans cette prison, mais il ne faut pas que je le sois pour de bon.
Virginie : Comment ça ? »
Notre héros détailla alors ses plans et fit le récit de sa crise de démence. Virginie essayait de le regarder de la façon la plus inexpressive possible, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de sentir qu’il fallait qu’elle le sorte de là avant qu’il ne pète définitivement les plombs. Ses yeux la trahissaient malgré tout.
« Cavalier : Voilà. Tu… j’ai l’impression que ça va pas.
Virginie : Non, non, ça va.
Cavalier : Ne me dis pas ça, ça se voit que tu vas pas bien. »
Elle n’était pas habituée à ce genre de naïveté de sa part. Elle se décida à répondre franchement.
« Virginie : Non, ça ne va pas. Comment tu veux que ça aille ?
Cavalier : Je sais pas, j’en sais rien.
Virginie : Je t’ai menti tout à l’heure. Ca s’est pas passé calmement quand on t’a amené à l’infirmerie. J’ai éclaté en larmes quand j’ai vu que tu ne me répondais pas. J’ai paniqué, j’ai hurlé pour que le garde vienne. Je savais pas comment faire pour que tu t’en sortes, je t’ai agité dans tous les sens, j’ai eu peur, je savais pas comment te sortir de là. J’ai eu très peur pour toi. »
Le Cavalier sentit une pointe d’émotion intense dans son cœur.
« Cavalier : Je… je comprends pas. Je comprends pas.
Virginie : Je veux qu’on s’évade ensemble. Tu as bien été condamné, hein ?
Cavalier : 35 ans ferme. Je me suis fait passer pour un fou à l’audience.
Virginie : Ah ah ah ! T’as fait l’acteur ?
Cavalier : Ouais.
Virginie : Ah ah ah ! Je savais que t’étais malin. »
Ils rirent ensemble de bon cœur et oublièrent un instant qu’ils étaient en prison, jusqu’à ce qu’elle reprenne la parole :
« Virginie : Ca va pas tarder pour moi non plus. Il n’y aura personne à mon procès pour me défendre. Et moi, j’aurai du mal à faire jouer l’irresponsabilité. Je ne suis pas aussi bon acteur que toi.
Cavalier : Tu veux que je te raconte ? »
Elle acquiesça d’un simple geste de la tête. Le Cavalier se mit à narrer son procès sur un mode comique, en insistant sur l’aspect canular de l’action et en appuyant chaque nouvelle étape par des gestes théâtraux. Dans cette nouvelle version des faits, le procureur était un puceau d’une pudeur excessive, son avocate une complice involontaire et le juge le dindon d’une farce qui le dépassait complètement. Tous avaient contribué à la construction de sa mascarade, tous avaient involontairement participé au jeu qu’il avait minutieusement élaboré. Virginie n’en finissait plus de rire à chaque nouveau chapitre de l’histoire. Elle savait bien que le Cavalier échafaudait tout ça en direct pour la discussion, elle n’était pas dupe, mais le plaisir de le voir réinventer tout ça n’en était que plus fort. Dès le début, elle avait subodoré ce genre de génie chez lui. Elle savait, sans se l’exprimer, que, débarrassé de ses inhibitions, son compagnon de cellule serait un gars extraordinaire.
Une fois le récit terminé, une amertume gigantesque emplit la cellule.
« Virginie : C’était un procès rigolo alors.
Cavalier : Oui. J’ai un peu exagéré, tu sais…
Virginie : Je sais, je sais. Je pensais pas que tu étais capable de faire le clown.
Cavalier : Mais je faisais pas le clown.
Virginie : Ben alors tu le fais, mais tu sais pas que tu le fais.
Cavalier : Mouais, enfin… Faudrait qu’on parle de cette évasion. Je veux dire, j’ai rien à perdre mais je suis pas sûr de vouloir parce que… qu’est-ce que je ferais dehors ? Ici, je suis logé, nourri, en sécurité… mais dehors, on lancera des avis de recherche contre moi et ce sera difficile d’assurer ma subsistance si je ne peux pas trouver de travail.
Virginie : Tu vas devenir fou pour de bon si tu restes ici.
Cavalier : Qu’est-ce que tu peux bien en savoir ?
Virginie : Je le vois, t’es déjà pas le style à t’épanouir en liberté, alors en cage… crois-moi, ça va te tuer de rester ici.
Cavalier : Y a quelque chose que je comprends pas là d’un coup. C’est quoi ta motivation à toi pour sortir ? Qu’est-ce qui t’attend dehors ? T’as autant besoin de moi pour ce coup-là ? »
Virginie se sentit blessée par ces dernières paroles de notre héros. Elle croyait qu’il avait compris, alors qu’il avait bien affirmé le contraire. Notre héros est vraiment un crétin quand il s’y met, et même quand il s’y met pas d’ailleurs. J’avais déjà laissé subodorer un peu plus haut que le Cavalier Blanc ne comprenait rien aux femmes, je pense qu’il est temps de donner quelques précisions maintenant à ce sujet (eh ouais, lecteur, je fais tout ce que je veux quand je le veux… puisque c’est moi qui raconte cette histoire… j’adore cette fantastique liberté… si seulement j’avais la même quand je n’écris pas !).
En fait, on peut pas faire plus facile que ça ; le Cavalier Blanc n’a jamais eu de relation amoureuse. Jamais une seule. C’est pas qu’il se foutait de cet aspect essentiel de la vie d’un être humain quand il était plus jeune, c’est juste que, lié au territoire étroit qui circonscrivait ses relations, il ne trouva jamais une seule fois une femme qui lui plut suffisamment pour se sentir obligé de l’aborder. On sait bien que l’amour est une nécessité vitale, à la fois pour l’individu et pour l’espèce, et cette coïncidence de vues laisse toujours présager un but plus grand que la Nature, Dieu, ou la gravitation universelle interastrale impose à l’homme. Le Cavalier Blanc, de par son éducation libertaire, avait toujours cru échapper à cette loi inhumaine et en nourrissait son orgueil à tel point qu’il plaçait des exigences très élevées quant à l’identité de son âme sœur. Pour le dire autrement, le Cavalier Blanc n’aurait baisé avec une fille que si elle lui ressemblait en tous points, à croire que son comportement ne trahissait pas autre chose qu’une homosexualité coupable, ce qui n’était pas le cas, car, comme tous les garçons de quatorze ans, il lui arrivait de se masturber dans les toilettes soigneusement verrouillées de la maison de ses parents en regardant des photographies de jeunes femmes nues, et non de garçons velus et bien membrés.
Il y eut un moment où il fantasma clairement sur la jeune femme qu’il a évoquée avec Virginie lors d’une des conversations relatées précédemment. A ce moment-là, la frontière entre passion amoureuse et désir sexuel lui sembla nettement s’estomper. Il ne savait pas comment interpréter les sentiments qu’il avait pour la jeune fille. Il voyait qu’autour de lui, nombre de jeunes garçons revendiquaient clairement devant elles le désir qu’elle éveillait en eux, mais cette situation fit naître un conflit en lui. Il rejeta viscéralement les garçons de son village et s’en coupa subitement alors qu’il les fréquentait régulièrement jusque-là. Il hésita à rejeter la fille, qui parfois sortait et surtout couchait avec un de ces garçons dont les buts étaient pourtant on ne peut plus clairs, quitte à subir les dégâts psychologiques de ruptures hélas souvent prévisibles. Est-ce qu’elle cherchait ce qu’elle trouvait ? Etait-elle une victime innocente, dépassée par son pouvoir de séduction ? Il en voulait aux garçons, il en voulait à la fille, il en revoulait aux garçons, il en revoulait à la fille. Il ne savait pas qui était responsable de tout ça, et il se faisait beaucoup de mal en se séparant de ses anciens amis. Comme tout être foncièrement moral, il ne pouvait pas penser que ceci n’était qu’un jeu, avec des joueurs et un arbitre que tout le monde écoute scrupuleusement, et qui s’appelle l’esthétique. Qu’il n’y avait pas de responsables. Il ne pouvait pas avoir ce genre d’idées, lui si profondément ancré dans le moule communautaire de son village par ses parents et ses enseignants (merde, je bascule peut-être dans la sociologie, là ; j’ai honte, lecteur, tu peux pas savoir). Résultat : il est resté à l’écart de tout ça et a préféré se consacrer à ce qui lui semblait le complet opposé de ce qu’il rejetait, il a cru faire le choix de l’âme plutôt que du corps alors qu’il ignorait que l’une est dans l’autre et qu’un matérialisme biologique très simple, consistant à ne voir dans l’homme qu’une bête parmi d’autres, se distinguant uniquement par la complexité de sa mécanique, l’aurait aidé à ne point dissocier les deux et à s’éviter des tourments affectifs qui l’ont certainement conduits en partie à des excès idéologiques et à des vengeances sanglantes (je viens de faire ce qui s’appelle une exagération… comment un gamin aurait-il pu penser avec des matériaux philosophiques si complexes à cet âge-là ? mais une invraisemblance d’interprétation est-elle si grave face à d’autres incongruités plus lourdes de conséquences ?). Si on réduisait la violence que se faisait le Cavalier à un seul mot très vulgaire, on la nommerait dépression. Seulement, la dépression, comme le rhume, est une maladie, ce n’est pas parce qu’on sait qu’on l’a attrapée qu’on s’en débarrasse. La thérapie peut être très longue.
Pendant les nuits passées seul à l’infirmerie, il avait longuement réfléchi à comment il était parvenu jusque dans cet état, jusqu’à éprouver des hallucinations pures. Il ne pouvait plus se nier après cette expérience que son esprit était troublé. La première nuit, il pensa qu’en fait son trouble se poursuivait et que son réveil faisait partie de son hallucination. Il eut assez d’intelligence pour ne pas suspecter plus longtemps que le monde qu’il avait devant ses yeux n’était qu’une illusion, un mensonge. Il comprit que cela avait peu d’importance, du moment que son environnement gardait un aspect suffisamment stable. Ses divagations l’avaient mené dans un lieu d’angoisse, où les craquements du sol trouvaient un écho dans les éclairs qui faisaient trembler les murs, où il n’y avait personne, où il était seul confronté aux éléments et aux astres, seul en proie à ses démons et à la tentation de goûter son propre sang. Cette tentation, il ne se l’expliquait pas. Il n’avait jamais eu de penchant pour le suicide, il n’y avait jamais pensé. Il avait peut-être succombé à la mortification par l’ascèse en rejoignant le Maître dans la montagne, mais l’idée de la mort ne l’avait jamais effleuré. C’était peut-être ce qu’il y avait de plus effrayant en fin de compte. Si son Maître avait assuré son rôle de mentor plutôt que de le rejeter, il n’aurait jamais connu les expériences qui l’ont conduit en prison. Il se serait éteint progressivement au milieu de la Nature, comme une bête sauvage, comme son maître. Il s’endormit sur cette dernière pensée et passa sa journée de repos avec un goût amer dans la bouche. Le bruit dans l’infirmerie l’empêchait de réfléchir ; il ne fut pas capable d’aucun effort supplémentaire pour convertir son malaise en mots. Ses facultés revinrent avec le silence, grâce au caractère propice de la nuit. La représentation qu’il se faisait de son ancien Maître était devenue subitement plus confuse, et son enseignement sujet à être remis à cause. Il réfléchit longuement sur les implications des conseils de son professeur. Il ne trouva rien à redire sur la plupart de ses préceptes. Mais sur certains, il parvint sans difficultés à formuler des griefs. Il prit conscience du fait d’avoir été poussé trop tôt à l’action, voire au conflit. L’argument selon lequel sa jeunesse devait être mise à profit pour agir était faux. Enfin, pas tout à fait… le Cavalier se rendit compte de son erreur. Il n’avait pas écouté. Il avait pris dans le discours du Maître ce qui correspondait à son besoin immédiat : montrer aux autres la voie du Bien, si nécessaire (et cela l’était) en débarrassant le monde du Mal par la violence dont ses primes expériences l’avaient chargé. Un déclic eut lieu soudain : il en avait marre de penser. Il se demanda ce qu’il désirait là, immédiatement. La réponse ne se fit pas attendre. Tout ce qu’il voulait désormais, c’était de retourner dans sa cellule, séduire Virginie et la niquer. Elle était bonne, ses nichons étaient super gros, tout ce qu’il avait envie de faire, c’était de lui foutre sa queue dans sa bouche puis dans sa chatte. C’était grossier, certes, mais il fallait bien qu’il se défoule. Les autres s’accordaient ce droit, alors pourquoi pas lui ?
Le Cavalier sortit de l’infirmerie dans un état pathétique ; il ne pensait qu’à Virginie. Il fallait absolument qu’il la prenne. Elle semblait à moitié séduite par lui. Tout ce qu’il y avait à faire, c’était achever le travail. Encore un peu de culpabilité allait subsister, mais pas pour longtemps. Son âme avait décidé le changement, son corps l’amorçait déjà, et à bon rythme.
La conversation que nous avons quittée avant cette longue digression ne l’avait absolument engagé sur cette voie. Sa naïveté était encore sur le point de triompher. Alors que Virginie était sur le point de répondre sur ses motivations, le Cavalier, regagné par son obsession sexuelle enfin libérée, s’empressa de rattraper sa colère, et lui dit tendrement :
« Cavalier : Ne réponds pas. Je sais très bien pourquoi tu veux que nous nous évadions.
Virginie : Ah bon ?
Cavalier : Oui. »
Il l’enlaça doucement, lui passa la main sous son uniforme et lui caressa les tétons en lui faisant des bisous dans le cou. Virginie se laissa emporter par cette passion soudaine, elle avait tellement envie de le faire, elle aussi. « Oh oui, chevauche-moi, Cavalier… », jouit-elle, en incluant un jeu de mots honteux que j’ai honte de rapporter dans ces lignes.
Le Cavalier Blanc enleva le bas et tint son pénis à disposition de la bouche de Virginie, qui se dépêcha de le lui sucer. Elle fit ça avec une grande satisfaction, parce qu’en fait, c’était tout ce qu’elle désirait comme moyen de s’évader. Le Cavalier n’allait pas tarder à le réaliser lui aussi.
Alors qu’il retira la culotte de sa partenaire, il fut pris d’un incroyable élan de sensualité sauvage et pénétra le vagin trempé qui se présentait devant ses yeux à présent emplis d’une joie profonde. Enfin, il allait savoir. Il sentit une grosse chaleur sur sa verge et se mit à faire des mouvements de va-et-vient brutaux entre les lèvres inondées de sa collègue. Lorsqu’il éjacula, il eut la révélation de sa vie : c’était trop bon et il fallait qu’il le refasse. Mais un garde vint taper à la porte et hurla à Virginie de se préparer pour aller au tribunal. C’était déjà le petit matin.
Des journées et des journées passèrent avant que Virginie revienne définitivement de son procès. Elle avait pris 35 ans elle aussi. Ils étaient totalement synchros, c’était hallucinant. Elle et lui passèrent leur vie à expier leurs crimes en parties de jambes à l’air, comme le souhaitait l’administration. Ni elle ni lui ne devinrent fous. Ils furent contents.
Et voilà la grande leçon que tu attends depuis le début, lecteur, celle dont tu attendais la démonstration avant même que tu entreprennes de lire cet ouvrage : le cul c’est tout ce qu’il y a de vrai dans la vie. La politique, les idéaux, la morale, tout ça c’est des grosses conneries de merde. Fais comme le Cavalier, baise.
La récréation est terminée. Sois un adulte maintenant. Sers-toi de ton sexe. Et reste en prison.
FIN