Chapitre IV
Même en ayant pensé le Bien comme une Histoire à réaliser par chacun pour tous, le Cavalier n’avait pas réalisé que la fin qu’il désignait restait la sienne. C’était là toute la faiblesse du système qu’il s’était découvert au fil de ses réflexions. Il allait devoir composer pendant un certain temps avec un relativisme radical, dont on sait qu’il est rarement le plus propice à l’action. Il allait aborder son procès dans la pire des conditions possibles.
La nuit avait été pourrie ; il avait dormi sans le savoir, car il avait rêvé qu’il ne dormait pas. En se réveillant, l’irréalité de son existence lui semblait plus vraie que jamais. Et encore… le sentiment d’irréalité était-il réel lui aussi ? S’il n’existait pas, comment pouvait-il ressentir le fait de ne pas exister ? Il pensait certes, puisqu’il se demandait comment il pouvait ressentir le fait de ne pas exister. Il était, mais il n’existait pas.
Le geôlier vint ouvrir la porte.
« Bonne chance », marmonna Virginie sous sa fine couverture. Ils n’avaient jamais parlé de leurs crimes, tout au plus savait-elle que ce jour se déroulait son procès.
Il délaissa la geôle sans un mot.
Les gratte-ciel gris de la ville ne se distinguaient pas des barreaux gris de sa cellule. Ils se déplaçaient selon les mouvements du car de police qui l’amenait au tribunal et étaient plus grands, mais sinon c’était pareil. La ville était une autre prison, avec plus d’animation pour faire croire à la liberté de ses occupants. De temps en temps, son regard croisait les enseignes colorées des supermarchés, des cabines téléphoniques, des sex-shops, qui défilaient et défilaient inlassablement, bleu, jaune, rouge, vert, mauve, le tout entouré d’une chape de gris monotone et d’individus vêtus de gris, de bleu, de jaune, de rouge, de vert, de mauve, de gris…
Il parvint sur le parvis gris du tribunal sous les flashs des photographes et les feux des caméras auxquels il ne prêta pas la moindre attention. Dans le contexte global de crise économique et de faillite de l’Etat, dont les dettes s’accumulaient sans cesse et justifiaient à moindres frais la vente de nombreux services publics à des multinationales privées – lesquelles étaient en fait conclues pour de simples motifs idéologiques et sociaux –, le procès du Cavalier venait à point pour que les médias et la classe politique illustrent le malaise grandissant de populations marginalisées face au déclin du système démocratique traditionnel à l’aide d’un exemple potentiellement spectaculaire. Sans en être conscient, le Cavalier Blanc apporta sa contribution à l’immense machine de crétinisation organisée, était involontairement au service d’une poignée d’intérêts industriels, commerciaux, et depuis peu agricoles. En tirant une gueule d’enterrement, il ne faisait que jouer son rôle.
« Christophe Frank[1], levez-vous. Vous êtes accusé d’homicide sur vingt-deux personnes. » A ces mots, le Cavalier Blanc se présenta devant le juge. Lors de cette première journée, les échanges furent surtout dédiés à la présentation de l’accusé et des deux victimes principales, de leurs parcours biographiques pour ainsi dire. Du rabâchage pour la télé quoi, une sorte de bande annonce plus longue histoire de faire saliver les spectateurs avant le vrai début, le lendemain. Les meilleurs moments des procès les plus porteurs, au même titre que les compétitions sportives ou les concours de pets, étaient diffusés le soir en différé, après la publicité et avant les résultats des courses hippiques. En fait, les procès étaient le plus souvent éclairs. Lorsqu’un voleur décima une famille entière pendant un cambriolage, sa condamnation à 38 ans de prison ferme fut expédiée en 5 jours afin que les téléspectateurs puissent suivre le feuilleton chaque soir en rentrant, le week-end étant réservé aux divertissements et aux jeux. La programmation des audiences était quasiment prévue en fonction des besoins du spectacle. Le Cavalier Blanc, selon le tarif habituel, devait passer quatre jours de sa vie au tribunal pour rendre compte de ses actes devant les consommateurs du pays, pauvres et riches confondus. Ce premier jour, il le passa pour l’essentiel sur sa chaise, à écouter les experts parler de lui. Criminologues, psychologues, sociologues, statisticiens, tous ces ploucs eurent leur mot à dire sur la personnalité du Cavalier – et les avocats prenaient des notes. Le discours du sociologue fut particulièrement savoureux :
« Christophe est né dans un village situé au cœur d’une vallée, entourée des montagnes les plus hautes du pays, où les denrées sont rares et où les services d’intérêt général sont peu présents. (…) L’Etat a progressivement laissé cette région à l’abandon et livré ses habitants à eux-mêmes. Les problèmes sociaux y sont nombreux : chômage, taux anormalement élevé de prostitution, violences au sein des établissements scolaires, trafic de drogue récurrent. Face à ces maux, les parents et les professeurs en sont venus depuis une paire d’années à socialiser différemment, très distinctement leurs enfants par rapport à ceux du reste du pays. (…) Les accords élaborés au niveau de ces communes le sont par la grande majorité des citoyens. La participation électorale s’est fortement accrue sur ce territoire ces dernières années. (…) On sent une fracture nette se dessiner entre les groupes de délinquants et les travailleurs ordinaires. »
Bref, tout ce long discours, que j’ai néanmoins largement tronqué (j’ai pas envie que tu t’emmerdes), pour dire simplement que confrontées à des problèmes de survie, les communautés se soudaient de nouveau et qu’en conséquence, l’éducation des enfants s’en trouvait transformée. L’absence des entrepreneurs individuels était flagrante dans ce résumé de la situation sociale, comme si une organisation collective se formait face au manque d’initiatives privées, certainement découragées par la concurrence déloyale des compagnies multinationales malgré la propagande institutionnalisée pour le marché libre.
Les divers discours (scientifiques, médiatiques) présentaient des optiques différentes sur les évènements ayant conduit au procès mais se rejoignaient cependant sur un point : le chef de la mafia et le Ministre de l’Education s’étaient retrouvés ensembles au domicile du premier par un simple hasard, le second était simplement invité à l’anniversaire d’un cousin qui habitait près de là et s’était trompé d’immeuble. La ficelle ne sembla suspecte à personne. La grande majorité du public avala toute crue cette version de l’histoire. Après l’annonce des meurtres, un groupuscule s’était manifesté pour dénoncer des liens possibles entre les élites et la mafia ; il obtint énormément d’attention médiatique et diffusa facilement son message, mais la population ne le reçut guère. Malgré le discrédit général porté sur le gouvernement à cause de la crise, presque personne ne pouvait imaginer qu’il y eut une connivence aussi profonde entre des hommes politiques aussi haut placés et des truands.
Le Cavalier écouta d’une oreille paresseuse tous ces speeches redondants et uniformes en attendant de retourner dans se cellule. A 16h30, le sommeil pointait déjà. A 18h, il fut libéré et ramené en prison.
« Alors, dis-moi, comment ça se passe, un procès ? » Jamais Virginie n’avait été si loquace, curieuse. Mais lui restait silencieux. Il avait bien mangé et se languissait de s’endormir. Il en avait encore pour longtemps dans cet endroit.
« Virginie : Allez, dis-moi, ce premier jour ? Qu’est-ce qu’on te demande ?
Cavalier : Rien. Tu restes là à écouter des psychologues et des sociologues et des criminologues et du trouducul-ologues te débiter des conneries sur toi, le monde, tes actes, ton comportement, celui de ta mère pendant ta petite enfance de bébé qui se masturbe… l’influence de la densification du trafic automobile, celle des champs de patates cancérigènes et l’élévation du cochon d’Inde au rang de président du jury. Huh… analyse un peu, tiens.
Virginie : Merci. C’est gentil de me renseigner. T’es vraiment un pauvre con.
Cavalier : On a rien à se dire. On l’aurait déjà fait sinon.
Virginie : C’est vrai. »
Le lendemain, le Cavalier se rendit au tribunal une demi-heure avant qu’elle commence. Il avait rendez-vous avec son avocate :
« Cavalier : Alors, vous pensez pouvoir le gagner ce procès ? Vous avez résolu vos problèmes ?
Mme Raymond : Quels problèmes ?
Cavalier : Ceux qui ont fait de vous une mauvaise avocate ! Ah ah ah !
Mme Raymond : Je savais qu’on finirait par y revenir.
Cavalier : Alors ?
Mme Raymond : Ce n’est pas le moment. J’ai retrouvé une personne dont le témoignage va réduire considérablement votre peine.
Cavalier : Qui est-ce ?
Mme Raymond : Vous le saurez à l‘audience de samedi. »
En attendant, on était jeudi. Aujourd’hui comme demain allaient se présenter à la barre les témoins de l’accusation, pour l’essentiel des passants présents dans les alentours au moment des meurtres. Il ne s’agissait pas vraiment de démontrer la culpabilité du Cavalier, laquelle était avérée. Il s’agissait d’abord de démêler ses motivations et de savoir s’il avait été seul à agir. Bref, c’était deux jours de perdus. Si le procès avait été programmée sur une période aussi courte, c’est parce qu’il n’y avait quasiment aucun suspens.
Tous les témoignages présentés pendant ces deux jours allaient bien sûr concorder sans obstacle. Les neuf personnes qui avaient accepté de venir parler le premier jour avaient vu le Cavalier rentrer seul dans l’immeuble. Les huit suivantes le vendredi évoquèrent à l’unanimité la présence d’une arme blanche entre ses bras et reconnurent sans problème la pièce à conviction que les policiers avaient récupéré sur notre héros le jour de son arrestation. Tests ADN et empreintes digitales en prime : pas besoin d’autres preuves. Si lui n’était pas coupable, les poules non génétiquement modifiées avaient des dents. Le procureur pouvait miser sur la perpétuité sans risque de perdre la face.
Le soir du jeudi, le Cavalier demanda un rendez-vous avec son avocate afin qu’elle lui parle plus précisément du témoin mystère… il l’obtint pour le matin du samedi suivant. Il revint se coucher dans sa cellule sans le moindre égard pour sa colocataire. La nuit fut enveloppée de silence et difficile à surmonter. La prison à perpétuité, il ne l’éviterait pas. Samedi, il s’exprimerait et personne ne comprendrait quoique ce soit. Et ce n’était pas un ultime témoignage surprise qui allait le sauver… et de toute façon, à quoi bon ? 30 ans ou à jamais, quelle différence ? La détention allait l’user, physiquement, mentalement, spirituellement. S’il en sortait vivant, il en sortait mort quand même.
Le lendemain, il supporta avec angoisse les apports des autres délateurs. Sa vie était jouée, mais quelque part, la dernière excitation de savoir qui était l’invité de dernière minute le maintenait en éveil… puis il ressentait avec douleur l’envol de ses derniers moments de participation au monde réel.
« Plus que demain, et je pourrais jouir d’une vie tranquille en prison aux frais de l’Etat », pouffa-t-il de rire le soir devant Virginie en regagnant sa couche. Elle l’observa se placer sous son drap d’un œil dérouté :
« Virginie : Ca va tarder pour moi non plus. Mon procès commence la semaine prochaine.
Cavalier : Ah… »
Les derniers souffles du silence de mort qui régnait entre eux depuis le début de leur vie ’’en commun’’ semblaient sur le point de s’évanouir. Comme délivré d’un poids, le Cavalier lui adressa la parole. « Qu’est-ce qui te vaut d’être jugée ? » Elle savait depuis le début, elle ne savait pas ce qu’elle savait… mais elle le savait. Elle esquissa discrètement un sourire. « Eh bien… » Mais aussitôt, elle ressentit une gêne :
« Virginie : Je ne peux pas te le dire.
Cavalier : Pourquoi ?
Virginie : Je ne veux pas que tu penses n’importe quoi.
Cavalier : Vas-y quand même. De toute façon, on est ensemble ici tous les deux jusqu’à la fin de notre vie. Qui t’as tué pour te retrouver ici ?
Virginie : Justement, si on passe le reste de notre vie ensemble dans cette cellule, il vaut mieux pas que tu le saches.
Cavalier : Qu’est-ce qu’il y a ? T’as tué ton mari ?
Virginie : Arrête de blaguer !
Cavalier : C’est ça, hein ?
Virginie : Oui.
Cavalier : Alors pourquoi tu voulais pas l’avouer ? Tu veux faire de moi ton homme ? On se connaît même pas ! Et de toute façon, toi comme moi, on en a pas besoin. On l’aurait déjà fait sinon.
Virginie : De quoi ? S’envoyer en l’air ? Tu crois que ça se réduit à ça ?
Cavalier : Tu vas pas me faire croire que t’es naïve à ce point ? Tu crois vraiment que le but de toute une séduction entre un homme et une femme, c’est pas de s’envoyer en l’air ?
Virginie : Non, bien sûr ! Mais je ne suis même plus sûre que ça compte autant. J’ai tué mon mari parce qu’il me trompait avec trois femmes à la fois. Et aucune de ces femmes n’était au courant de mon existence ni de celle des deux autres. On était mariés depuis deux ans… les derniers temps, on ne faisait plus rien.
Cavalier : Au lit ?
Virginie : Oui.
Cavalier : Alors tu confonds le désir et l’amour ?
Virginie : J’en sais rien.
Cavalier : C’est quoi qui a fait que tu l’aies épousé ?
Virginie : Je sais pas. Tout, je crois.
Cavalier : Tout ?
Virginie : Oui, tout. Il était tendre, drôle, attentif et généreux… mais ça se voyait sur son visage, j’étais attendrie par ses expressions… et par moments, excitée… »
Le Cavalier était tout rouge. Là, on commençait à parler de choses qu’il ne connaissait pas. Il n’avait jamais essayé de séduire une femme, il avait été occupé pendant toute son adolescence à haïr les autres garçons de son village. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentit dépassé par le discours de quelqu’un d’autre que lui. Et intimidé. Il eut un long silence.
« Virginie : Ben quoi ?
Cavalier : Rien, rien. Je… juste, je…
Virginie : Ben tu quoi ? T’as jamais connu de fille, c’est ça ?
Cavalier : J’ai jamais fait attention, en fait.
Virginie : Tu me prends pour une idiote ?
Cavalier : Non, je te jure. J’ai jamais vraiment fait attention…
Virginie : Ben un peu alors quand même ?
Cavalier : Une ou deux fois, peut-être comme ça. Y avait cette fille au village, mais sans plus. De toute façon, j’étais pas le seul à la vouloir, celle-là.
Virginie : C’est pas une raison. T’as même pas essayé d’aller la voir ?
Cavalier : A quoi ça m’aurait bien servi de l’avoir ? Elle était vulgaire, n’importe qui pouvait la prendre.
Virginie : Idiot ! D’aller la voir, d’aller lui parler, je te disais…
Cavalier : Aaah ! Non. Tout le monde allait la voir.
Virginie : Et tu pensais n’avoir aucune chance, c’est ça ?
Cavalier : J’é… J’étais très amoureux d’elle… Elle pouvait pas, elle, tomber amoureuse de moi, tu comprends…
Virginie : T’avais des sentiments et t’y es pas allé ? Je comprends plus rien, là…
Cavalier : Laisse tomber.
Virginie : Allez, dis-moi…
Cavalier : Non… Pourquoi tu voulais pas me dire que t’as tué ton mari ?
Virginie : Pour rien. »
Les hommes et les femmes ne se comprennent pas, c’est une évidence que je me plais à rabâcher et que le dialogue précédent vient illustrer à merveille. Il est bien connu que les hommes n’ont en général pas de cœur, tout comme il est notoire que les femmes ne savent pas se servir de leur tête… Mais passons.
Le jour était sur le point de se lever, et le Cavalier et sa collègue avaient préféré discuter que dormir. C’était la première conversation sérieuse qu’ils eurent ensemble ; elle fut tellement sérieuse que le geôlier vint l’interrompre à coups de clés au petit matin. « C’est bon, vous avez fini ? La prochaine fois, parlez plus doucement… Les oreilles des murs sont grandes ouvertes ici. Allez, à la cantine, puis toi, au procès ! », lança-t-il à l’attention du Cavalier. En tout cas, sans qu’aucun des deux prisonniers ne le remarque, une des règles qu’ils s’étaient fixés fut bafouée de fait.
Après un rapide petit déjeuner, le Cavalier se rendit au tribunal pour honorer son rendez-vous avec son avocate dans un premier temps, avec la justice dans un second. Escorté par la police pour la quatrième fois en une semaine, ses impressions précédentes sur la ville s’estompèrent. Il la sentit comme une aire de possibilités immenses. Les couleurs ne furent plus tout à fait les mêmes, et il crut entendre à un moment les bruits bariolés que font les piétons en enfonçant leurs chaussures dans le pavé.
Depuis qu’il était en prison, la nourriture était inodore et sans goût. Ce matin encore, il ne percevait rien des facultés des objets qui l’entouraient. Et là, étrangement, dans le fourgon, il recouvrait lentement les impressions dont il avait été dessaisi. Le café retrouvait la noirceur veloutée de son arôme et son odeur de marronnier desséché. Des biscuits, il retrouvait l’anis exaltant et les picotements sur la langue. Mais ça ne durait pas. A chaque réminiscence, la pensée de la détention éternelle revenait envelopper son corps d’un spectre sans voile.
Son avocate l’attendait dans un couloir du tribunal. Après avoir nonchalamment montré sa tête aux caméras, le Cavalier vint la rejoindre :
« Cavalier : Bonjour. Vous allez bien ?
Mme Raymond : Oui, et vous ?
Cavalier : Tout à fait. Ah ah ah !
Mme Raymond : Bon, assez plaisanté. Pourquoi vouliez-vous me voir ?
Cavalier : Pour parler de notre mystérieux témoin surprise, voyons !
Mme Raymond : Vous verrez ça tout à l’heure.
Cavalier : OK… alors, vous allez me dire pourquoi vous êtes devenue d’un coup si maladroite dans la défense de vos clients ?
Mme Raymond : Eh bien… Il y a vingt-cinq ans, j’ai divorcé, c’est aussi simple que ça. Et cet homme m’a brisé le cœur, si vous voulez tout savoir.
Cavalier : Ah bon… c’est un pétard mouillé…
Mme Raymond : A quoi vous vous attendiez ?
Cavalier : Je sais pas, quelque chose de plus… de plus…
Mme Raymond : De plus fantasque, vous alliez dire. Parfois, les conséquences les plus difficiles découlent de causes extrêmement simples. Vous comprendrez en vieillissant.
Cavalier : Bien sûr, comme si j’allais vieillir en prison ! Je vais rester éternellement le même jeune assassin. Je vais non seulement être privé de ma liberté de vivre, mais également de celle de grandir.
Mme Raymond : Je vous rappelle que vous vous êtes mis à l’écart de la société en abattant deux personnes. Et de plus volontairement. Vous n’avez aucune excuse. Si vous aviez regardé plus loin que le bout de votre nez, vous n’en seriez pas là.
Cavalier : Vous tous allez me laisser pourrir en prison là où je serais plus utile à l’extérieur. Je ne suis pas qu’un meurtrier, vous le savez.
Mme Raymond : Ecoutez, jeune homme. On n’y peut rien. Ce qui se passe à l’intérieur de vous, si vous ne l’exprimez pas, on ne peut pas le savoir. Alors, je sais ce qui se passe dans la tête de jeunes gens comme vous… on se sent impuissants, on est empli d’orgueil, on ne dit rien, puis on exprime tout dans le désordre, dans le geste le plus fou qui soit. Vous n’êtes pas le premier à avoir agi selon ce schéma.
Cavalier : Alors, comme ça, vous pouvez pas le savoir si je ne l’exprime pas, et en même temps, vous pouvez tout m’expliquer aussi clairement parce que vous avez vécu la même chose ?
Mme Raymond : Beaucoup de personnes savent que la communication se perd et que les choses ne s’organisent plus comme elles devraient. Les choses s’amélioreront, vous verrez.
Cavalier : Comment pouvez-vous affirmer cela avec autant de conviction ?
Mme Raymond : Parce que j’ai compris qu’il faut agir au jour le jour pour que les choses changent. Il ne suffit pas d’un grand coup pour tout remettre en ordre.
Cavalier : Je sais… j’avais fini par l’admettre moi aussi. »
Le début de l’audience fut annoncé au moment où le Cavalier énonça humblement ces derniers mots.
(fin du chapitre IV)