J’ai envie de
crever
Hier soir, dans le car qui reliait Aix-Marseille, le printemps a encore fait des siennes. J’allais poser mes fesses sur un siège au hasard lorsque je me rendis compte qu’il m’avait porté au mauvais endroit. En pleine ligne de mire, se trouvait une jeune fille délicieuse, les cheveux noirs, bouclés, tombant sur un débardeur généreusement ouvert à la vue du premier mâle venu. L’état d’excitation sexuelle intense qui m’avait saisi en sortant de la faculté devint une haine sordide pour toute créature aux rondeurs sublimes. Ses seins comme des oranges, vus à travers le reflet des brises du car, ses yeux faussement innocents… je la déteste. Elle représente tout ce que j’aime chez une femme, physiquement parlant. Mais dedans, elle doit être à vomir. Elle joue de l’impatience des hommes, elle se montre comme si personne ne pouvait la voir, la chienne.
Finis les émois adolescents quand je pensais voir dans le visage de ma chérie du moment ses vertus intérieures. Merde aux fillettes, aux filles, aux femmes. Je dis stop. Je me contenterais de niquer si j’étais le pire connard de tous les temps (pourtant, Dieu sait si je suis malhonnête…). De toute façon, quand, les choses étant agréables, je me déclare amoureux de l’une d’entre elles, je mens. C’est moi que je me suis mis brusquement à aimer. Fier de mon coup. Mais c’est que du putain de jeu. Et c’est pas moi. J’aime pas séduire. C’est pas moi. Je veux juste lui dire des mots doux et l’embrasser. Le reste, je m’en fous. Ca m’amuse pas. Le temps passe, je meurs un peu plus chaque seconde passée, et il faudrait que je dise des conneries à cette salope pour justifier qu’on baise ensemble. Ca m’amuse pas. Il faut toujours changer pour qu’elle soit heureuse. Je suis schizophrène en général, mais je fais pas exprès. Je pensais qu’elle pourrait me débarrasser de ça. Que je puisse appréhender enfin cette putain de paix mentale dont tout le monde semble jouir et que je n’ai pas. Mais il faut pas, sinon elle va s’emmerder, et moi aussi peut-être. Merde à moi. Je me fais chier. Si elle s’en va, je suis sûr que je me ferai chier encore plus mais c’est pas grave. Il faut absolument que je détruise cette relation. Je vais la pousser au-delà de ses limites, elle voulait des surprises, elle va en avoir. Des bonnes, des mauvaises… elle veut certainement connaître le Grand Amour. Elle a pas fait gaffe, ça va la tuer. Et comme d’habitude, elle finira par me plaquer. Tant pis pour elle si elle a pas l’endurance pour m’aimer.
Merde au printemps. Vive l’hiver, et surtout son vent. Pousse-moi de la falaise, connard.