Impressions sur disques
J’improvise
quelques textes sur disques selon comme ça vient, en plus de collecter quelques
autres écrites pour le site Amazon (placées
au début). Page qui sera souvent réactualisée. Pas d’ordre alphabétique,
c’est un défilé d’impressions. Ca ne
doit pas vous empêcher de rechercher les mots sur la page pour savoir si il y a
quelque chose qui vous intéresse, ou mieux encore monter et descendre la souris
de haut en bas jusqu’à ce que vous attrapiez du coin de l’oeil un nom qui vous
inspire. Trouver de la bonne musique, ça nécessite de prendre son temps et de
faire confiance au hasard (je n’écris pas que sur de la bonne musique,
cependant).
Avant
Nausea
« Crime against humanity » - 1991
Dans
la lignée de Terrorizer, 4 Mai 2001
Oscar
Garcia, chanteur culte de Terrorizer, fait partie de ce groupe. Il y a 8 titres
sur cet album enregistré en 1991. Les deux premiers excellent dans un style
proche de Black Sabbath, et ensuite c'est du pur Terrorizer. Le batteur n'est
pas aussi bon que Pete Sandoval, mais il est correct. C'est moins bien produit
également, mais cela reste écoutable. Bref, si vous aimez Terrorizer, ne ratez
pas ce disque.
Carcass
« Heartwork » - 1993
Entre
Slayer, Iron Maiden… et Carcass ! , 6 avril 2001
Sur
cet album, Carcass "adoucit" sa musique quelque peu. Certes, la
vitesse est toujours au rendez-vous, mais les mélodies sont beaucoup moins
hachées et font penser à Slayer ou à Iron Maiden, selon la tournure qu'elles
prennent (elles sont très variées). Les vocaux perdent leur aspect vomitif, ce
qui suit le changement de direction au niveau des paroles (Walker abandonne les
autopsies sanglantes au profit de critiques sociales). Bref, c'est un album
d'adulte... Un style que les fans des vieux disques n'aimeront peut-être pas,
quant aux autres, ils peuvent se jeter dessus sans hésiter. C'est accrocheur et
techniquement grandiose.
Opeth
« My arms, your hearse » - 1998
Génial,
6 avril 2001
Le
plus "court" des disques d'Opeth (un peu plus de 50 minutes...). Les
riffs sont très accrocheurs, un peu comme sur "Blackwater Park". Le
chant clair est moins présent que sur les autres albums, et les tempos un brin
plus rapides… Sinon, on retrouve les titres sinueux et la mélancolie propre au
groupe. Bref, ce qui fait le charme d'Opeth.
Carcass
« Swansong » - 1995
Un
très bon album, 27 Mar 2001
D'abord
évoluant dans le grindcore le plus chaotique, Carcass a su évoluer en amenant
au fur et à mesure des influences heavy metal à sa musique. Ce dernier album en
est l'aboutissement logique : en effet, c'est entre le rock classique et des
groupes comme Iron Maiden que se situe ce dernier album. Seuls les vocaux
hurlés restent de l'époque death metal du groupe, et malgré (ou grâce à) cela,
les refrains sont très accrocheurs. Bref, c'est très bon, à l'exception de
cette pochette très moche qui ne reflète pas du tout la qualité du disque.
Entombed
« Clandestine » - 1991
Excellent,
23 Mar 2001
Après
un premier album très brutal, "Left Hand Path", le groupe a choisi de
ralentir un peu le tempo et de livrer un album plus élaboré. Il a bien fait. On
retrouve dans ce disque l'atmosphère des grandes bandes originales de films
d'horreur ("Hellraiser" en tête), passée à la moulinette du death
metal. D'où un album unique dans le genre. De plus, on sent que toutes les
chansons ont été travaillées, il n'y a pas du tout de remplissage. Le groupe
s'en donne à coeur joie avec des structures complexes, solos, ponts, et j'en
passe... Notez aussi que contrairement à ce que dit le livret, c'est le batteur
Nicke Andersson qui assure les vocaux. Moins puissant que LG Petrov, il s'en
sort quand même très bien. D'où un album classique.
Dillinger
Escape Plan « Calculating Infinity » - 1999
Indépassable,
23 Mar 2001
Tous
les autres groupes de metal peuvent remballer leurs guitares, ils ne pourront
jamais atteindre la qualité des musiciens qui jouent sur ce disque. Car
Dillinger Escape Plan joue d'une façon surnaturelle ici : les guitaristes sont
aussi rapides que techniques, le batteur enchaîne des plans de pur metal avec
des solos à la limite du free-jazz, et le bassiste vient donner à l'ensemble un
groove certes polymétrique mais contagieux. Quant au chanteur, il est ahurissant
de violence. Tout cela donne des chansons entre Brutal Truth, Primus, le
free-jazz et... c'est tout, le groupe puisant ensuite dans sa propre tête ce
qu'il y a à ajouter à la formule. Les mélodies semblent complètement
déstructurées, il arrive même qu'il y en ait plusieurs de jouées au même moment
(la fin de 4th Grade Dropout est hallucinante : le premier guitariste joue un
riff chaotique et sans queue ni tête, le second donne dans les lignes
mélancoliques, le bassiste fait un solo, le batteur tape dans son coin, et le
chanteur crie à la mort... Et on entend le tout très distinctement). Et le fin
du fin, c'est que l'ensemble reste très spontané, il y a même quelque chose
d'émotionnel dans ce chaos à première vue inhumain. Bien sûr, il faut plusieurs
écoutes pour comprendre cet album, mais une fois qu'on y est, c'est certain, on
n'en ressort plus.
Dillinger Escape Plan
« Under the Running Board » - 1998
Court
mais fabuleux, 23 Mar 2001
Seulement
trois titres en moins de huit minutes mais quels titres !! Les tempos sont
variés, les paroles incompréhensibles, la voix enragée, il y a une confusion
rythmique incroyable, mais le disque est facile d'écoute. Les riffs de guitare
sont franchement géniaux et rappellent le Brutal Truth première période. Et ce
solo de basse à la fin du second morceau ! Dommage que ce soit si court quand
même...
Dillinger
Escape Plan « Dillinger Escape Plan » - 1997
Excellent,
23 Mar 2001
Ce
premier mini est une bonne introduction pour rentrer dans l'univers du groupe.
Les compositions déstructurées à la Mr.Bungle sont déjà là, les vocaux torturés
aussi même si la folie rythmique des albums suivants n'est pas encore présente.
C'est très violent malgré ça. Et pour un premier essai, c'est franchement
original. Les fans du groupe se doivent de l'avoir.
Brutal
Truth « Sounds of the Animal Kingdom » - 1998
Beaucoup
moins bon que les deux premiers disques, 22 Mar 2001
Plusieurs
raisons à cela : tout d'abord, le groupe a changé de producteur, et cela se
ressent (le son est trop étouffé), ensuite, le chanteur semble se retenir afin
de ne pas trop se faire mal, et enfin ils ont abandonné le côté accrocheur de
leurs riffs de guitare et se sont concentrés sur leurs parties les
plus...échevelées. Les titres sont de longueur très inégale (on passe d'un long
morceau rock de 8 minutes à un délire grindcore de 3 secondes!), comme sur les
deux premiers albums, mais il y a tellement de défauts dans le son, et la
musique est si peu accrocheuse, que l'on a envie d'arrêter les frais au plus
vite. En plus, quel intêret de finir sur un titre de 22 minutes qui ne fait que
répéter la même séquence ??? Ce qui donne au final un disque qui donne mal au
crâne au bout de 8 morceaux (au sens propre ! ça fait vraiment mal).
Brutal
Truth « Extreme Conditions demand Extreme Responses » - 1992
Très
bon, 22 Mar 2001
Considéré
comme un des meilleurs groupes de grindcore, Brutal Truth est plus que cela.
Certes, ses morceaux sont très rapides, mais ils savent aussi se faire plus
lourds (l'influence de Black Sabbath est omniprésente). D'où une variété que
peu de groupes dans le style savent donner à leurs chansons. Bien sûr, il y a
quelques délires ("Collateral Damage", un titre de 3 secondes dont on
a extrait un clip vidéo et qui figure dans le Guiness Book des records!), mais
dans l'ensemble c'est un excellent disque, avec des paroles engagées (une
coutume chez les groupes de punk/hardcore US).
Brutal Truth « Need to
control » - 1995
Une
violence incroyable, 22 Mar 2001
Après
un 1er album rapidement devenu un classique dans le genre grindcore, il
semblait presque impossible pour le groupe de faire mieux... Ce second album
réussit pourtant ce défi en développant des atmosphères rock industriel
("Iron lung", Collapse") tout en conservant la brutalité du 1er
disque. De plus, le groupe varie les styles : hardcore ("Media
blitz", une reprise des Germs), punk-rock ("Choice of a new
generation", un hymne), metal ("Displacement"), grindcore
("Black door mine")... et acquiert une puissance émotionnelle que peu
de groupes dans le genre peuvent se vanter de savoir partager ("Ordinary
Madness"). Le "chanteur" ne hurle pas pour faire plaisir à son
public comme c'est le cas d'habitude, il semble réellement habité par la rage...
Ce que confirment des paroles engagées et intelligentes
("Judgement"). Ca fait plaisir à voir que certains aient encore foi
dans ce qu'ils ressentent.
Unbelievable
Truth « Misc. Music » - 2001
Pour
les fans, 22 Mar 2001
Unbelievable
Truth va sûrement devenir un groupe culte dans quelques années. Seulement trois
ans d'existence et deux albums studio... Ce disque permet d'apprécier le groupe
en live et de"rapatrier" les B-sides et chansons inédites des
sessions du second album. La plupart des titres sont dans sa lignée, c'est-à-dire
que le groupe sonne plus dur et angoissé qu'auparavant (la version
de"Building" sur le live). Bref c'est excellent. Le seul reproche
qu'on pourrait faire à cette anthologie, c'est qu'elle n'intègre pas les
B-sides du 1er album, mais lorsque les deux CD dépassent chacun les 70 minutes,
on n'a pas trop le droit de se plaindre, non ?
Bjork « Post »
- 1995
Excellent, 15 Mar 2001
"Army of me",
menaçante, "Hyperballad", rassurante, "The Modern Things",
naïve, "It's oh so quiet", enjouée... Je pourrais faire le tour de l'album en adjectifs, chaque chanson
représentant une facette différente de la chanteuse. Et puis il y a ce petit
chef d'oeuvre de fausse détente, "Possibly Maybe", où un tempo très
cool cache une grande détresse. Plus abouti que "Debut", plus varié
qu'"Homogenic", c'est un disque à écouter quelque soit son humeur.
Bjork
« Homogenic » - 1997
Chef
d'oeuvre, 15 Mar 2001
Je
ne suis pas spécialement fan de musique électronique, mais cet album possède le
côté introspectif que l'on retrouve habituellement dans le rock (normal quand
on sait que Björk a joué dans les Sugarcubes). La beauté polaire et irréelle
qui se dégage de "Joga" m'a totalement ahuri ! En vrac, les quatre
premiers morceaux sont absolument géniaux. Quant au reste, c'est un peu
plus...claustrophobe, à l'exception de "Alarm Call", qui sonne
presque comme du Michael Jackson avec choeurs et refrain pop... Vraiment
fabuleux.
Possessed
« Beyond the gates » - 1987
Différent
de "Seven Churches", 7 Mar 2001
Au
moins on pourra dire que le groupe ne s'est pas répété. Sur cet album,
Possessed, sans abandonner le thrash-death metal, inclut un petit côté
Metallica vieille époque dans ces chansons. A certains moments, on croirait
écouter "Kill'em all". L'ambiance générale est aussi plus dépressive,
à mon avis parce que la production est beaucoup plus creuse que celle du disque
précédent et parce que le hurleur de service met moins de conviction dans sa
prestation. C'est quand même un excellent album, mix très réussi de speed-metal
et de death.
Possessed
« Seven Churches » - 1985
Fabuleux,
7 Mar 2001
Du
vieux death metal comme on en fait plus. Des vocaux de lion affamé, des
atmosphères sataniques que plus personne n'ose aborder aujourd'hui (même si les
paroles font kitsch), et surtout un coté thrash-metal qui sans restreindre la
violence des chansons les rend plus écoutables. Et puis des solos de guitares
monstrueux... il faut absolument l'avoir.
Carcass « Symphonies
of sickness » - 1989
Un
classique de death metal, 7 Mar 2001
A
acheter absolument si on ne l'a pas déjà. Cet album garde la
"fraîcheur" du 1er disque tout en étant mieux produit. En fait, le
groupe garde ce son de guitare particulier qui fait son "charme" tout
en progressant au niveau composition. Les morceaux sont plus longs et plus
développés, les tempos sont plus variés, les riffs plus accrocheurs encore. En
plus, les paroles sont toujours aussi hilarantes. Il faut l'avoir.
The
Hellacopters « High Visibility » - 2001
Un
bon album sans prétention, 6 Mar 2001
Du
rock n' roll basique, classique mais c'est ce qui fait son charme. Les
grincheux qui disent que le groupe a perdu sa hargne ont tort : bien
qu'officiant désormais dans un style différent, les Hellacopters font toujours
de bons albums.
Unbelievable
Truth « sorrythankyou » - 1999
Excellent
et plus varié que le 1er album, 9 Fév 2001
Après
un chef-d'oeuvre en guise de premier album, il était difficile pour le groupe
de se surpasser. Et ils l'ont fait ! Grâce à des compositions plus variées
entre autres. Des chansons plus rock font leur apparition ("Agony"),
mais la musique garde sa fraîcheur. "Shed your skin" possède une
ligne de piano extraordinaire, et reste dans l'esprit du 1er album alors que
d'autres comme "Landslide" développent un aspect plus expérimental et
proposent plus d'arrangements (samplers, cordes...). Le groupe a évolué, mais a
su garder ce qui faisait son charme, c'est-à-dire son lyrisme. Il est difficile
pour les non-initiés de rentrer dans ce disque dans un premier temps, mais une
fois qu'on a compris sa substance, on ne peut plus s'en passer.
Unbelievable
Truth « Almost here » - 1998
Un
disque culte, 9 Fév 2001
Un
très bel album, avec des mélodies entraînantes ("Settle down") et
d'autres passages plus difficiles ("Almost here"). Quoi qu'il en
soit, le groupe fait dans la mélancolie, mais reste tendre, lyrique, et ne
s'enferme pas dans sa tristesse. Le chant d'Andy Yorke est un des plus sincères
que j'ai jamais entendu, et à vrai dire, c'est un disque qui m'a fait pleurer
tellement il est communicatif. Il faut l'avoir, ça aide à s'extérioriser.
Magnifique en un mot[1].
The
Pixies « Bossanova » - 1990
Un
peu partagé, 9 Fév 2001
Difficile
album pour les Pixies car il suivait l'incroyable « Doolittle ».
C'est forcément moins bon, le groupe essaie de faire quelque chose de plus
"facile", et perd un peu de sa folie sur ce disque. Mais c'est quand
même nettement au-dessus de toute la production pop actuelle, et n'importe quel
groupe d'aujourd'hui n'arrivera jamais à tailler une chanson de l'envergure de
"Velouria" ou d'"Allison". A avoir quand même donc.
The
Pixies « Doolittle » - 1989
Parfait,
9 Fév 2001
Pas
de mots pour décrire ce chef-d'oeuvre. Des titres pop comme "Here comes
your man" côtoient des moments de folie comme "Silver" ou
"I Bleed". Cet album est génial, il y a de tout, de la joie
("Debaser"), de la tristesse ("Wave of Mutilation"), de
l'humour ("La la love you"), de tout quoi...
Pixies
« Trompe le monde » - 1991
Un
disque fabuleux, 9 Fév 2001
Il
y a de tout dans ce disque. Pop ("Alec Eiffel"), hardcore ("Sad
Punk"), metal ("Space"), rock
("U-Mass","Head-on")...et encore d'autres choses
indescriptibles comme ce "Motorway to Roswell" épique et futuriste à
la fois. Le tout sans se démarquer d'un humour très poétique qui laisse tout de
même la musique en premier plan, qui est là pour la compléter. Le meilleur
disque de rock alternatif des 90's, c'est exactement ça.
Devin
Townsend « Physicist » - 1999
Un
bon disque, 19 Jan 2001
C'est
un peu un disque d'initiation pour ceux qui ne connaissent pas Devin Townsend
(il l'a d'ailleurs avoué lui-même). Savant mélange de metal et de pop, ses
refrains sont obsédants et ses mélodies somptueuses. Un excellent hors d'oeuvre
en attendant de revoir notre musicien revenir avec quelque chose de plus
expérimental.
Painkiller « Execution
Ground » [box set]
Indispensable
!, 19 Jan 2001
La
plupart du temps improvisée, la musique de Painkiller a mué album après album.
Très metal tout d'abord ("Guts of a virgin/Buried Secrets"), avant de
tourner ambient ("Execution Ground") puis free jazz ("Live In
Osaka"). Ce coffret permet d'un, d'écouter une musique hybride inédite et
dynamique, et de deux, d'apprécier l'évolution d'un groupe malheureusement
méconnu, même chez les fans de John Zorn. A acquérir d'urgence!!
Bumblefoot
« Uncool » - 199?
Bon
album mais..., 19 Jan 2001
C'est
un bon album le temps de quatre ou cinq écoutes. Le mélange punk-crooner est
surprenant, mais on s'y laisse prendre. Le seul problème, c'est justement
qu'au-delà l'humour de la démarche prend le pas sur la musique, et le disque
finit dans le placard. Un bon essai, à renouveler toutefois.
Radiohead
« Kid A » - 2001
Innovant
? Ennuyeux oui !, 19 Jan 2001
C'était
le CD le plus attendu de l'année pour moi. Ce l'était. Si on ressentait ce
frisson mélancolique à l'écoute de OK Computer, ici on ne ressent plus rien.
Radiohead est sur son nuage et on ne l'entend plus (aux deux sens du terme).
Dommage ! On peut faire une musique expérimentale sans être rébarbatif (cf.
Naked City), mais Radiohead semble se complaire dans une attitude certainement
plus paresseuse et misanthrope qu'"anti-commerciale". (réévalué
plus bas[2])
Agoraphobic
Nosebleed « Altered States of America » - 2003
La
conclusion du style grindcore, 11 Jui 2006
100
morceaux en moins de 20 minutes, je crois que tout est dit. La boîte à rythmes
est absolument incroyable, elle joue la mitrailleuse tout du long lors des
morceaux "électriques", à des vitesses inaccessibles à un batteur
humain, ce qui est beaucoup dire quand on connaît la célérité des
percussionnistes actuels. Derrière, le guitariste, très méchant, enchaîne des
riffs dans tous les styles : hardcore, metal, death... et plusieurs vocalistes
s'échinent dans différents tons (du très grave au hurlement aigu). Ce qui est
étonnant, c'est que ces très courts morceaux (certains ne dépassent pas 3
secondes) se mémorisent facilement et qu'on peut retrouver facilement dans
l'album des passages que l'on apprécie plus que d'autres. Tous ces morceaux
grind/death sont entrecoupés de passages "industriels" assez
oppressants. Par exemple, du morceau 21 jusqu'au 34, on entend des voix
distordues éructer des slogans sur fond de noise répétitive mais jamais lassante,
avant de retourner au chaos électrique. Bref, 20 minutes absolument extrêmes
qui ne s'oublient pas, et certainement la conclusion d'un style tout entier. Il
va être difficile de faire plus rapide et violent dans le genre.
Suffocation « Two from
the Vault : Effigy of the Forgotten/Pierced from within » - 1991/1995
Brutal
et varié, 11 Jui 2006
Deux
albums pour le prix d'un, bravo, surtout quand les deux albums sont aussi
différents. Le premier, "Effigy of the forgotten", est un album culte
dans le style death metal. Les vocaux sont plus bas que terre, les guitares
enchaînent les riffs avec une tessiture de basse, et le batteur blaste sans
cesse. S'il faut un seul album dans le style "brutal death" c'est
sans conteste celui-ci. Je lui mets 4 étoiles, n'étant pas un grand fan du
genre. Par contre, le second disque, "Pierced from within", mérite
largement les cinq étoiles, et peut-être même plus. Le groupe garde les vocaux
gutturaux, mais s'améliore largement au niveau des arrangements, à tel point
qu'on croirait entendre un mélange entre Atheist et Cannibal Corpse. Les
passages instrumentaux sont un délice de précision d'éxécution, les tempos
changent sans cesse et pourtant, ça demeure toujours accrocheur. Vraiment
impressionnant, un chef d'oeuvre. Bref, achetez ce double album, vous aurez
deux classiques dans le style et la preuve qu'il n'a jamais cessé d'évoluer.
Slipknot « Volume
3 : The Subliminal Verses » - 2004
Un
très bon disque de rock, 26 avril 2006
Grâce
à une alternance entre morceaux bourrins style "Three Nil" et
ballades romantiques ("Circle", "Vermillion"), Slipknot
remet au goût du jour la formule classique des vrais albums de rock n' roll ;
avec un goût de décadence propre à notre époque. Les titres metal réussissent
la synthèse des différents sous-styles du genre (hardcore, grind/death, thrash,
heavy, néo) de manière exemplaire, avec un hurleur de premier rang pour
emballer la machine (la palme allant à "The Nameless" et
"Welcome"). Les ballades sont certes très enjolivées, parfois trop
arrangées mais elles passent sans problème et ne surprennent pas au milieu des
morceaux énervés. En fait, je trouve que l'approche ne diffère pas de celle de
Dillinger Escape Plan sur son second disque, mais que Slipknot le fait mieux
parce qu'il assume le côté "pop racoleur" de ses compositions (le
refrain de "The Blister Exists" pourrait être chanté dans un stade).
Si on sait voir son honnêteté, on pourra apprécier l'intensité de cet album,
qui est un peu à Slipknot ce que "White Pony" est aux Deftones.
Dresden
Dolls « Yes, Virginia » - 2006
Meilleur
que le premier et c'est pas peu dire..., 26 avril 2006
Si
le premier album de ce duo pianiste/batteur était déjà rempli de bonnes
chansons, l'homogénité de ce nouvel opus lui faisait cruellement défaut. La
production est bien, bien meilleure et assure que le disque forme un tout,
entre chansons lentes, rythmées et épiques. La chanteuse varie les styles plus
encore que sur le premier album par ailleurs. Très bon disque.
Slipknot
« Iowa » - 2001
Bestial,
26 avril 2006
Si
l'album éponyme n'était qu'une version un brin plus brute du Korn première
époque, "Iowa" est un disque de vrai metal. Moins de vocaux clairs et
de mauvais refrains à la Linkin' Park style "Spit It Out" ou
"Wait And Bleed", un son de caisse claire enfin à la hauteur, des
chansons débarrassées des tournures hip-hop qui pourrissaient le disque
précédent en gagnant encore en nihilisme et en rage, cet album est une vraie
bombe qui exprime au mieux ce qu'un jeune est capable de penser ou de ressentir
en nos temps d'isolement et d'individualisme (lisez les paroles de
"Everything Ends"). (réévalué plus bas[3])
Mercyful Fate « Two from
the vault : Don’t Break The Oath/Return Of The Vampire » – 1980-84
Un
deuxième chef d'oeuvre, 26 avril 2006
Quel
bon disque ! Même si le son est plus "spatial", moins cru quelque
part, que celui de "Melissa" (1983), les chansons de "Don't
Break The Oath" (1984) restent un vrai délice et comptent parmi les
meilleures enregistrées dans le heavy metal. L'ambiance est même plus malsaine
que sur le premier album, avec des passages tels que l'introduction au clavier
de "The Oath". Je ne peux pas assez recommander cet album. Il est
accompagné sur cette édition du disque de raretés "Return of the Vampire"
qui contient des titres inédits dignes de figurer sur les albums comme
"Burning The Cross" ou "You asked for it" (un de leurs
premiers enregistrements, au son quasiment punk, certainement hérité de
l'ancien groupe du guitariste Hank Shermann, The Brats).
Mercyful Fate « Two from
the vault : Melissa/The Beginning » - 1982-83
Un
premier chef d'oeuvre, 26 avril 2006
"Melissa"
est un très grand disque de heavy metal, le son des guitares est absolument
époustouflant pour l'époque (1983), les riffs s'enchaînent sans discontinuer sur
des rythmes variés assurés par un très grand batteur. Quant à la voix de King
Diamond, on aime ou on déteste... personnellement, au début, je l'écoutais en
rigolant, mais j'ai fini par comprendre progressivement où il voulait en venir.
Par moments, on croirait écouter "Bohemian Rhapsody" de Queen en
version gothique/horreur. "The Beginning" offre le premier EP du
groupe qui date de 1982 qui contient quatre classiques, des sessions radio et
des faces B de singles intéressantes. Il n'y a absolument rien à jeter sur ces
deux disques.
Death
« Scream Bloody Gore » - 1987
Le
disque le plus violent de tous les temps, 13 avril 2006
Ce
1er album de Death n'est pas le plus véloce de son époque, il sort en pleine
vague grindcore et pourtant, il est de loin celui qui rend le plus fou. Le
"chant" de Chuck Schuldiner est complètement hallucinant... il est au
death metal ce que Johnny Rotten était au punk... d'une colère que d'autres
n'arriveront jamais à atteindre. On sent que malgré les thèmes purement adolescents
du gore et de la violence gratuite, il y a une réelle nervosité derrière cette
musique. Et aussi beaucoup d'angoisse : le solo de guitare qui ouvre "Evil
Dead" n'a rien de grand-guignol, il est même d'une mélancolie rare dans le
style. Contrairement à Entombed ou Cannibal Corpse, qui ne sont que des groupes
de rock n' roll, il y a dans Death une émotivité brute. Si, sur les derniers
albums du groupe comme "The Sound of perseverance", l'agressivité de
"Evil Chuck" Schuldiner, qui était réputé pour son tempérament de
"cochon", est tempérée, voire exorcisée par la virtuosité technique,
ici, elle s'exprime sans détour. Pas question d'humour sur ce disque. Malgré la
naïveté des paroles, il réussit à faire peur.
Emmett Miller « The
Minstrel Man From Georgia » - 1928-29
C'est
génial, 8 Mar 2006
Après
avoir lu le bouquin "Country" de Nick Tosches, je pense, comme
beaucoup avant moi, avoir été curieux de savoir ce que donnait la musique
d'Emmett Miller. Tosches en fait un tel éloge que je m'attendais à être déçu...
Et bien non ! Le disque est largement à la hauteur de sa réputation ! Les
versions de classiques tels que "I Ain't got nobody" ou "St
Louis Blues" sont absolument fantastiques, la voix de Miller faisant un
va-et-vient à la fois excentrique et expressif entre un "yodel"
suraigu à l'effet comique et un quasi-ton de crooner très amer. Mais ce qui est
surtout remarquable, c'est le caractère intemporel de la musique... si
l'instrumentation est assurée par des musiciens de jazz "Dixieland"
classiques, il y a malgré tout un petit quelque chose d'indéfinissable qui
porte la musique au-delà et qui lui permet de survoler les années sans prendre
une ride. A avoir à n'importe quel prix.
Killing
Joke « Ha ! » - 1982
Impressionnant,
15 Nov 2005
Ce
concert a été enregistré en 1982, et la musique de Killing Joke n'a pas vieilli
d'un iota. On y retrouve toutes les caractéristiques du Killing Joke de cette
époque : tribal, hypnotique, dansant et électrisant. Le disque contient un
titre inédit en studio, "Take Take Take", dans la veine du premier
album, et propose en supplément le mini très rare "Birds of a
Feather" qui marque la première incursion du groupe vers un territoire
plus pop. Une réédition indispensable à tout fan du groupe. Pour les autres, je
conseillerais plutôt "Fire Dances" d'abord.
Charles
Ives « Symphonies 1 & 4 » (Sony Classical) – composé entre 1905
et 1930
Excellente
interprétation de la quatrième symphonie, 15 Nov 2005
Concernant
la Symphonie n°4 de Charles Ives (un monument du classique américain, et d'une
importance considérable pour l'évolution de la musique au 20ème siècle en
général), si je devais choisir entre cette version et celle de Seiji Ozawa
disponible chez Deutsche Grammophon, je prendrais celle-ci parce qu'elle est
bien plus fluide, particulièrement sur les second et quatrième mouvements.
C'est particulièrement audible sur les passages surchargés en percussions
qu'Ozawa ne maîtrise pas du tout. Le dernier mouvement est interprété de
manière à la fois plus sereine et plus sombre, là où Ozawa surcharge en grands
effets. Le disque est complété par une version de la Première Symphonie,
laquelle est simplement agréable, et par des interprétations d'hymnes sans
grand intérêt.
Deftones
« White Pony » - 2000
Leur
meilleur album, 15 Nov 2005
Je
ne crois pas que ce disque ait besoin d'un éloge supplémentaire. Si les
Deftones ont poursuivi leur évolution ensuite, c'est sur cet album qu'ils ont
su allier leurs penchants pour les refrains accrocheurs ("Around The
Fur") et leur goût pour l'expérimentation (4ème album éponyme). Il n'y a
pas un seul mauvais morceau sur le disque, et chacun d'entre eux a une
atmosphère différente. "Digital Bath" et "Knife Prty",
peut-être au dessus du lot, suffiront à justifier l'achat du disque pour les
grincheux.
Deftones
« Around the fur » - 1997
Que
des tubes..., 15 Nov 2005
De
"My Own Summer" à "MX", les Deftones ne font qu'enchaîner
les tubes sur ce second album, avec mention spéciale pour "Mascara"
et "Be Quiet And Drive". Cet aspect "accrocheur" est
totalement absent de leur premier disque, le son est beaucoup plus travaillé,
le chant également (je le trouvais brouillon sur "Adrenaline").
"Around The Fur" a été un immense pas en avant pour ce groupe et je
le recommande, plutôt que "White Pony" (le meilleur pour la fin),
pour s'initier à l'univers du groupe.
Killing
Joke « Fire Dances » - 1983
Tribal
et brûlant, 12 Nov 2005
J'ai
mis deux mois pour appréhender totalement ce disque. Lors des premières
écoutes, il est difficile de saisir ce qui fait le charme de la musique, les
rythmes sont étranges et le son des guitares est déroutant. Et puis on s'y met,
les choses commencent à s'ordonner, et on comprend enfin : c'est un chef
d'oeuvre. Comment ne pas être saisi de transe à l'écoute de "Song And
Dance", ou de joie à celle de "(Let's Go To the) Fire Dances" ?
Killing Joke voulait à l'époque où son leader Jaz Coleman était totalement
mystique fêter une apocalypse imminente en poussant les gens à la débauche et
au plaisir. La fin du monde n'est pas arrivée, mais la musique est toujours là.
Autant en profiter de suite.
Deftones
« Deftones » - 2003
Excellent,
mais il faut être d'humeur..., 12 Nov 2005
Ce
nouveau Deftones est tellement lourd et agressif qu'il est parfois difficile de
l'écouter d'une seule traite, malgré les pauses mélodiques ("Lucky
You", "Anniversary Of An Uninteresting Event" sonnent très
Depeche Mode). Mais quand on y est, on prend vraiment son pied, notamment grâce
à la production qui est monstrueuse. "Hexagram" est un tour de force
en matière de violence, "Needles And Pins" est un vrai tube avec son
refrain entêtant, "Minerva" me fait penser étrangement à du Kill The
Thrill en plus réussi. Après, les choses sont plus banales ("When Girls
Telephone Boys" fait penser à "Lotion" sur "Around The
Fur" en plus virulent encore), mais certains titres comme "Bloody
Cape" ou les deux ballades s'imposent comme des classiques du groupe. Ce
disque n'est pas aussi consistant que "White Pony", mais il reste
remarquable.
Team Sleep « Team
Sleep » - 2005
Le meilleur album de rock depuis "OK
Computer" ?, 7 Nov 2005
Team
Sleep joue un mélange de rock indépendant influences Slint et My Bloody
Valentine, de trip-hop et d'electronica (présence d'un DJ). La présence de
Chino Moreno (Deftones) est déjà un gage de qualité. Les chansons vont de
l'énergique ("Blvd. Nights") au dépressif ("Tomb Of
Ligeia"), en passant par des ballades très new-wave 80's
("Ever", un vrai tube) et des titres quasiment dance/ambient
("Paris Arm", "King Diamond"). La diversité des styles
abordés n'empêche pas l'album de former un tout cohérent, et surtout de qualité
consistante. Bien entendu, on pourra trouver des morceaux meilleurs que
d'autres, comme "Ataraxia", "Live From The Stage" ou la
superbe ballade de clôture "11/11" qui rappelle les Smashing Pumpkins
de "Siamese Dream". Mais l'effort d'innovation est tellement
important, et le groupe a une telle identité par rapport aux groupes de rock
rétro à la mode du moment, les Bloc Party et autres Rakes, est tellement
moderne, qu'avec ce premier disque, il signe pour moi ce qui est certainement
le meilleur disque de rock, celui qui fait le plus avancer le Schmilblick,
depuis le troisième album de Radiohead, soit depuis... 1997. Ai-je encore
besoin de vous conseiller de l'acheter ?
David
Ackles « David Ackles » - 1968
Pas
trop mal, 4 Oct 2005
David
Ackles est un songwriter américain de la grande période de la fin des années
soixante, proche musicalement et thématiquement d'autres grands
chanteurs/compositeurs comme Brel, Scott Walker ou Randy Newman, avec cependant
une touche de christianisme torturé qui le rend très original et une manière
bien à lui d'interpréter, sa voix pouvant être violente, délicate, enjouée,
ironique, tout en demeurant dans un ton grave assez unique. Son premier album
est plus un essai qu'autre chose, pour ma part, je considère que ça ne devient
sérieux qu'à partir de son deuxième album. Il y a quelques pépites comme
"What a happy day" ou "Down river" mais dans l'ensemble je
trouve la production mauvaise et les arrangements inadaptés à ses chansons :
trop de guitares électriques balourdes surtout (il est accompagné entre autres
par des membres d'Iron Butterfly). Néanmoins, pour les fans d'Ackles, ce disque
reste indispensable (je sais que quelques-uns le préfèrent même à son second, ce
qui est pour moi assez impensable). Pour les autres, je recommande plutôt
"American Gothic" mais ils finiront tôt ou tard par arriver au reste
et notamment à ce premier disque.
Blind Blake « All the
Published sides » (JSP) - ~ 1925-32
Excellent
musicalement mais..., 25 Oct 2003
Blind
Blake était un génie de la guitare, il suffit d'écouter d'excellents titres
comme 'Southern Rag' pour s'en rendre compte, et ce même si on ne pratique pas
l'instrument. A ce titre, avoir un disque de ses meilleurs morceaux s'impose.
Car ce coffret, qui présente l'intégrale de ses faces enregistrées, mélange
allègrement le vin et le vinaigre. Certains titres sont d'un confort d'écoute
parfait, le remastering étant plus qu'à la hauteur, cependant trop d'autres
sont gâchés par le bruit des 78 tours d'origine et sont donc inaudibles pour la
plupart. Un bon prix n'excuse pas tout.
Fantomas
« Amenaza El Mundo » - 1998
Innovateur
et audible à la fois, 11 Sep 2000
Fabuleux
disque ! Jazz et metal à la fois, avec des vocaux complètement délirants tout
droits sortis de chez Tex Avery. A acheter d'urgence !
Maintenant
The Walkmen « Everyone
who pretended to like me is gone »
Groupe
new-yorkais, album paru en 2002, très à part dans le contexte, sonne comme une
poursuite du son alternatif des années 90, sans le côté revival des Strokes par
exemple. De l’âme. Dépression sensible sur un morceau comme « Stop
Talking ». Jeu sur les dynamiques d’un morceau à l’autre pas innocent mais
discret. Guitares réverbérées, batterie multi-facettes et voix entre Bono et
Bob Dylan. Peut-être un futur cult classic.
The
Walkmen « Bows & Arrows »
Deuxième
album, 2004. Une répétition du précédent, mais qui ne manque pas d’intérêt. Des morceaux très
réussis comme « Bows & Arrows » (son d’orgue « englobant »
mémorable), « The Rat », « Thinking of a dream I had »,
« Hang on, Siobhan ». Entre
tout ça, des redites du premier album sympathiques mais qui n’apportent pas
grand-chose (« No Christmas while I’m talking »).
The Walkmen « A hundred
miles off »
2006,
production différente des deux précédents, enregistré dans un autre studio.
Changement d’ambiance dès le premier morceau, « Louisiana », qui
sonne folk-rock du bayou avec trompettes. En fait, disque très Bob Dylan, avec
des morceaux garage et d’autres plus d’atmosphère. Excellent morceau de
clôture, même si c’est une reprise (« Another one goes by »). Pas
mal, mais on a l’impression qu’ils ont déjà tout dit et qu’ils essayent de se
renouveler. Pour un troisième album, ça aurait dû être meilleur.
Cynic
« Focus »
1993,
Floride, un ancien très mauvais groupe de thrash/death metal qui compte
d’excellents musiciens décident de faire un amalgame de metal et de
jazz/fusion. Son superbe sur le remastering de 2004, à ce qu’y paraît très
passable sur le pressage de 1993. Mélancolie de certains passages enjolivés de
voix féminines (« Uroboric Forms »). Solos de guitare superbes, jeu
de batterie incroyable au service de compositions mémorables. On peut penser au
départ que le vocoder sur la voix claire gâche mais il devient de plus en plus
pertinent au fil des écoutes. Voix agressive discrète, pas trop agressive quoi.
« I’m but a wave to… » et « How could I » sont
hallucinantes de maîtrise, comme le reste d’ailleurs. J’adore les sonorités des
claviers, ça fait penser au film « Tron ». Chef d’œuvre, malgré le
refrain vite énervant de « Veil of Maya » qui a dû servir de base à
toute la discographie de Fear Factory post-« Soul of a New Machine ».
Suffocation
« Despise the sun »
1998.
Mini cinq titres où rien n’est à jeter. Retour aux bases après le death
subtilement progressif de « Pierced from within », style tellement
épuré qu’il n’y a plus qu’un seul solo de guitare (sur
« Catatonia »). Performance fantastique du batteur, clinique, parfaitement
en phase avec ce que le groupe cherche à montrer : de la violence sans
haine, purement gratuite, une rancœur de psychopathe qui ne connaît pas ses
raisons (c’est le propre du psychopathe). Le morceau-titre est un tube, avec
des riffs terriblement banals et qui sonnent cependant comme si c’était la
première fois que quelqu’un les jouait. Vocaux monocordes comme il se doit.
« Catatonia » : riffs et solo de fin absolument apocalyptiques.
Seulement 16 minutes, mais 16 minutes ultimes dans le genre.
Suffocation
« Souls to deny »
2004.
Très puissant, refrains chiants parfois comme sur le morceau-titre. Mélancolie
et psychédélisme dans certains solos de guitare. Super prestation du batteur
malgré le son pourri de sa caisse claire. Super intro/outro qui met de suite
dans le bain, et malgré ce que certains ont dénoncé comme une simplification de
leur style, beaucoup de changements abrupts et parfaitement maîtrisés
(« Immortally Condemned »). Pas meilleur que « Pierced from
Within », bien sûr, mais vaut vraiment le coup d’oreille.
Suffocation
« Suffocation »
2006.
Pareil que « Souls to deny », avec moins de psychédélisme, sauf sur
« Redemption ». Meilleure production, audiblement sur la batterie. On
sent qu’ils ont essayé d’imiter leur propre style de « Pierced from
within », mais sans succès, à cause du très moyen remplaçant de leur
ancien guitariste, qui, lui, était un innovateur. Ca empêche pas que ce soit
bon en soi-même. Y a des passages très mémorables là-dessus (« Creed of
the infidel », « End of all ends » et le réengistrement de
« Prelude to Repulsion »).
Down
« Nola »
1995.
Chant superbe de Phil Anselmo, guitares très lourdes mais pleines de feeling.
L’équivalent du blues dans le heavy metal moderne. Sobriété du batteur
indispensable dans le paysage d’ensemble. Refrains fabuleux
(« Lifer », « Stone The Crow », « Bury me in
smoke » en particulier). Meilleur
que n’importe quoi de Corrosion of Conformity ou de Crowbar, à la hauteur des
meilleurs moments de Pantera.
Down « II Bustle in your
hedgerow »
2002.
Passez votre chemin, il n’y a rien à voir. De bonnes intentions (jouer du rock
sudiste plutôt que du stoner) très mal exécutées. Morceaux parfois ridicules
(« Stained Glass Window »).
Robert
Wyatt « Rock Bottom »
1974.
S’il n’y avait que le seul morceau « Sea Song », il vaudrait déjà
l’achat. « Little Red Robin Hood », morceau où on sent un courage.
Peux pas l’écouter sans penser qu’il a perdu ses deux jambes avant de
l’enregistrer, me gâche parfois le lien direct avec la musique.
Napalm
Death « Scum »
1987.
Très mal vieilli. Vocaux d’ours très grotesques et batterie à fond. Les
guitares ne parviennent pas à suivre le rythme, on est pas chez Repulsion ici.
Prendre Repulsion à la place. Ou leurs propres « Peel Sessions » de
1987-88, qui sont ce qu’ils ont fait de plus proche de Repulsion.
Repulsion
« Horrified »
1986.
Le disque ultime de grindcore/death metal. Batteur ultra frénétique ; à
défaut d’être le plus rapide, il fait sentir ses efforts, ce qui n’est plus le cas
dans le style dès le premier Morbid Angel. Production pourrave qui rajoute à
l’ambiance rock n’ roll du disque. Vocaux pesticides. Double basse graveleuse,
innovante à l’époque. Intensité qui grimpe au fur et à mesure que ça avance.
Mention particulière au morceau-titre, pour les incroyables agressions portées
aux cymbales, et à « The Lurking Fear », pour les dernières trente
secondes où ça baisse le tempo puis s’envole avec une puissance inégalée sauf
chez Charles Ives. S’écoute pas tous les jours, certes, mais quand on a envie,
ça fait du bien.
Be Your Own Pet « be your
own PET »
2006.
Sur le label de Thurston Moore, distribué par Universal. Sonne comme une
bâtardisation de Melt Banana, sans les effets électroniques et les tempos
grind, mais envoie quand même vachement de jus sur le cerveau. Chanteuse
géniale ou irritante selon l’humeur dans laquelle on l’écoute. Guitares plus
que tranchantes. Pas vraiment d’influences Gang of Four, mais plutôt Red Cross
première époque (produit par Steve McDonald d’ailleurs) sous cocaïne.
Slipknot
« Iowa »
2001.
Plus extrême que ce qu’on veut bien croire. Intro comme sur les vieux disques
de death, blast beats, quelques growls combinés avec les standards du neo-métal
(Ross Robinson à la prod, pas de solos de guitares, son de caisse claire
passable, apitoiement exagéré sur soi-même). Mais ça marche. « Everything
Ends » et « People = shit » sont jouées de façon trop ressentie
pour être des blagues. « Gently » est fabuleuse. Fait chier qu’ils
aient mis ce morceau d’un quart d’heure à la fin, ramené à 8, il aurait été
parfait. Du mauvais comme « My Plague » quand même (malgré le super
pont au milieu), et le reste passe tout seul. Riff du « Day of
suffering » de Morbid Angel sur l’ouverture de « I am hated »…
le plagiat, c’est le progrès.
Radiohead
« Kid A »
2000.
« Idiotheque », « In Limbo », de la fausse musique
électronique. Ils ont bien fait de changer de style après « OK
Computer ». Superbe morceau d’ouverture bien que répétitif
(« Everything in its right place »). Pareil pour le morceau de fin,
bien mégalo et épique dans la tradition du groupe. Adore le côté folk dépressif
de l’an 2000 de « How to disappear completely ». Le morceau
« Kid A » est une réussite dans un style où on ne les attend pas.
Banalité de « The National Anthem », mais ça passe tout seul. Pas un
chef d’œuvre, mais un très très bon disque auquel on revient très souvent quand
même.
Radiohead
« Amnesiac »
2001.
De la merde. Ils auraient dû jeter à la poubelle les reliques de « Kid
A ».
Burning
Witch « Crippled Lucifer »
1999.
La lenteur de Cathedral et les vocaux paranoïaques de Trouble, en dix fois
pire. Un grand moment de doom metal. Guitares massives, un pas en avant du
« Left Hand Path » d’Entombed, à part que là, il semble que personne
veuille reprendre ce son-là et bâtir une scène dessus tellement c’est unique,
énorme, extrême, symphonique même (ce qui expliquerait tout). Définitif du
genre.
Deicide
« Amon : Feasting The Beast »
1993.
Regroupement des deux démos parues sous le nom d’Amon en 1987 puis 1989. La
démo de 1987 présente une facette crue du groupe, enregistrée sur un 2 pistes
tout pourri. Benton y fait ses vocalises les plus effrayantes, on dirait
« L’Exorciste » en mille fois pire. Derrière, on essaie de tenir le
coup malgré les limites techniques mais ce n’est pas l’important. L’ambiance
maléfique fait tout sur cet enregistrement. Quant à la seconde démo, elle ne
fait que regrouper des versions étrangement plus rapides et plus féroces de 6
morceaux du premier album, dont la fantastique « Carnage in the temple of
the damned ». Les vocaux, moins overdubbés, sont presque aussi sauvages
que par la suite. Le son est bizarrement plus clair, moins « trempé dans
la boue » (la basse est audible). Ca vaut vraiment le coup d’avoir ces
versions démo. Dommage qu’il manque 4 morceaux du vrai album tout de même.
Deicide « The Stench Of
Redemption »
2006.
Leur meilleur album depuis “Legion”, aussi simplement. Il y a de la couleur
dans ce disque, peinte principalement par les solos de guitares fabuleux qui ne
tournent jamais à la démonstration mais qui appuient vraiment les riffs
tourbillonnants, parfois proches du punk dans l’esprit (« Death to
Jesus », notamment, contient des riffs à la Discharge). Refrains à la
Deicide, très pop et grognables sous la douche. Bonne performance de Benton,
qui a bien fait de mettre ses hurlements aigus loin derrière dans le mix (ils
ont vraiment perdu de leur puissance depuis « Serpents of the
light »). Plus rapide que n’importe quoi dans leur discographie, le
batteur atteint des niveaux de vélocité dont je ne le pensais pas capable en
ouïe de ses performances antérieures. Une très bonne surprise qui efface tous
les disques moyens ou horribles parus après « Once upon the cross ».
The
Futureheads « The Futureheads »
2004.
Les Pixies de la scène dance-rock anglaise actuelle. Des morceaux mémorables,
de l’âme, des changements de rythme incroyables et du goût dans les reprises
(« Hounds of love »). Plus des chœurs géniaux, des paroles absurdes
mais pas abstraites, bien au contraire (« The City is here for you to
use »). Influence Devo énorme mais on s’en branle. L’ordre des morceaux
est très bien pensé, ça devient de plus en plus violent au fur et à mesure
qu’on avance ; on croit que c’est de la pop acidulée juste sympa au départ
(« Le Garage ») et on est sur les genoux à la fin (« Man
Ray », un chaos). Ils referont plus jamais ça sans doute, c’est déjà une
chance d’avoir ce disque.
The
Futureheads « Area EP »
2005.
Trois morceaux pour assurer la transition entre deux albums très différents.
Grosse production, on sent les overdubs successifs sur les guitares et le
triggering sur la batterie mais on s’en branle, les chœurs sont encore bien
infectieux, et je ne peux pas fêter une victoire quelconque sans bredonner
« We cannot lose » dans ma tête, un hymne assurément. Vaut le coup
d’avoir le EP plutôt que la version américaine du second album (sur laquelle
ces morceaux ont été ajoutés) rien que pour la pochette qui est colorée et
jolie.
The Futureheads « News
and Tributes »
2006.
Album en montagnes russes sans rien de la violence abrupte du premier, si ce
n’est « Return of the Berserker » au milieu, un morceau qui sent
l’exercice de style mais qui n’en est pas moins jouissif. « Yes No »
est un morceau absolument nul, mais il est trop bon. « Cope »,
« Worry About it later », « Skip to the end » sont des
perles au milieu d’autres morceaux plus introspectifs mais très convaincants
(surtout “Back To The Sea” et « Fallout »). Morceau de bravoure sur
« Worry about it later », le pont est absolument magnifique. Ce qu’on
peut faire avec quatre voix, c’est sidérant. Ca doit durer peut-être sept
secondes au plus, mais ça résume une vie entière d’attentes, d’espoirs. Putain.
Nihilist
Spasm Band « No Record »
1968.
Du free-jazz joué dans un camping par des gens qui n’y comprennent rien avec du
matériel de seconde main. Red Krayola qui aurait cotoyé Sonny Sharrock et baisé
avec les Shaggs. Parfois proches des Fugs, mais avec un amateurisme qui les
rend sympathiques là où les Fugs sont pédants, prétentieux, chiants. Un grand
moment dans l’histoire de la musique.
The
Mars Volta « De-loused in the comatorium »
2003.
Une sympathique bâtardisation du math-rock déjà récemment aseptisé de Dillinger
Escape Plan, noyée sous une avalanche d’effets psychédéliques marrants. King
Crimson aussi tiens. Participation de deux membres des Red Hot Chili Peppers
pour faire joli. Voix du chanteur parfois insupportable, entre Björk et Jeff
Buckley, mais sans la profondeur d’aucun des deux. Apprécie l’effort du côté
instrumental mais bon, ça me bouleverse pas en fait. A jeter.
The
Mars Volta « Frances The Mute »
2005.
Pareil que le précédent avec des cuivres en plus pour faire croire à une
évolution. Décidément, ce groupe ne sert vraiment à rien.
David
Ackles « American Gothic »
1972.
Un chanteur/compositeur catholique, influencé par Bertold Brecht et
Jacques Brel, enchaîne chansons tendres et satires. Indispensable.
« Montana Song » est une puissante évocation des rapports familiaux
dans les zones rurales aux Etats-Unis, on voit les vallées et les prairies à
nos pieds dès l’ouverture. « Midnight Carrousel » est un vrai
cauchemar sonore, avec un riff simpliste sur deux notes au piano qui est obligé
de marcher mais c’est tellement bien fait qu’on s’en branle. Sinon, y a du
gospel à la gloire de Jésus et des réunions de famille à la messe du dimanche
pour chanter ses louanges, la peinture de scènes dramatiques se passant sur un
port sur des airs d’opéra où un seul comédien interpréterait tous les rôles,
des airs simples sur des problèmes aussi complexes que le divorce et des
caricatures au vitriol de la vie en Californie ou ailleurs, livrées avec
changements de rythme intempestifs et vocalises sournoises. Complètement
schizophrène sans jamais tomber dans la conscience de l’être.
Mortician « Darkest Day
Of Horror »
2003.
Les vocaux les plus graves dans le genre. Fausse brutalité, mais tellement con
que c’est bon. Riffs de guitare on ne peut plus accrocheurs (« Dead and
Buried », « The Final Sacrifice »), emphase rock n’ roll
jubilatoire (« Voodoo Curse »), samplers parfois fabuleux
(« Ghost House »). Pas de solos (certainement pas assez forts pour en
jouer). Excellent batteur (une boîte à rythme). Pas trop long (moins de 40
minutes). Production pas trop digitale. Leur meilleur disque.
The
Jesus & Mary Chain « Psychocandy »
1986.
Disque ultime de rock n’ roll. Rencontre inespérée entre Phil Spector et Glenn
Branca, avec Brian Wilson au milieu qui fournit les chansons. Voix très
cold-wave, bien dans l’esprit de l’époque, mais qui colle encore aujourd’hui
parce que la musique derrière n’a pas vieilli. Feedbacks incroyables sur
« Something’s wrong », de plus en plus aigus et intenses. Magnifique
apport du batteur, qui fait ce qu’il peut de mieux avec un tom et une caisse
claire. Paroles de « The Living End », inestimables, même aujourd’hui
pour rappeler quel est le moteur de la conscience occidentale aux faux
utopistes et aux cons. J’adore.
The Jesus & Mary Chain
« Darklands »
1988. Trahison.
The Velvet Underground
« The Velvet Underground »
1969.
Troisième disque, après le départ de John Cale. « Beginning to see the
light », « Jesus » et « I’m set free » sont parmi les
plus belles chansons folk jamais écrites. Solo de guitare sur « I’m set
free » : on sent plus la drogue là-dedans que dans n’importe quel
passage de Sebadoh (qui essaye pourtant). « What goes on »,
classique. « Murder Mystery », à la fois fascinante et chiante, un
peu à l’image de « Candy says » ou de « Pale Blue Eyes ».
Sympathique comptine de fin (« After Hours »). A écouter dans un état
particulier donc.
The Beach Boys « All
Summer Long »
1964.
Le disque clef de la première période des Beach Boys (on dira 1961-1965, avant
le virage ‘‘artistique’’). C’est facile, y a toutes leurs caractéristiques de
cette période sur cet album, et leur production la plus aboutie jusqu’à
« Pet Sounds », albums de transition (« Today »,
« Summer Days ») inclus. Pourquoi ? Parce que ça sonne rock n’
roll pour la dernière fois et pas tout à fait encore orchestral spectorien. Et
puis, parce qu’il y a des tubes immortels, comme « I Get Around »,
fredonnable du berceau jusqu’à la tombe, le morceau-titre et son introduction
contagieuse au xylophone, lointaine cousine de celle de « California Girls »
sorti à peine une année plus tard, « Little Honda », motorisé par une
section rythmique qui pulse sans relâche, et d’autres titres moins connus, mais
aussi estimables. La reprise de « Hushabye » est une merveille ;
le travail sur les chœurs y est éblouissant, le falsetto de Brian Wilson n’a
jamais été aussi pur. « Wendy » est une ode aussi banale que vitale à
une jeune femme qui était certainement aussi vitale que banale. « We’ll
Run Away » est une ballade douce amère qui annonce clairement « Wouldn’t
It Be Nice ». Sur « Girls On The Beach », « Drive-in » et
« Don’t Back Down », l’expérimentation avec les enchaînements
d’accords prend une ampleur alors jamais atteinte sur un disque de pop music, y
compris chez les Beatles. Certes, il y a des morceaux bouche-trous :
« Carl’s Big Chance », un instrumental surf marrant mais dont on
pourrait très aisément se passer, « Our Favorite Recording
Sessions », qui ainsi que son nom l’indique est un bêtisier des séances
d’enregistrement de l’album, et l’horrible « Do You
Remember ? », un morceau nostalgique sur le rock n’ roll alors que
celui-ci n’a pas dix ans d’âge. Mais c’est normal, on est en 1964 et on sort
des albums tous les quatre/cinq mois donc ça se comprend. Le dernier vrai
disque des Beach Boys avant qu’ils n’auraient dû changer de nom, point. C’est
pas que je méprise leur discographie postérieure, loin de là, mais si elle
était sortie sous le nom « Brian Wilson », il n’y aurait rien eu de
choquant.
The
Beach Boys « Friends »
1968.
Easy-listening et bossanova composées et jouées comme il faut, avec paresse et
minimalisme. Morceau d’ouverture qui stupéfierait n’importe qui (« Meant
for you », 40 secondes de génie qui s’évanouissent subitement dans le
silence). Autre tentative de chanson (« Friends »), presque réussie.
« Wake the world », poésie naïve, enfantine, un régal. « Be here
in the morning », bien je m’en foutiste comme il se doit. « When a
man needs a woman », macho et stupide mais on sent que c’est pas fait
exprès. Interlude mi-temps de match de hockey (« Passing By »).
Arrangements austères mais terriblement efficaces (« Anna Lee, The
Healer »). Essais de Dennis Wilson (« Little bird », « Be
still ») aussi subtilement maniaques que les enregistrements de son pote
d’alors Charles Manson. « Busy Doin’ Nothin », ou comment écrire un
morceau à partir de rien. Fin de ce morceau où on sent les facilités et le
génie d’un précurseur déçu prêt à aller se coucher dans sa chambre en baillant
après avoir pris ses anti-dépresseurs. Instrumental qui réussit son but, à
savoir amener l’auditeur sur un hamac, près d’une plage à Hawaï (« Diamond
Head »). Clotûre brutale sur un thème peu approprié (« Transcendental
Meditation »), avec des saxophones couinant des notes au hasard sur des
chœurs faux de vrais drogués. Un des chefs d’œuvre de leur discographie.
Hole
« Live through this »
1994.
Tellement bon qu’on se demande si c’est pas le mari de la chanteuse qui l’a
composé. Que des tubes du début à la fin. « Miss World » aurait dû
être un « Smells like teen spirit » pour les filles, mais c’est bien
connu que les filles écoutent pas de musique. Frénésie de « She walks on
me » et de « Rock Star » (en fait, « Olympia »). Reprise
indispensable des Young Marble Giants (« Credit in the straight
world »). Un mini-classique qui n’a
pas la reconnaissance qu’il mérite.
Skip James « The complete
early recordings »
1928.
J’ai la version de Shanachie/Yazoo. Le mastering est bon, grave, comme la musique.
Falsetto inquiétant. Jeu de guitare complexe. Accords lugubres. Avec Hasil
Adkins, prototype de tout ce qui vient après 1965 en termes de musique
caverneuse, de Nick Drake à Darkthrone. Ambiance noire renforcée par les
parasites sur les vinyles d’origine utilisés pour monter l’édition CD.
« I’m so glad », thrash-metal avant l’heure, avant même Dick Dale,
soit trente ans d’anticipation, ce qui est un miracle à l’échelle de l’histoire
de la musique enregistrée. Morceaux au piano dont certains disent qu’ils
préparent le chemin à Monk, mais je connais pas Monk. En tout cas étonnamment
déstructurés pour l’époque. Plus important que Robert Johnson du point de
vue musical.
Compilation « Teenage
Shutdown : Jump, jive and harmonize »
1995.
Regroupe comme toutes les autres sous la même bannière des morceaux sortis
entre 1964 et 1968, généralement sous la forme de 45 tours ou plus rarement
dans des anthologies destinées alors au marché local voire régional. 1er volume
de la série (sur 15 en tout) qui démarre en trombe par un disque sans faute
majeure. Beaucoup de morceaux qui parlent d’animaux de la jungle (« Monkey
Man », « Gorilla », « The Alligator »), parfaitement
en phase avec la sauvagerie de morceaux comme « El monstruo »,
version hispanophone du célèbre « The Crusher » des Novas, avec des
guitares très bruyantes qui refont le thème de « La quatrième
dimension » en intro et une emphase sur le côté grogné des vocaux, c’est
marrant, ça fait death metal. Quelques moments classiques, définitivement :
le « I’m a hog » des Groupies, obscène à mort ; le solo de
guitare féroce sur « I wanna be your love » des Cobras ; la
frénésie du percussionniste sur le « Rollerland » des
Twiliters ; les hurlements de demeurés sur le « Gorilla » des
Shandells ; les chœurs virils sur la reprise de « Who do you
love » par les Preachers ; le « Move it on over » de Del
Shannon, presque aussi violent qu’un morceau des Sonics ; le ragga-rock de
lycéens brutal des Centurys sur « 83 ». Bêtement incontournable,
quoi.
Compilation
« Teenage Shutdown : You treated me bad ! »
1995.
Second volume, dont la thématique est les groupes les plus amateurs possibles,
thématique complètement informelle bien sûr. Y a quand même le « You
treated me bad » des Jujus sur cette compilation, et ce morceau est un des
premiers classiques du genre, étant paru dans un premier temps sur une
« Pebbles » dans les années 70-80. Cette compil est plus
inconsistante que d’autres dans la série, on a du très bon et du très mauvais.
Dans le bon, les Gremlins « Wait », Terry Davidson & The Barracudas
« Hurray for Hazel » (une déviation catastrophique du « Little
Black Egg » des Nightcrawlers), les Quests « Scream Loud » avec
des vocaux suraigus très marrants, les Morticians « It’s gonna take a
while » dont la structure est assez singulière. Le reste va du moyen au
médiocre. « She’s bad » des Shoremen est absolument inutile par
exemple. Goût amer quand même à la fin du disque, on sent que ça aurait pu être
bien meilleur s’ils avaient mis des trucs moins passables pour boucher les
trous entre les vrais découvertes.
Compilation « Teenage
Shutdown : Things Been Bad »
1995.
Troisième volume. Un classique absolu sur celle-là : « Baba
Yaga » des Pagans. Un super chanteur là-dessus. Reprise de Them par Peter
& The Wolves absolument géniale, complètement dans l’esprit de l’époque,
avec un chanteur qui sait se servir de son nez, c’est le moins qu’on puisse
dire. « Bar the door » des Roamin’ Tongas, « Lost One » des
Roots, les morceaux dérivés de « Louie Louie » sur la fin (moment génial
sur « Now and Then » des Stains quand le chanteur scande : « I
know you’ll feel good baby / I mean, you will ! ») sont très
bons. Avec celle-là, on peut pas se tromper, y a presque pas de bouche-trous,
je crois même finalement qu’il n’y en a pas.
Compilation « Teenage
Shutdown : I’m a no-count »
1995.
Quatrième volume, certainement le plus proto-punk de la série. Pas mal de
tempos rapides, dont les morceaux des Outcasts, des Chob (qui s’appelle pas
« We’re pretty quick » pour rien), des Al’s Untouchables (des
guitares vrillées), des Cave Men (« It’s trash », un classique des
obscurités brutales sixties)… Solo psychédélique sur « Did ya need to
know » de Dale Gregory & The Shouters. De supers sons d’orgues ; bien kitsch mais pas envahissant, au
contraire ça fait l’esprit du truc, ça le rend unique. Un 45 garage sans orgue,
c’est comme baiser sans se faire sucer en plus, ça laisse frustré, on se dit
qu’il manque un truc forcément. Très grand moment sur l’ouverture du « I’m
a no-count » de Ty Wagner, où on découvre bêtement l’origine d’un des
morceaux les plus connus de The Clash, qui se sont pas posés la question deux
fois avant de la plagier. Les Magic Plants comptaient en leur sein deux membres
des futurs Left Banke, font une chanson pas mal. Morceau des Passions,
« Lively One », plein d’attitude. Quelques morceaux moins bons (Byron
& The Mortals, Fallen Angels, The Opposite Six), mais on va pas faire la
fine bouche.
Compilation « Teenage
Shutdown : Nobody to love »
1995.
Cinquième volume, dédié au folk garage. Très très bonne compil, avec des
morceaux qui font vraiment penser au « Murmur » de R.E.M. avec vingt
ans d’avance, notamment « There’s a flower shop » par The Paradox,
dont le chanteur ferait presque passer Michael Stipe pour un escroc qui lui aurait
tout volé. Quasiment que des tubes là-dessus : The Intruders « Now
that you know », The Jades « Surface world », The Twilights
« It couldn’t be true » (avec un chanteur qui devait pas avoir 13
ans), le glorieux « Have you for my own » des Go-Betweens (!) dont le
refrain tue, entre autres. LE grand moment du disque est cependant sans
conteste « Shades of blue » par les Shandels, une chanson inusable,
où le groupe utilise un instrument qui s’appelle le Cordovox, qu’ils ont
trafiqué pour avoir ce son particulier qui fait penser à un accordéon
synthétique. Très beau.
Compilation
« Teenage Shutdown : I’m Down Today »
1995.
Sixième dans la série, axé sur les morceaux dépressifs. Y a même une reprise du
vieux blues dont la version la plus connue est celle de Blind Lemon
Jefferson, « See that my grave is kept clean », et elle est
particulièrement lugubre. Le dernier morceau, « Depression » par les
Specters, est d’une ironie féroce. Le jeu de guitare sur ce morceau est très
évocateur. La plupart des morceaux sont en fait soit folk, soit surf au
ralenti, avec des lamentations de gamins délaissés par de prétendues petites
amies comme posées pour accompagner les riffs on ne peut plus répétitifs. Ca marche selon
l’humeur.
Compilation « Teenage
Shutdown : She’ll Hurt You In The End »
1995.
Huitième volume (je passe volontairement le septième, “Get a move on”, à mon
goût LA grosse erreur de la série, qui ne présente AUCUN bon morceau), centré sur
les jeunes groupes plutôt naïfs. Très inégale malgré quelques morceaux très
mémorables comme « I want my baby » des King Bees (l’essence de la
pop sixties en 3 minutes), le surf sauvage « I’m Tempted » par les
Quests, la loose revendiquée des Actioneers sur « No one wants me »,
la reprise déguisée du « Psychotic Reaction » des Count Five sous le
titre « Whatzit ? » par les IV Pak qui est un monument
d’absurdité et le superbe « Dog » des Gee Tees. Après, y a les
morceaux moyens comme le « That’s not the way » des Levis, « Way
Down » des Weejuns, bref, y a 6-7 morceaux bof. Pas le meilleur cru, mais
ça passe.
Compilation
« Teenage Shutdown : Teen Jangler Blowout »
1995.
Neuvième dans la série, consacré au folk-rock style “Little Girl” des Syndicate
of Sound, que l’on retrouve sur la box “Nuggets”, c’est-à-dire des arpèges folk
jouées avec un son strident à la guitare électrique sur des rythmes typiquement
garage. Très consistant, je citerai en priorité les deux morceaux des Jackson
Investment Co., le « World Ain’t Changed » de Warden And His
Fugitives (dont les paroles sont toujours d’actualité), le naïf « I Want A
Love » des Sleepers, ponctué de hurlements sauvages, et la B-side du 45
des fameux Bees responsables du classique « Voices Green And
Purple », plus traditionnelle mais remarquable (« Trip to New
Orleans »). Ca se finit sur l’amer « I’m Always Doing Something Wrong »
des Fab Four J. Un des meilleurs disques de la série.
Compilation
« Teenage Shutdown : The World ain’t round, it’s square »
1995.
10ème volume de la série. Le top de la compilation garage rock,
absolument rien à jeter sur les 17 titres, ce qui est rare, très rare dans le
domaine. En général, les labels se contentent de mettre 5-6 morceaux très
mémorables, 5-6 bons morceaux et 5-6 chansons passables, et en arrangeant le
track-listing, arrivent à donner l’illusion que tout est génial (le pire, c’est
que ça marche la plupart du temps, surtout sur cette série « Teenage
Shutdown »). Je considère ce disque supérieur à n’importe quoi dans le
coffret « Nuggets ». Du hard-rock brutal par Paul Bearer, du R n’ B
vicieux par les Triumphs (superbe performance à la guitare), du blues en
accéléré avec une reprise des Yardbirds par les Oxfords etc. Il y aurait
d’autres morceaux à citer, mais laissons la surprise à ceux qui auront
l’intelligence de l’acheter après avoir lu ces lignes (je ne dirai rien de
l’incroyable morceau-titre).
Compilation « Teenage
Shutdown : Move It ! »
1995.
Onzième volume, le plus rock n’ roll classique, incluant des reprises amateurs
de “Johnny Be Goode” et de “Something’s got an hold on me” fantastiquement
pitoyables. Ici, on fait pas dans la distorsion brutale à la Stooges, on est
plus proche de Chuck Berry et des Beach Boys des débuts. La compile est assez
constante, y a pas trop de morceaux bouche-trous. En plus des deux reprises, on
a « Move it » des Twiliters (les mêmes que ceux du
« Rollerland » du premier volume), « Niat Pac Lavram » (!)
des Chevron’s Five, et l’obscène « Lollipop » des Royal Coachmen,
entre autres (j’en ai marre de faire des listes). Ca ne se manque pas.
Compilation
« Teenage Shutdown : No Tease »
2000.
Douzième de la série. Dédié aux groupes qui savaient presque pas jouer. En
général, les morceaux sont basés sur une mélodie à deux accords ou sur l’instrument
du seul membre qui sache s’en servir à peu près. Une très grande compilation,
avec des chansons comme « I’m gonna love you » par les Hangmen (un
chef d’œuvre d’émotion ultra simple, basé sur trois notes et un refrain d’une
infâme banalité) qui devraient être plus diffusées pour montrer qu’on peut
faire de la bonne musique en étant le pire des losers. « Last
Laugh » des Cholos est particulièrement primitive, on dirait une version
masculine des Shaggs, la batterie ne suit pas la guitare rythmique qui joue
faux, le chanteur posant sa voix par-dessus comme il peut et pourtant, le
refrain marche à tous les coups. En fin de disque, on trouve sinon une
« By the sea » chaotique par les In-Vaders, interprétée comme si les
types se prenaient pour des musiciens confirmés. Excellent, tous les
professeurs de musique approuveraient l’attitude !
Compilation
« Teenage Shutdown : I’m Gonna Stay »
2000.
Treizième volume, sous-titré « Target : fuzz ! ». Donc du son
assez gras, en principe. Mais bon, je viens de dire en principe, parce qu’en
fait c’est pas tout le temps le cas. La mission que se donne cette compile
n’est pas remplie à l’arrivée, surtout si on s’attend à des morceaux sauvages
dans le style des Swamp Rats. Y en a bien sûr, comme le « Something so »
des Peabody Hermitage ou le génial « Dance Girl Dance » de The
Barr Association. Un sympathique plagiat du « A Question of Temperature » des
Balloon Farm par Oscar & The Majestics sur « Got to have your
lovin’ ». Excellentes obscénités
murmurées par les Moxies sur “I’m Gonna Stay”. Mais il y a aussi de très
mauvais morceaux, mais pas de ceux qui sont bons… par exemple, le « Super
Stuff » des Rock Garden est vraiment inécoutable. Le reste passant tout
seul comme à l’accoutumée, sans jamais atteindre les objectifs fixés dans le
titre ou que je me suis fixé à sa lecture, plus certainement. Faut dire qu’on y
entend plusieurs usages de la fuzz, et pas seulement le gros effet brutal que
j’aime. Ca
le fait pas.
Compilation « Teenage
Shutdown : Howlin’ For My Darlin’ »
2000.
Quatorzième volume, en deux parties. La première (1-10) est consacrée au R
& B à la Pretty Things/Them ; la seconde (11-18) au style garage
NorthWest, à la Sonics ou Wailers. Distinction pas évidente tout le temps à
l’écoute mais bon. Parmi les perles ici on trouve les Tasmanians
(« Baby »), Limey and the Yanks (« Guaranteed Love »), Nick
Hoffman (« King of the moon »), la reprise furieuse de « I just
wanna make love to you » par les Devil’s Own, les Rogues qui lâchent la
foudre sur « Train Kept A Rollin’ », les hurlements de déments par le
chanteur des Tropics sur « You Better Move », le morceau d’Underworld
(qui n’est pas le groupe électro J), et, le fin du fin, la version grindcore de
« I’m A Man » par The Jagged Edge. Et quand je dis grindcore, je dis
GRINDCORE : c’est un blast beat permanent !!! Absolument
invraisemblable pour l’époque !!! (bon, j’abuse un peu beaucoup, mais
c’est juste histoire de marquer l’enthousiasme) Il n’y a presque rien à jeter
sur celle-là, sauf peut-être, en étant méchant, la « Almost There »
des Spirits ou la « Rosalyn » des Undertakers, qui ne dépasse pas
l’originale en intensité. Attention : le track-listing imprimé n’est
pas celui qui s’écoule réellement sur le disque, il y a des inversions entre
les morceaux 13 et 17 ; les Tropics sont en 13, Underworld en 14, les
Rogues en 15, les Cobras en 16 et les Dirty Shames en 17.
Compilation « Teenage
Shutdown : She’s A Pest »
2000.
Quinzième et à ce jour dernier volume. On comprend pourquoi à l’écoute. Les
morceaux inspirés de « Louie Louie » ou de « Bo Diddley »
sont nombreux, il y a une reprise des Rolling Stones, bref ça devient trop
référencé quelque part, ça sent la fin de série. Restent les deux morceaux des
Wind et le « Knock on my door » des Primates. Ca pouvait mieux finir
quand même.
The
Strokes « Is This It »
2001.
Pour certains, un sous-Pavement, mais Pavement lui-même est déjà un sous-The
Fall donc ça règle la question de la pertinence. Influences complémentaires des
Pixies, des Ramones et du Velvet Underground. Effet permanent sur la voix
nécessaire sinon on se rendrait compte qu’il est pas si bon que ça. Riffs
simplistes mais qui marchent. En gros, ça fonctionne parce qu’il y a une bonne
ambiance sur ce disque, paresseuse, joyeuse, à l’opposé des modes précédentes
du grunge et du néo metal (qui étaient paresseuses mais pas joyeuses). Certes,
ça pompe sans vergogne sur des sources connues, mais on l’aurait moins su si
les possibilités de s’informer ne s’étaient pas accrues aussi rapidement entre
1996 et 2001 (Internet et la pub ultra référencée sixties/seventies sont passés
par là). Et puis, c’est pas le groupe de n’importe qui si j’ai bien compris, y
a que des gosses de riches dedans. Est-ce vraiment l’essentiel ? Musicalement,
je crois pas. Ca change du côté prolo de Mudhoney ou Nirvana, et c’est pas un
mal de diversifier. Par contre, socialement, ça a amené un tas de cons à faire
du rock (ce qui en soi n’est pas un problème, bien au contraire ; le rock
est une musique à la con depuis les années 50), mais surtout ça a cantonné son
exécution à la propreté qu’on trouve sur ce disque. A cause de cet album, même
les groupes « punk » de notre époque ont un son aseptisé et diluent
leur énergie à essayer de composer de bonnes chansons. A long terme, ça peut
ramener de la vraie fougue, je sais pas, en tout cas, j’espère que les nouveaux
qui arrivent à la musique s’en rendront compte. Par la suite, les Strokes ont
dévoilé à quel point ils étaient mauvais, sur leurs derniers disques ils ont
tenté de renouveler la formule, sans enthousiasme donc sans succès. Ca veut
beaucoup dire.
Van
Dyke Parks « Song Cycle »
1967.
Meilleur que le “Smile” des Beach Boys, plus complexe, plus aventureux, avec
des paroles plus bizarres et un chant plus convaincant. L’écouter deux mois
avant de comprendre. « Vine Street », reprise de Randy Newman avec
plus de prétention, juste ce qu’il faut. « The All Golden » réussit
le pari de l’auteur, à savoir « faire une version pop de Charles
Ives ». « Van Dyke Parks » est un interlude ambient avant
l’heure, chargé avec des bruits lointains de locomotives ou de bateaux à vapeur
(l’ensemble sonne un peu comme un enregistrement pris en direct à Pearl
Harbor pendant la fameuse attaque) et d’interprétations collectives d’hymnes
traditionnels. « Public Domain » juxtapose chanson
« normale » et musique contemporaine sans faire exprès. Incroyable
dédale sur « By the People » avec paroles pro-soviétiques, mélodies
bluegrass, chœurs faux et échos de foudre ombrageux. « Donovan’s
colours » ou comment adapter une minauderie folk, c’est-à-dire en la
transformant en chanson de saloon pour drogués et/ou dépressifs. « Widow’s
walk », sans queue ni tête, mais qui sait où il va. « Palm
Desert » offre des paroles absconses délivrées sur un fond orchestral qui
laisse présager de ce que serait un folk-rock symphonique et contient un
interlude magnifique avec bruits de petits oiseaux trahissant l’humeur
psychédélique du compositeur. Pas possible de tout dire sur un tel album. Dans
mon top 10.
Tim
Buckley « Tim Buckley »
1966.
1er album folk-rock, avec arrangements de Van Dyke Parks ou de Jack
Nitzsche sur certains morceaux. Une meilleure voix que celle de son fils, cela
va sans dire. Très immature sur ce disque, chansons naïves à propos de femmes
qu’on ne peut pas attraper etc. Très mémorable : « Wings », le
morceau avec rythme polka dont je me souviens pas du titre, « It happens
every time », enfin y a au moins 6 chansons incroyables sur ce disque et
le reste passe tout seul. Une pierre d’angle dans son style, que Buckley
abandonnera très vite…
Tim Buckley « Goodbye and
Hello »
1967.
...dès son second disque, où il ajoute une dimension
psychédélique/baroque/épique à sa musique, on va dire une fois encore à la Van
Dyke Parks. « Pleasant street », un très grand morceau, où il
parvient à être agressif alors qu’on croit que sa voix le limite à pousser des
chansonnettes (et il va passer sa vie à essayer de démontrer le contraire). Le
titre « Goodbye and hello » lui-même est un peu prétentieux dans le
tout, mais vaut le coup quand on l’écoute partie par partie. « Morning
Glory » est une perle, l’expression la plus proche musicalement de ce que
doit être la paix intérieure (les chœurs, mon Dieu… démystifiables pourtant si
on sait comment ils ont été assemblés), sauf que les paroles sont complètement
caricaturales et peuvent gâcher le plaisir si on les distingue. « Once I
was », toujours aussi prétentieux, mais génial. Et puis « Carnival
Song », « Hallucinations », « I Never asked to be your
mountain », toutes aussi variées et majestueuses les unes que les autres.
Montée vocale exceptionnelle sur la dernière. Peut-être trop ancré dans son
époque (paroles pacifistes etc.) mais on s’en branle. Toujours d’actualité
musicalement.
Tim Buckley « Dream
letter : live in London 1968 »
Enregistré
en 1968, mais sorti officiellement qu’au début des années 90. Aussi
indispensable que la plupart de ses albums studio, une performance incroyable
avec un accompagnement minimal (guitare acoustique, percussions, vibraphone).
Quelques morceaux inédits qui auraient dû être enregistrés en studio tellement
ils sont bons, dont « Troubadour », avec ambiance délétère causée par
un enchaînement de deux malheureux accords. Dommage qu’il n’ait pas été enregistré
plus extensivement… ou alors que les bandes mettent autant de temps à sortir.
C’est des concerts comme celui-là qu’il faut éditer sur disques.
Tim
Buckley « Lorca »
1970.
Une musique indescriptible, dire que c’est juste un mélange de jazz et de folk
serait réducteur. Premier morceau de 10 minutes effrayant avec un son d’orgue
parmi les plus glauques qu’il ait été donné d’entendre. Le reste à peine plus
conventionnel. Voix de Tim Buckley ahurissante de rancœur et de mélancolie. Le
premier morceau justifie à lui seul la possession de ce disque.
Tim
Buckley « Starsailor »
1970.
Pas de réédition CD disponible, ai été obligé de le piquer illégalement par le
peer-to-peer. « Come here woman » est une ouverture fascinante, qui
commence à peu près normalement, pour finir en incantation démoniaque, orgue
dissonant des profondeurs inclus. Bateau qui tangue sur « I woke
up ». Hymne aux sorcières, « Monterey », avec batterie jazz et
voix sans description. « Moulin rouge », aussi excentrique, à sa
manière. « Song to the siren », enivrante et déprimante. Seconde face
plus homogène, à peine moins bonne. Le morceau « Starsailor »,
l’équivalent du « 2001, l’odyssée de l’espace » en musique
(comparaison facile, mais la plus pertinente). Encore des sons d’orgue
incroyables sur « The Healing Festival ». Finit en improvisation jazz
plus classique avec cuivres et tout, mais ça repose. Pochette superbe qui fait
autant regretter l’indisponibilité. Ne pas attendre et télécharger.
Tim Buckley « Greetings
from L.A. »
1972.
Déviation vers le funk pas si imprévisible que ça finalement (y en avait déjà
sur « Starsailor »). Deux morceaux qu’on peut compter parmi ses
classiques, « Sweet Surrender » et « Make it right »,
complets avec performances vocales désespérées et paroles sado-masochistes de
grande classe. « Nighthawkin’ », morceau intéressant. « Get on
top of me woman », une vraie aberration si on a découvert le premier album
avant celui-ci, mais à l’image de la liberté de l’artiste. Disque pas bon en somme,
mais contenant des classiques isolés qu’il faut y chercher.
The
Breeders « Last Splash »
1993.
Un très bon album de sous-Pixies, on sent que Kim Deal a repris certains des
tics et formules de son ancien groupe. « No aloha », « Divine
hammer », « Do you love me now ? » sont des classiques,
« Cannonball » s’écoute encore malgré la rotation lourde dont il a
été victime à l’époque et sa récurrence honteuse dans de mauvaises publicités
de mauvaises marques pour des produits dispensables. Reprise country sympathique
sur la fin (« Drivin’ On »). Un bon disque.
The Yellow Balloon « The
Yellow Balloon »
1967.
Très inspiré des Beach Boys, produit par Gary Zekley, qui sera reconnu plus
tard pour avoir composé “Superman”, que R.E.M. a repris avec succès dans les
années 80. Enregistré avec orchestre à la Phil Spector, mais pas de mur du son.
Détend d’entrée avec « How can I be down », qui annonce immédiatement
la couleur du disque. Ambiance on ne peut plus légère, mais pas complètement
niaise non plus. « Ca pisse pas loin », certes, mais dans le style,
on fait pas mieux. « Stained glass window » est du sous-The Left
Banke, c'est-à-dire que c’est très bon à défaut d’être exceptionnel.
« Baby it’s you », une minute trente de stupidité exceptionnelle.
« Panama Red » aurait pu être sur « Beach Boys
Party ! ». Chœurs fabuleux sur le pont de « I’ve got a feeling for
love ». « Yellow Balloon » a été à juste titre un mini-tube à
l’époque ; coda mémorable à souhait. « Good Feelin’ Time » passe
toute seule. Apparition d’un banjo sur « Follow the sunshine », au
tempo surprenant d’un coup sur ce disque. « Springtime Girl » est une
anticipation des boys bands des années 90, sa mélodie est vaguement familière.
Encore une fois, harmonies superbes et travail épatant sur « Can’t get
enough of your love ». « Junk Maker Shoppe », un morceau de rock
trop traditionnel, clôt mal l’album mais on a déjà eu ce qu’on voulait avec les
dix morceaux précédents : un chef d’œuvre de pop sans aucune prétention.
Deep
Wound « Deep Wound »
1982-83.
J’ai la version de Lost & Found, c’est-à-dire un bootleg qui sonne pas trop
mal et contenant le 45 tours classique de 1983, deux morceaux extraits d’une
compilation d’époque (« You’re false » et « Time to
stand ») ainsi que des extraits de leur démo de 1982 sortie à part en vinyl
sous le titre « American Style ». Bien sûr, la démo est sympa mais
c’est fade en rapport du mini de 9 titres qui est une véritable tuerie.
Rappelons que le groupe compte Lou Barlow (à la guitare) et J Mascis (à la
batterie), qui créeront à eux deux presque seuls, s’il n’y avait pas eu les
Meat Puppets et Husker Du, la scène indépendante américaine dont Sonic Youth se
fera le promoteur au début des années 90. Vocalement, c’est super classique, ça
sonne très Keith Morris sur le 1er Circle Jerks mais pour le reste,
y a un côté proto-grindcore qui le met complètement à part parmi les sorties
hardcore/punk de l’époque. J Mascis bastonne littéralement ses fûts. Siege puis
Repulsion puis Napalm Death prendront cette trouvaille nouvelle à leur compte
et en feront la base de la musique extrême des années 90, que ce soit du death
metal ou de la techno hardcore. Que ce soit de futurs membres de Dinosaur Jr.
et Sebadoh qui en soient à l’origine n’est pas aussi surprenant que ça ;
après tout, Mascis pour l’amplification à la guitare, puis Barlow pour les
« techniques » (lol) d’enregistrement se montreront ensuite tout
autant radicaux.
Thorns
« Thorns »
2001.
Dès l’introduction foudroyante d’ « Existence », on sait que ça
va être un très bon disque. L’innovation qui consiste à intégrer des passages
ambient dans un disque de black metal n’est pas de Thorns, cependant ici c’est
tellement bien fait qu’on pourrait lui attribuer sans problème. On va dire en
fait qu’ici c’est vraiment pertinent. « Shifting Channels », avec sa
batterie robotique, est un monument de musique réellement oppressante, comme
« Vortex » et les deux parties d’ « Underneath the
Universe ». Il y a d’autres morceaux plus traditionnels comme
« Interface to God » ou « World Playground Deceit », mais
ils sont, comme les autres, propulsés par une couche de guitares en acier
trempé très brutales. Noter qu’il y a deux vocalistes, Satyr et Aldrahn, le
second étant légèrement en dessus, sonnant comme rongé par l’angoisse, le
premier se limitant à des éructations agressives bien plus stéréotypées. Ne
peut être du goût de tout le monde, y compris des fans de black metal, mais
vaut l’attention.
Randy Newman « Creates
something new under the sun »
1968.
Son premier album, composé et enregistré alors qu’il était un des membres de
l’équipe de songwriters californiens qui a donné naissance, en plus de cet
album, à ceux de Van Dyke Parks, ceux de Harpers Bizarre, aux singles des Mojo
Men de la seconde période, etc., etc., bref une bande de fous furieux qui
voulaient faire plus grand que Phil Spector en terme de production (un objectif
banal en ces temps). Donc vachement orchestré, parfois mégalo, bien que plus
intime et intimiste en comparaison des réalisations de ses amis. Des chansons
sarcastiques où est peinte la vie quotidienne des gens de peu, comme d’habitude
chez Randy Newman, à part que là c’est frais. Contraste délirant entre lui qui
chante faux et la virtuosité instrumentale de ses accompagnants, parfois
contraints aux changements de rythmes brutaux selon les chansons, qui vont du
droit devant (« Linda », « Cowboy », ont des structures
simples couplet/refrain/couplet) au pseudo-simili-opéra (« Davy the Fat
Boy »). Parfois d’une tristesse insultante (« I think it’s going to rain
today »). Après ça, ça deviendra plus
variétoche, moins prétentieux, bref moins bon. Dommage.
Marduk
« Panzer Division Marduk »
1999.
Vous imaginez un blast beat constant, des riffs de guitare tellement similaires
qu’on croirait que ce sont les mêmes, des beuglements rauques par-dessus, des
bruitages sortis de films de guerre et vous avez le schéma du disque sur ses 28
minutes. Jouissif à vrai dire quand on est d’humeur. Mais si on écoute bien, on
aperçoit un break absolument scandaleux sur « 502 » où le batteur
arrête de massacrer ses peaux, c’est honteux, c’est pas un vrai disque brutal
donc. Espérons qu’un groupe quelconque reprendra le flambeau pour réparer cette
erreur qui fait de cet album un truc encore surpassable finalement. Et merde
alors…
The
Birthday Party « Hee Haw »
1979-80.
Très dispensable, « Mr. Clarinet » et « The Friend
Catcher » ne parviennent pas à justifier à eux seuls l’acquisition du
disque. Le seul Birthday Party que je n’ai pas gardé.
The
Birthday Party « Prayers on fire »
1981.
« Zoo Music Girl » ouvre le disque très étrangement après quoi ça
devient de plus en plus traditionnel, on peut même retrouver les influences du
groupe sur certains morceaux (« Ho-ho » est une copie à peine
dissimulée du « Venus in furs » du Velvet Underground). Mais bon,
traditionnel c’est relatif quand même. Tout crie le génie ici, y compris et
surtout Nick Cave (lol). « Prayers on fire » est un peu l’album
psychédélique de Birthday Party, les chansons sont pas monotones, les
arrangements variés. C’est bien quoi.
The
Birthday Party « Junkyard »
1982.
Comment décrire ce truc ? Ca semble tout droit sorti d’un asile de fous,
et encore… du quartier haute sécurité. Faut prendre les Stooges de
« Funhouse », enlever les types, prendre à la place un chanteur fou,
deux guitaristes fous, un bassiste fou et un batteur fou pour leur faire jouer
les chansons, et à la fin on obtient « Junkyard ». Blague à part,
c’est quand même ultra innovant quand on y regarde de plus près. Sur « The
Dim Locator », ils inventent la formule magique sacrée des riffs des
Pixies. Sur « Dead Joe », ils font des rythmes bizarres que je me
rappelle pas avoir réentendu après. Sur « Big Jesus Trash Can »,
ils ?ent. C’est dire…
The Birthday Party
« Mutiny EP/Bad Seed EP »
1982-83.
Regroupés sur le même CD chez 4AD. Des morceaux plus « droits » ici
que sur « Junkyard » (ils ont sûrement pas pu tenir le rythme) :
« Sonny’s Burning » étant le tube du disque, refrain qui se chante et
rythme rockabilly. « Deep in the woods » (qui porte bien son nom) et
« Jennifer’s Veil » se ressemblent comme deux gouttes d’eau, ce sont
deux morceaux exceptionnels. « Swampland » sonne comme un morceau de
« Junkyard » simplifié pour rameuter les fans de rock normaux mais
c’est tellement violent que la ruse peut pas marcher. Sur « Mutiny in
Heaven », y a un son de guitare très curieux pour du Birthday Party,
aigu, clair, presque sans distorsion. Ca reste quand même sacrément barré et le
hurlement au début du morceau restera dans les oreilles de Mike Patton à vie,
il la passera à essayer de l’imiter sans jamais réussir. Un disque qu’on
pourrait donc croire anecdotique à première vue, après tout, c’est que deux
minis sortis juste avant que le groupe ne se sépare, ben non tout faux, c’est
aussi indispensable que les deux albums.
The Birthday Party « Live
1981/82 »
1999 (posthume). C’est la fête, ce truc. Les morceaux de « Prayers
on fire » perdent tous leurs arrangements délicats pour se muer en
crachats brutaux dans le style de « Junkyard », quant aux morceaux de
« Junkyard », ils perdent l’agressivité qu’on leur connaissait pour
se muer en pure barbarie des catacombes, comme le montre la photo de Nick Cave
sur la pochette, où il est allongé par terre et hurle dans le micro en ouvrant
grand ses yeux comme un bébé qui sort du ventre de sa mère en ayant l’intention
de la tuer (du freudien supersonique). Même « The Friend Catcher »,
morceau du premier EP, plutôt ironique que sauvage, est interprétée à un degré
différent sans qu’on puisse savoir si c’est le premier, le second ou le
trente-huitième (la grande force de Birthday Party). Pas un truc essentiel dans
la discographie du groupe, mais ça peut faire plaisir de l’avoir ; en
plus, y a une reprise de « Fun House » et deux morceaux rares, me
semblent-t-ils, qui s’appellent « Bully Bones » et « (Sometimes)
Pleasure Heads Must Burn ».
Scott
Walker « The Drift »
2006.
J’ai été très impressionné à la première écoute par le climat oppressant de cet
album. Malgré la voix parfois agaçante et, il faut bien l’admettre, assez
monotone de Walker, les surprises instrumentales arrivaient suffisamment
fréquemment pour que je prenne mon pied. Il me semblait écouter du classique
contemporain, en fait. Alors que « Tilt » était assez ambient et
insistait sur la lourdeur des silences, ici, c’est plus dynamique, les percussions
sont plus présentes et l’orchestre sait se faire menaçant de confusion, sur
« Clara » ou « Cue » entre autres. Quand Walker arrête de
faire du faux crooning (chantant en fait comme s’il demandait en permanence à
l’auditeur : « puis-je encore faire le chanteur de charme dans
ce contexte d’horreurs et d’abominations qu’est le monde
d’aujourd’hui ? ») sur « The Escape », il délivre une
interprétation black metal de la voix de Donald Duck (en fait, sa propre voix
ralentie et traitée). Je finissais l’écoute assez glacé, et stupéfait.
Malheureusement, ces impressions que je comptais retrouver ne furent pas au
rendez-vous les fois suivantes. Les surprises me semblaient s’espacer, les
structures des chansons apparurent désormais bien plus traditionnelles, et la
voix de Walker finit par m’ennuyer profondément. Je crois finalement être
d’accord avec une chronique lue je ne sais où sur Internet (ça pullule, cette
page en étant une preuve) : les disques de Scott Walker s’admirent mais ne
s’écoutent pas.
Slayer
« Reign In Blood »
1987.
Que dire qui n’ait déjà été dit ? Rien. Cet album représente
l’aboutissement du rapprochement opéré dans les années 80 entre le
hardcore/punk et le heavy metal. A la fois hargneux et froid, sec et vivace. Je
n’ai jamais entendu d’agression plus fatale que sur « Necrophobic ».
Slayer
« Christ Illusion »
2006.
Croisement entre « Reign In Blood » et « Diabolus In
Musica », avec un son de guitares étouffé qui rappelle parfois celui de
Slipknot. Un riff en mineur et des presque-blast beats sur le dernier morceau,
« Supremist ». Les deux premiers morceaux (« Flesh Storm »,
« Catalyst ») sont du thrash pur et dur, avec des tempos rapides et
des riffs bien banals comme on les aime. Ensuite, le jeu consiste à alterner ce
genre de morceaux basiques avec des trucs plus lents (« Eyes of the
Insane », « Black Serenade »), voire trop lents
(« Catatonic ») pour donner l’impression que tout le disque est une
tuerie. Bien sûr, c’est pas « Reign In Blood » mais je préfère ce
disque à « Seasons In The Abyss », c’est-à-dire à tout le reste de
leur discographie. La production moderne, plus grasse, et l’énergie plus
constante suffisent à encourager ce disque.
Death
« Leprosy »
1988.
Pareil que « Scream Bloody Gore », sauf que les chansons sont
structurées de façon plus complexe, avec plus de ponts et de solos de guitare. « Open
Casket », « Pull The Plug », « Choke On It » sont des
classiques du death metal. Son de
batterie vachement en avant, peut-être plus que sur le premier disque, et qui
donne une impression de brutalité gratuite rarement égalée, même maintenant
alors que la production des albums de ce genre s’est beaucoup améliorée. Utile
si on en a pas assez avec « Scream Bloody Gore ».
Death « The Sound Of
Perseverance »
1998.
Dernier album du “groupe”, en fait le dernier conçu sous ce nom par Chuck
Schuldiner. Mélange de death metal et de hard-rock progressif, sans aucun
arrangement synthétique mais néanmoins très élaboré, avec une ambiance
contemplative et subtilement mélancolique, voire subrepticement dépressive.
Excellent batteur, excellents guitaristes, des plans instrumentaux souvent
superbes (début de « Story to tell », fin de « To forgive is to
suffer » notamment), et surtout, des chansons mémorables. « Bite The
Pain », « Spirit Crusher » et « Flesh and the power it
holds » sont des tubes avec des refrains très accrocheurs. On peut être
rebuté au premier abord par la voix plus aigue de Chuck mais ça va après.
Instrumental sympathique mais dispensable à la longue (« Voice of the
soul »). Reprise de Judas Priest (« Painkiller »), efficace et
très proche de l’originale, on sent qu’ils s’amusent beaucoup mais ça ne
convient pas trop sur ce disque. Un défaut mineur, n’empêche. Pouvait pas mieux
finir avant de faire le Control Denied puis de s’en aller.
Captain Beefheart « Safe
As Milk »
1967.
Beefheart fait du rock 60’s normal en pompant des riffs aux Kinks et à Willie
Dixon. Quelques morceaux très originaux comme « Electricity » coincés
au milieu. Un disque assez agréable, mais trop banal quelque part. J’adhère
pas.
Captain
Beefheart « Strictly Personal »
1968.
Soi-disant massacré au mixage, mais j’y crois pas trop. Avant d’être un
artiste, avec la constance que cela suppose, Beefheart a fait du rock
conventionnel, et sur cet album, il présente sa vision du psychédélisme, avec
la même touche Willie Dixon que sur le premier. « Kandy Korn » est
très réussie, le reste moins. Des longueurs inacceptables sur le
morceau-titre. Solos d’harmonica bateaux sur « Gimme Dat Harp Boy ».
Pas convaincant.
Captain Beefheart « Trout
Mask Replica »
1969.
Premier vrai album, avec Bill Harkleroad à la guitare, enfin. Beefheart a
certainement écouté les Shaggs et, inspiré, a pompé leur technique du riff
imparable pour composer cet album. Riffs bâclés ou mal joués exprès, batterie
qui redéfinit ce qu’on appelle percussion rock, chant parfois hors jeu
manifestement voulu (enregistrement pas live et sans casque), pas de refrains
mais des accroches mélodiques imparables (« Frownland », « Dachau
Blues », « Moonlight on Vermont », « Bills Corpse »,
« Well », etc.). S’écoute en lisant les paroles. Si on lit pas les
paroles, on s’emmerde en écoutant les morceaux a cappella comme « Orange
Claw Hammer » qui est pourtant un vrai chef d’œuvre, qu’on croirait sorti
de la fameuse « Anthology of American Folk Music », le surréalisme en
plus. « Frownland »
est un hymne qui définit tout : « My smile is stuck, I cannot go
back to your frownland ». Une
joie traditionnelle, presque nostalgique du temps de l’enfance, évoquée sous le
voile de la provocation free jazz/garage rock. Antidote lyrique à la décadence
d’ores et déjà prévue, puisque décrite par la musique. Beefheart disait de cet
album qu’il était son plus commercial, et il avait raison : c’est celui où
il décrit son univers personnel de la façon la plus précise possible, celui où
tous les éléments qui font sa singularité sont rendus avec la perfection
appropriée qui est celle des disques « commerciaux ». On ne comprend
pas le Capitaine si on n’a pas saisi les ordres qu’il donne dans ce recueil.
Captain Beefheart « Lick
My Decals Off Baby »
1970.
Mon Beefheart préféré, inexplicablement épuisé, sans remasters sans rien. Le
Peer to Peer à la rescousse comme de coutume. Même style instrumental que sur
« Trout Mask Replica », riffs hachés d’Harkleroad etc. plus le
vibraphone ou le xylophone du bien surnommé Ed Marimba qui apporte une couleur
inestimable à l’ensemble, mais cette fois au service de chansons structurées
plus traditionnellement, on l’entendra si on prête bien l’oreille. Solos de
saxophones simultanés à la Roland Kirk étourdissants sur « Flash Gordon’s
Ape ». Paroles parfois vicieuses (morceau-titre, « Space Age
Couple »). Instrumentaux qui perfectionnent le « Dali’s Car » de
l’album précédent. Un raffinement qui se confirme en somme meilleur que sa
source.
Captain Beefheart « The
Spotlight Kid »
1972.
Ralentissement du rythme très notable. Décrit à raison comme le disque blues de
Captain Beefheart. Toujours les étrangetés rythmiques des deux albums précédents
néanmoins. Solo de marimba à contre-courant fabuleux sur « When it blows
its stacks ». « Click Clack », « The Spotlight Kid», « Blabber N’
Smoke » sont plus que remarquables. « Alice
in Blunderland » est un instrumental magnifique, marqué par une performance
à la guitare magistrale d’un surnommé Winged Eel Fingerling, en fait Eliot
Ingber, un expert en la matière qui a joué avec les Mothers of Invention.
Excellents contretemps avec le marimba aussi. Performance vocale superbe sur
« Grow Fins », pleine de rage et d’amertume qui laissent croire que
les situations « décrites par les paroles » sont vraiment arrivées.
« Glider » finit un peu mal, la mélodie en est un peu lassante mais
ça va.
Captain
Beefheart « Clear Spot »
1972.
Premier re-virage commercial de Beefheart, mais le plus intéressant, avant la
chute. Très varié : morceaux Rythm n’ Blues durs, avec sections de
cuivres, tels que « Low Yo Yo Stuff » (paroles vicieuses J), « Crazy Little Thing », ballades
sympathiques (« My head is my only house unless it trains »,
« Her eyes are a blue million miles »), agressions (“Circumstances”,
“Clear Spot” et surtout “Big Eyed Beans from Venus”, presque dans la veine de
« Lick My Decals »), escapades poétiques (“Golden Birdies”), tubes
taillés pour le top 40 (“Too much time”, « Long Neck Bottles »).
Production grasse et soignée de Ted Templeman, ex-chanteur des Harpers Bizarre.
Ma foi, un très bon album qui ne laisse présager en rien des horreurs à venir
et sur lesquelles je n’écrirai pas.
Atheist
« Piece Of Time »
1988.
Après quelques démos mal enregistrées et assez moyennes, le groupe sort du bois
avec un son déjà défini sur ce premier album qui sonnera naïf à nos oreilles
mais qui était à l’époque d’une sophistication absolue. La pochette en est
superbe. Le seul enregistré avec leur bassiste Roger Patterson, qui composait
la plupart des mélodies. Intro au clavier très mélancolique, après quoi on part
pour un des disques ultimes de thrash/death metal technique. Solos plus
chaotiques et percussions plus rapides que par la suite, enfin on sent encore
la grosse influence de Slayer qui sera ensuite moins présente (le pari du
groupe était alors de réussir un mélange personnel entre Slayer, Mercyful Fate
et Rush, et il l’a rempli haut la main). Riffs ultimes sur « Life »,
« Unholy War », « Room with a view », pompés et repompés
ensuite par de nombreux groupes sans jamais atteindre l’efficacité trouvée ici.
Batteur frénétique, d’un genre d’énergie intemporel qui fait pour beaucoup dans
le non vieillissement de la musique de ce groupe. Vocaux dans l’air du temps,
rappellant Wehrmacht ou Spazztic Blurr, mais en donnant la variante désespérée.
Derrière l’agression, d’ailleurs, on sent une mélancolie et une angoisse qui
s’exprimeront pleinement sur les deux disques suivants, quoique déjà bien
tangible sur « No Truth », ouvert par un clavier hanté puis déchiré
par des guitares tourbillonnantes. Un morceau de temps qui s’envole, en effet.
Atheist
« Unquestionable Presence »
1991.
Toujours une superbe pochette pour ce second album qui réussit l’exploit d’être
encore meilleur que le premier. Enregistré après la mort de Patterson, mais
composé avant. Comme déjà dit, moins de thrash, plus d’alternance de tempos
mais toujours la même pêche du batteur qui fait que même les passages lents et
lourds semblent flotter. « Mother Man » est magistrale. Le solo
de guitare sur la fin est magique. Ouverture lunaire sur le morceau-titre, qui
s’enchaîne parfaitement avec les riffs alambiqués et pourtant parfaitement rock
n’ roll qui suivent. Violence sourde puis éclatante sur
« Retribution », tempos presque latins sur « Enthralled in
Essence », guitares acoustiques aussitôt déballées aussitôt rangées sur
« An Incarnation’s Dream », qui offre des enchaînements de plans
incroyables, accélérations foudroyantes sur « The Formative Years »,
tensions rythmiques éprouvantes sur « Brains », sortie énergique et
grandiose sur « And The Psychic Saw… »… et puis y en a marre de
décrire. Cet album est incontestablement un chef d’œuvre. Les prouesses
techniques des musiciens n’empiètent pas sur le feeling incroyable qui se
dégage de ces chansons, à la fois véhémentes, angoissées, contemplatives et
interprétées avec un engouement qui est celui des pionniers du rock n’ roll,
sans que jamais on y décèle une autre trace de schizophrénie qu’instrumentale.
Pas étonnant que ce groupe ait échappé à presque tout le monde alors.
Atheist
« Elements »
1993.
Pochette magnifique une fois encore. Dernier album de commande pour finir le
contrat avec la maison de disques, écrit en 40 jours et enregistré en moins de
10 avec un line-up remanié, notamment sans le batteur d’origine. Ce n’est donc
pas la même vibration qui se fait sentir ici. Les tempos sont beaucoup plus
lents et varient peu. Plus de jazz encore que sur les deux disques précédents.
Feeling toujours noir et lumineux à la fois, mais la simplification des
structures des chansons, le chant plus posé et le jeu du batteur de session,
très pesant, changent les modalités d’exécution des morceaux qui présentent des
riffs un peu moins mémorables que ceux composés par Roger Patterson. C’est tout
de même un album excellent, parfois proche de celui de Cynic par son ambiance,
notamment sur le morceau-titre et les instrumentaux purement jazz qui servent d’interludes.
Et pour un disque réalisé en 40 jours, c’est même un chef d’œuvre. La réédition
Relapse de 2005 offre en supplément une session radio de 1992 avec le line-up
de « Unquestionable Presence » accompagné par un bassiste de session
qui permet de constater que le groupe était aussi performant en live qu’en
studio, voire plus, les titres étant joués à un tempo encore plus rapide.
New York Dolls « New York
Dolls »
1973.
Leur premier album est une pièce maîtresse dans l’histoire du rock n’ roll. Il
représente le chaînon manquant entre les Rolling Stones et les Sex Pistols. Le
groupe, représenté sur la pochette vêtu et fardé de féminine façon, tombe tous
ses meilleurs morceaux : « Personality Crisis » (repris
notamment par Sonic Youth), « Looking for a kiss » (plagié par les
Pistols), « Bad Girl », « Pills » (piqué à Bo Diddley) sont
des rocks nerveux et palpitants portés par la voix vigoureuse du pourtant peu
viril David Johansen (en tout cas sur la pochette ; sur scène, c’était une
autre paire de manches, ou alors une autre paire tout court).
« Trash » a quelque chose de country, et est une des chansons phares
de l’album. « Lonely Planet Boy », la ballade obligatoire du disque,
sert d’ouverture à l’incroyable « Frankenstein », 6 minutes d’une
intensité croissante tendues par des paroles d’une absurdité elle aussi
croissante, culminant avec l’interrogation existentielle : « Do
you think you could make it with Frankenstein ? » Si les New York
Dolls n’avaient fait que cette chanson, ils seraient aussi indispensables que
les Who s’ils n’avaient fait que « My Generation ». Hélas, les bons
groupes ne savent jamais s’arrêter, et les Dolls remettront une couche avec un
deuxième album sympathique mais dispensable (« Too Much Too Soon »,
produit par Shadow Morton, connu pour ses enregistrements des Shangri-Las), et
surtout avec l’abomination sortie sur Roadrunner pendant l’été 2006. La honte,
ils ne se travestissent même plus. Ils auraient pu au moins changer de nom.
The Electric Eels « The
Eyeball of Hell »
2001.
Regroupe 24 morceaux enregistrés entre avril et août 1975, dont deux sont
sortis sous forme de 45 tours en 1978. Ce 45 tours en lui-même est un objet
indispensable à tout collectionneur de punk rock. C’est en effet le premier
exemple à mon avis de punk rock tel que les ignorants le définissent depuis que
les Sex Pistols ont fait un tour dans les charts anglais : soi-disant
désespéré, soi-disant ne croyant en rien, soi-disant atonal. Ce punk rock là ne
viendra qu’avec Discharge des années plus tard, mais peu importe ;
personne ne voyait le pied, le fun que prenaient les groupes tels que
les Eels et les Pistols. On était encore dans la musique de gamins attardés, la
lucidité viendra plus tard. Comme les Saints, les Electric Eels célèbrent ce
qu’ils estiment être la fin d’une époque, parfois avec une ironie tenace
: des paroles telles que « You know what I think / I think
the whole world stinks / I don’t need no shrink / I just hate it » ou « Picnic
lunches in the streets / Cold meat in the seat » ne laissent pas
présager d’une défection nihiliste mais plutôt d’une provocation délibérée. Les
concerts tordus que donnait le groupe à l’époque et qui lui valurent d’être
banni de tous les clubs de Cleveland en sont un indice supplémentaire. Ce n’est
pas donné à tout le monde de se prendre pour Gonn. Bref, ce que je veux dire,
c’est que la sonnette d’alarme sérieuse n’est pas encore sonnée, et que
le groupe reprend encore des chansons de Jan & Dean pour se faire plaisir
entre deux crachats purement gratuits et si efficacement dirigés que par
moments, on croirait que c’est le Black Flag première époque qui les envoie
(« Jaguar Ride », « Anxiety », « You’re full of
shit »). Sinon, on s’amuse à faire du sous-Beefheart avec cuivres
hystériques et percussions aléatoires (« Jazz is – part 2 »), on
plaisante avec des phasers (« Accident »), on mime la dépression de
manière parfois très performante (« Natural Situation »), souvent
moins (« As If I Cared », « Sewercide »). Les Eels ont fait
ce qu’ils ont pu avec le contexte qu’ils ont connu. C’est déjà terrifiant.
Interpol
« Turn On The Bright Lights »
2002.
Croisement personnel entre Joy Division et les Chameleons, personnel parce
qu’évocateur de la grisaille des années 2000, pas des 1980. Pas de lyrisme
déplacé, mais un lyrisme tout de même. Atmosphère très marquée, avec un jeu sur
les échos qui donne à l’album une couleur nocturne très prononcée,
particulièrement sur les titres lents tels que « NYC ». Bassiste
excellent qui sait sortir de son rôle rythmique pour propulser les morceaux sur
d’autres mélodies (« The New »). De l’énergie bien utilisée
(“Obstacle 1 & 2”, « Roland », « Say Hello To The
Angels »). “PDA” finit sur une espèce d’improvisation d’un caractère
quasiment symphonique, avec une basse conductrice une fois encore ; un
grand moment de plaisir pour les oreilles, les guitares sont chatoyantes, pas
trop distordues, comme sur le reste du disque d’ailleurs. Paroles pas dans le
livret, peut rien en dire, même si certaines paraissent intéressantes pour le
peu que j’en comprends (« Stella was a diver and she was always
down »). S’achève en demi-teinte (« Leif Erikson »). Clairement
appelé à demeurer célébrable tant qu’il y aura des curieux pour la pop music.
Interpol
« Antics »
2004.
Un deuxième album moins porté sur l’ambiance que le premier. Certains morceaux
sont taillés pour être des tubes (« Evil », « Slow
Hands ») mais ça n’a pas aussi bien marché commercialement parlant, on
dirait. Il faut dire que la production de l’album est beaucoup plus sèche,
minimaliste que celle de « Turn on the bright lights ». C’est pas
mauvais, c’est juste différent, et il faut du temps pour assimiler le
changement. Ici, c’est plus amer que réellement mélancolique ; mais plus
uniforme aussi. « Next Exit » commence lentement avant qu’on ne
retrouve les tempos du premier album, dès le deuxième morceau et ce jusqu’au
dernier qui re-ralentit. « Not Even Jail » est le meilleur titre du
disque : structuré de façon plus complexe, des parties totalement mémorables
et des montées en puissance qu’on a déjà entendu ailleurs, certes, mais très
bien exécutées. « C’Mere » est une belle chanson. L’enchaînement de
fin « Length of love »/« A time to be so small » est
parfait. Le disque se finit instrumentalement sans emphase excessive,
juste ce qu’il faut. Peut être considéré comme plus abouti que le premier
disque sur certains points (qualité des chansons), comme moins sur d’autres
(variété des tempos).
Interpol « Our Love To Admire »
2007.
Le troisième disque produit par un type qui a l’air d’être à la mode. Interpol
s’y transforme en une sorte de Joy Division lisse, qui essaierait de se
transformer en U2, avec des ambiances tour à tour funèbres (« Pioneer To
The Falls », « Wrecking Ball »), mélancoliques (« No I in
Threesome »), et indie rock Sonic Youthien 90s (« Mammoth », « All
Fired Up »). On sent aussi l’influence d’Arcade Fire au niveau de la
composition générale, les morceaux commencent généralement très doucement pour
finir en petites symphonies de poche avec percussions de rigueur et claviers
tout en puissance. J’aime beaucoup néanmoins, car les inspirations évidentes
sont mobilisées par le groupe pour servir un ensemble assez original. Seule
exception : « Lighthouse », le titre de clôture, dont l’atmosphère
rappelle tellement celle du premier album des Walkmen que ces derniers
pourraient faire valoir leurs droits sans honte aucune. Mais on va pas se
plaindre, parce que contrairement aux Walkmen, Interpol eux ils ont su faire un
troisième album qui justifie leur statut de futur groupe classique des années
2000. Ah, et j’ai adoré « The Heinrich Maneuver » aussi.
Harpers
Bizarre « Feeling Groovy »
1966.
Produit par le grand ponte de la Warner de l’époque, Lenny Waronker. Un disque
joyeux en apparence, et très cynique en dessous, surtout en ce qui concerne les
chansons de Randy Newman, par exemple « The Debutante’s Ball », où il
fait fredonner à Ted Templeman et ses copains des mots comme « No one
gets stoned / It’s all chaperoned / And it’s just good clean fun » à
propos de réunions des jeunes filles de familles riches. Peut être aussi pris
au premier degré. Les orchestrations sont moelleuses, les chœurs sont plus
murmurés que chantés, bref ça respire la paix. « Slow down, you move too
fast / You’ve got to make the morning last (…) Looking for fun and feelin’ groovy »… Ca dure moins d’une demi-heure, mais c’est un vrai
classique de la pop orchestrale des années 60. Annonce l’easy listening des
années 90, l’âme en supplément.
Television
« Marquee Moon »
1977.
Un classique du rock qui n’a certainement pas récolté toute la reconnaissance
qu’il mérite, certainement parce qu’il est catalogué
« punk new-yorkais » à côté des Ramones et des premiers Patti Smith
alors qu’il n’a ni la simplicité des uns, ni l’énergie des autres. « See
no evil » et « Prove it » sont les deux morceaux les plus
rythmés du disque, mais pas les plus mémorables. « Venus » est
géniale, « Marquee Moon » annonce les meilleures envolées de Sonic
Youth sur « Murray Street ». « Elevation » et « Torn
Curtain » sont très mélancoliques. Ce qu’il y a de commun à tous ces
morceaux, c’est cependant la richesse instrumentale, qu’elle se déploie en
simultané ou en solo. Que ce soit le bassiste, les deux guitaristes ou le
batteur, ils brillent tous. Ce qui restera pour moi, néanmoins :
« Guiding light », la ballade du disque, s’arrête à un moment sur une
vingtaine de secondes littéralement magiques où les guitares se frottent aux pianos
pour composer un arrière-plan stupéfiant, propice à l’expression lyrique de Tom
Verlaine, qui chante faux mais avec son cœur, ce qui est bien tout ce que l’on
demande à un punk rocker. C’est pour moi le passage définitif de cet album.
Television
« Adventure »
1978.
Deuxième album, lui aussi sous-estimé. A certains égards, il est vrai qu’il n’a
pas la brillance du premier, la production est moins bonne et certaines
chansons sont dispensables (« Glory », bien que paradigmatique d’un
certain style de pop alors à venir, « Foxhole », que l’on aurait pu
entendre sur le premier avec un meilleur son, me semblent un peu de trop). Mais
le reste est vraiment excellent. « Days » est une ballade fabuleuse,
très apaisée en regard de « Guiding Light », avec des lignes de
guitares qui s’entrecroisent à l’infini pour créer une mélodie instantanément
mémorable. Le refrain est bateau, on s’en fiche. C’est la même chose pour
« Careful », cliché à mort, mais qui marche. « The Fire »
continue dans la veine mélancolique du premier album, avec plus
d’expérimentation sur le son de la guitare (un couteau pur obtenir un effet
slide). « Ain’t that nothing » est meilleure en version single
(incluse sur la réédition Rhino 2003), les solos y sont bien plus abrasifs, la
voix plus agressive et le tempo plus rapide, mais la version album ne démérite
pas non plus. Mais les deux meilleurs morceaux restent « Carried
Away », avec un riff exceptionnel et un orgue prédominant, et « The
Dream’s Dream », quasiment instrumental et presque mystique dans sa
progression. Bref, un disque injustement chahuté, peut-être parce qu’il est
moins parfait instrumentalement que « Marquee Moon » – la plupart des
morceaux ont été écrits dans le studio pendant l’enregistrement – mais dont on
oublie la profondeur et l’honnêteté – le disque y gagnant en spontanéité ce
qu’il perd en excellence esthétique.
The
Stooges « The Stooges »
1969.
Premier album, avec, comme l’indique le verso de la pochette du vinyle
d’origine, un certain Iggy Stooge au chant dont je persiste à penser qu’il
n’est pas le Iggy Pop qui officiera dès le deuxième album malgré sa
ressemblance physique et vocale avec lui. J’ai eu le remaster Elektra/Rhino de
2005 qui tue, avec le gros son, et cela change beaucoup par rapport à
l’ancienne version pourrie. Le son de fuzz éclate tout. « Ann »,
« I wanna be your dog », « Not right » et surtout la fin de
« No Fun » démolissent tout sur le 1er CD de la réédition, et encore
c’est rien par rapport aux versions de « Ann » et de « No
fun » sur le deuxième CD, où les solos de wah-wah sont rallongés à la
limite du raisonnable. A part pour le minable « We will fall » qui
est juste là pour remplir dix minutes du disque (c’est même écrit dans les
notes du livret), ça vaut largement de l’avoir.
The
Stooges « Fun House »
1970.
Deuxième disque, enregistré live dans le studio. Le remaster est plus puissant,
mais ne rend pas autant de différence en regard de la vieille édition que celui
du premier. Y a moins de fuzz sur ce disque, ça sonne moins garage, le son est
moins gras. Ca reste classique sur les quatre premiers morceaux, on sent juste
une lente montée en puissance et tout ça n’explose vraiment qu’à la moitié de
« 1970 » lorsque le saxophone rentre en scène. Ca veut pas dire que
je méprise « TV Eye » et « Dirt », deux vrais classiques,
mais le côté assez traînant de cet album restreint ses opportunités d’écoute.
C’est le genre de disque qu’on met quand l’envie de l’écouter nous prend, pas
le style qui supporte des écoutes répétées, quotidiennes. Une expérience, quoi.
The
Stooges « Raw Power »
1973.
J’ai le remix d’Iggy Pop pour Columbia/Legacy de 1997, celui où tous les
instruments sont poussés dans le rouge. Certainement le disque le plus violent,
le plus nerveux jamais sorti. Je crois me rappeler qu’ado j’étais tombé sur la
vieille édition avec le mix désastreux de Bowie et j’avais été déçu par rapport
à la réputation sulfureuse du disque, et ben maintenant, je peux dire que j’ai
été soit sourd soit con. « Your pretty face is going to hell »,
« Shake Appeal » et « Death Trip » sont plus sauvages que
n’importe quoi sur l’album des Sex Pistols. « Penetration » sent bien
le vice. « Gimme Danger » est fabuleuse avec son mur de guitares
acoustiques qui se transforme progressivement en barrage de bruit. Le
morceau-titre, peut-être un peu en-deça question énergie, et encore, je
chipote… Quant à « Search and Destroy », c’est très simple :
c’est le tube d’Iggy Pop. Même « I need somebody », la ballade, a
quelque chose de pesant et d’addictif. Ce disque est un chef d’œuvre. Point
final.
King
Crimson « Red »
1974.
Le 7ème et dernier album du King Crimson « de son époque »
(1969-1974). Le moins expérimental, à part sur le morceau
« Providence » qui ressemble à du classique contemporain chiant mais qui
passe parfaitement dans le flot du disque (je sais, c’est étrange, mais c’est
comme ça que je le ressens). « Red » et « One more red
nightmare » annoncent rien de moins que tout le post-rock de vingt ans
plus tard. La voix lassée de Wetton donne au disque une couleur à la fois
nostalgique et morbide, elle n’a aucune candeur et suinte la culpabilité à un
kilomètre. « Fallen Angel » est un morceau triste, mais ce n’est rien
par rapport au dernier titre de « Red », « Starless », le
seul morceau que j’ai entendu jusqu’ici qui exprime le même niveau de détresse
que les chansons de Robert Wyatt sur « Rock Bottom ». Et encore, le
morceau de Crimson laisse sur l’amertume et la rage là où le disque de Wyatt
finit de manière très optimiste avec cette voix écossaise et triomphale ;
au contraire, Fripp convoque un saxophone suicidaire et une basse grondante
pour achever une des montées les plus puissantes jamais enregistrées sur un
disque de rock. Je réserve ce disque à l’appréciation de mes moments les plus masochistes.
The Flaming Lips « The
Soft Bulletin »
1999.
LE disque des Flaming Lips, de loin devant tous les autres. C’est facile, ici,
à leur manière, ils atteignent les mêmes sommets que Radiohead sur « OK
Computer ». Tout l’album est une sorte de « Pet Sounds »
synthétique composé et interprété par une personne atteinte du syndrome de
Peter Pan. Les paroles sont écrites dans un style naïf mais n’évitent pas la
noirceur (« Waitin’ for Superman », « Suddenly everything has
changed »). Le disque semble traiter de la perte d’ambition et de la
désintégration, plus encore que de la perte d’innocence. J’apprécie
particulièrement les premiers morceaux joyeux comme « Spoonful weighs a
ton » (dont les paroles sont plus vicieuses qu’il n’y paraît), « The
Spark that bled », six minutes de lyrisme exceptionnel, et « The
Spiderbite song » et son refrain naïf : « I was glad that it
didn’t destroy you / How sad that would be / ’Cause if it’d destroy you / It
would destroy me ». Après, ça devient de plus en plus obscur, jusqu’au
dernier instrumental « Sleeping on the roof » qui sent vraiment la
détresse et laisse l’auditeur plonger dans le noir. Le petit défaut du disque
est peut-être le côté synthétique trop marqué, notamment au niveau du son de
batterie surgonflé qui ferait passer John Bonham pour Gene Krupa. Mais c’est
tellement bien fait dans l’ensemble et surtout si honnête qu’on ne peut que
passer. J’aime pas du tout les deux disques suivants qui sonnent comme des
parodies de celui-ci, en fait, je crois bien que ce disque est tout ce qui
restera des Flaming Lips. Ca suffit amplement.
Dirty
Rotten Imbeciles « Dirty Rotten LP »
1983.
J’ai la réédition CD de Beer City avec les 22 chansons originales dans le mix
d’origine emballées dans la vraie pochette en noir et blanc et pas avec le
dessin du squelette militaire qu’on croirait directement collé d’une pochette
d’Iron Maiden. Et je suis plutôt content d’avoir cette édition là parce qu’elle
est bien meilleure que l’autre pour laquelle les membres du groupe avaient
décidé de retaper le son du disque pour qu’il sonne plus metal et plein alors
que la production punk d’origine, avec tous les grésillements et les parasites
que cela implique, convenait bien mieux au style. Ajouté à tout cela le fait
que les faces d’origine ont été sauvegardées et que l’album tel qu’il aurait dû
toujours être commence avec « Sad to be » et finit avec
« Reaganomics », c’est-à-dire laisse tous les morceaux les plus
speeds et intenses pour les dernières minutes, ben ça donne une tuerie hardcore
du début à la fin plutôt qu’un truc proto-grindcore qui sonne vieux et dépassé.
Le premier DRI est en effet un disque de punk ultra-rapide qui aura plus tard
une influence sur Siege, Napalm Death, Repulsion, Death et tous les premiers
groupes de maniaques de la vitesse, à la fois une annonce de ce qui va venir
ensuite et l’achèvement d’un style, et non le premier exemple d’un style plus
véloce et violent de heavy metal. Que cela soit entendu.
Super
Timor « Cauchemar d’Esque »
2007.
Le CD regroupe le premier album « Cauchemar d’Esque » et la démo au
titre prophétique « Tout le monde aime Super Timor ». D’abord, une
petite description : Super Timor est un groupe de rock à l’ancienne – dans
ma bouche, un compliment –, ancré dans le psychédélisme des années 60, qui
étoffe son approche de base d’un son gras et lourd emprunté à Black Sabbath et
Eyehategod, mais c’est accessoire. Ce premier album est une œuvre unique en son
genre, car les multiples influences cohabitent pour former un tout
original et ne prennent jamais l’ascendant sur le point de vue propre à
Super Timor : les compositions qui sont rassemblées sur « Cauchemar
d’Esque » pourraient être interprétées à la guitare acoustique qu’on ne
ressentirait pas la différence. C’est particulièrement vrai de « Super
Matelot », dernière pièce de ce premier album, chanson irrésistible aux
paroles lyriques, dignes d’un poème de Gérard de Nerval, en tout cas si on fait
l’effort de les écouter attentivement, les hurlements peu harmonieux du
chanteur S.A.S. de Belzémouk empêchant a priori toute analyse approfondie du
texte. Parfois, la tristesse ressort, comme sur « Ah bôdieu » dont
les riffs empreints d’influences blues sont rendus avec la couleur des guitares
de Slint teintées d’une agression digne du Nirvana de « In Utero ».
Le solo de cette chanson inoubliable est un moment de poésie exceptionnelle, un
appel désespéré aux Dieux qui accablent le malheureux compositeur de cette
complainte épique pour qu’ils lui donnent la paix qu’il réclame tant. Et
encore, ce passage n’est rien en regard du pont de la précédente plage,
délicatement nommée « Le bar des babalettis », un pont mélodique
suivi d’une ligne de guitare jouée à la Entombed du début, et semble-t-il
empruntée à quelque compositeur célèbre – les grands esprits se rencontrant donc
pour quelques secondes – avant de repartir sur un riff aussi aérien qu’un
zeppelin allemand des années 30. Les influences psychédéliques du trio se font
glorieusement sentir sur « Tu n’as pas payé ton loyer ? » ;
à partir des trois ultimes minutes de ce trip sonore, les odeurs des
champignons hallucinogènes se libèrent et amènent le groupe à développer une
longue séquence fantasmatique où les voix et les guitares s’entremêlent,
s’affrontent, se caressent, et finalement laissent l’auditeur envoûté à court
de souffle devant tant de majesté brutalement onirique, je dirai même
cauchemardesque. Cette partie du disque, qui constitue donc le premier album du
groupe, est soutenue par une production toute en nuances, laissant les sons
vibrer à l’air pur comme jusqu’ici Steve Albini seul savait le faire. Quant à
la seconde partie, où est présentée la première démo, elle baigne dans une
atmosphère moins légère, tissée avec moins de tact, qu’un chroniqueur raffiné
comme moi apprécie peu, mais qui plaira aux plus farouches adorateurs de cette
sorte d’énergie spontanée qui est celle des temps de l’adolescence ; en
effet, on y ressent que c’était l’époque d’une jeunesse angoissée pour tous les
membres du groupe, déchirés par les tourments romantiques et la découverte de la
pousse des poils autour de leurs zizis respectifs. Les solos déchirants de
l’album proprement dit n’y figurent point, les morceaux y sont plus courts, peu
développés, et l’originalité des paroles n’y éclot que rarement encore, comme
le prouve « Asphyxié par les pompiers », dernier morceau de ce
premier CD, dans l’ensemble tout de même impressionnant, d’un groupe qui fera
sans doute parler de lui plus fort dans un avenir proche s’il poursuit à
progresser de façon aussi fulgurante entre ses enregistrements.
Van Der Graaf Generator
« Pawn Hearts »
1971.
Troisième album avant une première séparation. Trois morceaux,
« Lemmings » (11 minutes), « Man-Erg » (10 minutes) et
« A Plague of Lighthouse Keepers » (23 minutes). Tous sont excellents
et le groupe y démontre une inspiration homogène : claviers, piano et
saxophone fondent un paysage sur lequel se débattent des effets électroniques
que le premier Roxy Music n’aurait pas refusé d’utiliser et la voix emphatique
de Peter Hammill. J’apprécie particulièrement « Man-Erg »,
complètement lyrique, avec un texte magnifique, digne d’être lu à part dans un
recueil de poèmes. Pendant la première partie du titre, les passages mélodiques
et mélancoliques au piano sont interrompus par des secousses rythmiques sèches
portées par une batterie assommante ; à la fin, ces deux fragments
s’unissent et ça donne quelque chose de vraiment puissant. Ca veut pas dire que
le reste est mauvais, loin de là, simplement un peu inégal par moments.
« Lemmings » traîne en longueur sur la fin avec ses passages
atmosphériques au clavier, personnellement, je trouve ça un peu ennuyeux.
« Lighthouse Keepers » contient aussi des moments dans ce style
flottant mais comme ils assurent la continuité entre les différentes sections
du morceau, ça passe mieux. D’ailleurs, le meilleur de ces 23 minutes, ça reste
les 10 dernières, épiques… avec des mélodies au piano à pleurer et surtout un
passage électronique complètement maboule où se juxtaposent tout un tas de
lignes de piano et de claviers pour composer un capharnaüm ahurissant tel qu’un
orchestre de free jazz en joue rarement.
Après ce disque, le groupe se dissoudra puis se reformera trois ans plus tard,
mais sortira des albums beaucoup moins excentriques et travaillés à mon goût.
David Bowie « Low »
1977.
Scindé en deux parties très homogènes, une première pop-disco qui sonne
certainement moins avant-gardiste aujourd’hui qu’à l’époque, et une deuxième electro-dark-ambient
accessible avec une ambiance de mort comme j’en ai rarement entendu. La
première partie : très bien, j’adore la minute et demie de flottement
instrumental sur « Sound And Vision », qui amorce un morceau pop
remarquable avec refrain qui tue et tout le touintouin. Bruits bizarres sur « Breaking
Glass ». Les paroles de « Always Crashing In The Same Car » sont
belles. Transition de bon goût sur l’instrumental « A new career in a new
town ». La seconde partie : « Warszawa ». Un morceau
incroyable, digne des plus grandes œuvres classiques, mais bien pâle face à ce
qui est pour moi LE chef d’œuvre du disque, « Subterraneans »,
incroyablement mélancolique, avec notamment un solo de saxophone épuisant. La
musique exprime rarement des sentiments aussi incommunicables. « Art
Decade » et « Weeping Wall », entre les deux, me font penser à
la bande originale du film « Tron » (pas une insulte dans ma bouche).
Pour moi le meilleur Bowie, et de loin.
Eno « Here Come The Warm Jets »
1973.
Dix chansons d’un Eno qui savait à peine manipuler un instrument couchées sur
un premier album incroyable, rien de moins. Toutes les ambiances sont abordées :
y a du rock des stades (« Needle in the Camel’s Eye », à la mélodie
vocale extraordinaire), du punk avant l’heure (« Blank Frank »), des
ballades doo-wop (« Cindy Tells Me »), du Beach Boys ambient (« Some
Faraway Beach »), du heavy metal industriel (« Baby’s on Fire »,
avec un solo noise), du gospel hawaiien (« Some Of Them Are Old »),
de l’instrumental de bikers d’outre-espace (« Here Come The Warm Jets »),
des complaintes dépressives hystériques (« Driving Me Backwards »),
de la pop acidulée (« The Paw Paw Negro Blowtorch ») et des
intermèdes sans queue ni tête (« Dead Finks Don’t Talk »). Un disque
culte, rien de moins.
Eno « Taking Tiger Mountain (By
Strategy) »
1974.
Souvent associé au premier disque, mais à tort. Beaucoup moins fou et
énergique, il reste certes de bonnes mélodies, mais on a l’impression qu’il en
a déjà marre de faire de la pop barrée (le thème « Révolution chinoise »
du disque, l’atmosphère plus homogène, la voix plus maîtrisée). J’aime bien « Third
Uncle », « Put A Straw Under Baby » (une berceuse au thème
fantastique) et le morceau éponyme, mais le reste est plus dur d’écoute, aussi
parce qu’Eno fait durer les morceaux sans trop les remplir (les structures sont
assez répétitives). Bref, celui-là, il me fait pas bander comme les deux
autres.
Eno « Another Green World »
1975.
Un disque de rock progressif en fait, qui débouchera sur les travaux ambient ultérieurs
du dit Eno et dont les apports seront notamment vulgarisés par Bowie. J’aime l’ambiance
qui se fait progressivement de plus en plus contemplative, sans jamais que le
disque ne devienne ennuyeux (une de mes complaintes récurrentes envers les
disques ambient). « Sky Saw », le morceau d’ouverture, est en effet
un brûlot de prog-funk assez direct, le second « Over Fire Island »
est à la fois abstrait et agressif, et il faut attendre « St Elmo’s Fire »
pour commencer à sentir le fléchissement d’atmosphère. A partir de ce morceau,
les sensations s’estompent de plus en plus, jusqu'à « Everything merges
with the night », morceau pop minimaliste qui dégage une sérénité
invraisemblable. Etrangement, « Spirits Drifting », le dernier
morceau, est à la limite du cauchemardesque. Mais entre « St Elmo’s Fire »
et « Everything… », c’est une sorte de paradis qu’on peut admirer, un
univers en deux dimensions (à l’image de l’illustration de la pochette) où il
ne se passe rien et dans lequel on est cependant très à l’aise. Je n’ai jamais
entendu l’indicibilité du monde communiquée de façon aussi directe que sur ces
morceaux. On y aperçoit des monades unies en écoutant des bruits épars. C’est
un achèvement monumental, et Eno n’arrivera plus ensuite à reproduire ce
sentiment indescriptible sans tomber dans les travers soporifiques de la new
age.
Sonic Youth « The Destroyed Room »
2006.
Compilation de B-sides et de raretés vachement dispensable, que je n’ai voulu
écouter que pour la version complète de « The Diamond Sea » (le titre
de clôture de « Washing Machine »). Grosse déception : le son
remastérisé a complètement lissé les angles, et on se retrouve avec des
guitares pleines d’écho qui ne rendent pas l’agressivité des dernières minutes
de la version du CD d’origine. Moi qui m’attendais à avoir plus de bruit, j’ai
été déçu. Le reste du disque est du Sonic Youth classique de la période
1998-2005, c’est-à-dire du rabâchage.
Sonic Youth « Daydream Nation »
1988.
Le soi-disant disque référence du groupe. Certes, il y a « Teenage Riot »,
un hymne à mettre aux côtés des autres tubes indés de l’époque (« Freak
Scene », « Monkey Gone To Heaven », etc.). « The Sprawl »
contient une partie instrumentale superbe. « Cross The Breeze »
dépote bien avec son rythme quasi-thrash. Mais pour le reste, c’est plat, ça a
pas une once de l’énergie que le groupe déployait sur « Sister », et
surtout, c’est long, très long. « Total Trash », qui porte bien son
titre, s’étend sur 7 minutes, et c’est absolument laborieux, ça se répète tout
le temps, ça n’amène rien, c’est inutile et épuisant. Les morceaux de Lee
Ranaldo n’ont pas encore cet incomparable lustre pop (à la « Genetic »,
« Wish Fulfilment », « Karen Revisited »), et la voix de
Kim Gordon est insupportable (« Kissability »). 75 minutes de
tentatives, qui ne vont nulle part.