Les aventures
émouvantes du Gros Connard
Il n’y en a qu’un comme ça. L’amant parfait. Le mari loyal. Le gendre idéal. Le bon petit samaritain qui sait jusqu’où aimer trop loin, c’est-à-dire qu’il sait qu’il ne faut pas s’arrêter.
Son nom, c’est le Gros Connard.
Il avait déjà eu une première bien-aimée, quand il était jeune. A l’âge de trois ans, dans la cour de l’école maternelle, il avait séduit cette petite fille, il l’avait prise dans les toilettes (c’est le Mozart du sexe), et il l’avait lâché dès le lendemain comme Jean-Edouard avec Loana dans Loft Story n°1. La pauvre, maintenant, elle a 29 ans, et elle en a toujours pas fini avec sa psychothérapie. Mais le Gros Connard avait autant souffert qu’elle de cette rupture. Il eut mal à la bite pendant 2 jours.
Sa seconde conquête est née le 27 juin 1982 à Digne-les-Bains. Après une courte période dans sa ville de naissance, ses parents décidèrent de partir pour le Sud, à Nice, où le Gros Connard, du haut de ses 3 ans, commençait déjà à faire parler de lui. Si la réputation du Gros Connard s’était répandue comme une traînée de poudre dans la ville après ses premiers exploits, elle n’avait pas atteint la gentille famille de Jessica. La gentille famille de Jessica ne savait rien du Gros Connard ; en conséquence, lorsqu’il demanda sa main après 25 premiers mois de vie commune, elle acquiesça sans problème.
Jessica, 26 ans maintenant, avait été étonnée qu’un garçon aussi gentil fut rejeté par toutes les filles de la ville ; il était tendre, prévenant, il lui achetait des glaces Miko au supermarché Casino le plus proche, et se vantait que, bientôt, il aurait une Porsche noire et une villa avec piscine dans lesquelles ils pourraient ensemble vivre les aventures les plus matérialistes possibles. Elle, cette cagole blonde sans la moindre personnalité, était enchantée de se marier avec ce jeune homme en apparence si intelligent, si riche, si dépensier, et de l’avoir pour elle toute seule alors que personne n’en voulait.
Le jour où ils emménagèrent, le Gros Connard put mettre sa machine en route. Ils avaient jamais baisé ensemble, et pour elle, ce serait la première fois. Ce soir-là, ce serait idéal. Il fallait fêter leur déménagement dans cet HLM sordide, « un lieu de passage avant qu’on aille vivre dans notre cocon d’amour ».
Bon, c’est vrai, elle était un peu déçue de son attitude ces derniers temps, il lui payait moins de glaces, il semblait montrer moins d’empressement à monter le crédit pour la Porsche… mais bon c’était toujours le garçon attentif qu’elle avait connu au début. Leurs conversations sur quels étaient les meilleurs moyens de placer leur argent (immobilier ? épargne retraite ? caritatif ? non… pas caritatif…) étaient moins passionnées, mais toujours passionnantes. Oui, elle pouvait y aller sans crainte, ce soir ce serait le Grand Soir (à cette pensée, elle ne se sentait pas communiste. Elle sait pas ce que c’est d’ailleurs).
Ce soir-là, il fit semblant d’être vierge… il se trompa de trou… elle eut mal à n’en plus finir… il se justifia de sa naïveté en invoquant son manque d’expérience… elle le pardonna. Il avait bien réussi son premier coup, notre Gros Connard.
Ca se passait pas trop mal dans l’ensemble. Elle adorait faire la vaisselle, laver le linge, passer le balai et la serpillière, nettoyer les toilettes et sortir les crottes du chien ; rien n’était trop beau pour faire plaisir à son chéri, qui s’en accommodait fort bien. Ses mégots de cigarettes jonchaient souvent le sol, ses slips étaient remplis de la merde qu’il dégageait en pétant, et ça lui arrivait souvent de cracher par terre quand il avait des glaires. Bien sûr, il faisait jamais exprès. Sa femme serait toujours là pour repasser derrière. Le Gros Connard faisait les choses avec naturel. Comment lui en vouloir ?
Vint ensuite le mariage, six mois après. Il n’avait plus de pognon, qu’il disait (sauf sur un compte secret en Suisse, bien sûr), et sa famille, qui l’avait élevé à la force du poignet et fait fondre ses maigres économies en l’inscrivant au collège puis au lycée privés, était fauchée. Il laissa sans honte aucune la famille de sa dulcinée financer l’intégralité de la cérémonie, jusqu’à l’essence pour s’y rendre. Même le oui au prêtre, il le dit à l’économie. Il le répéta trois fois pour que sa femme, juste devant lui, puisse l’entendre. Dans l’assistance, personne ne broncha. Il lui donna le baiser avec l’immense fougue d’un mollusque mort. Alors qu’elle le tenait fort contre lui, il sentit sa bite se tendre… il allait devoir trouver un autre moyen s’il voulait l’enculer à nouveau. Six mois sans, ça allait, les putes lui filaient un coup de main, mais son cul à elle, c’était autre chose… c’était un cul qui valait bien un mariage. La nuit de noces, il se tint néanmoins tranquille. La dernière pute, c’était juste deux jours avant.
Deux jours passèrent. Là, il en pouvait plus. Une seule solution, toute bête, à laquelle il n’avait pas pensé : faire ça dans le noir. Il attira sa femme, toujours prête à ce genre d’exercice, dans la chambre, et… ce fut génial. Mieux que la première fois. Elle avait encore plus mal, il lui déchirait la membrane sans se retenir, avec toute la Passion dont il était capable. Elle était tellement blessée qu’il fallut qu'elle aille à l’hôpital, d’où elle repartit avec seize points de suture. Elle s’était encore plus fait de mal pendant sa course à pied vers l’hosto en fait (il a pas un tel membre, non plus, notre Gros Connard). 5 kilomètres à pied, ça use, ça use, 5 kilomètres à pied, ça use les fessiers ! (ah ah ah)
Trêve de plaisanteries, Jessica revint à la maison après avoir dormi à l’hôpital. Son bienveillant mari l’accueillit à la maison dans une colère noire. Il ne comprenait pas pourquoi elle ne l’avait pas appelé (« j’étais inquiet, quand même, t’aurais pu, je sais pas moi… » qu’il disait). Cette colère légitime ne fut pas du goût de la jeune fille, qui se mit à lui hurler des mots incompréhensibles. Notre pauvre Gros Connard alla s’enfermer dans sa chambre et s'y écroula en larmes. Sa femme le poursuivit avec entrain. « J’ai pas fait exprès, tu sais, on était dans le noir, je savais pas, vraiment je savais pas ». Elle fut attendrie par ses excuses, qui, n’en doutons pas, étaient très sincères. Quand l’atmosphère se détendit, il lui fit alors un pénible aveu : « tu sais, je sais pas comment te le dire, mais il le faut quand même : j’aime te la mettre là, j’y peux rien, c’est plus fort que moi » (notez qu’il est toujours en larmes). Il la regarda avec un espoir terrible dans les yeux, un espoir d’enfant, un enfant un peu pervers et manipulateur il est vrai, mais un enfant quand même (faut pas trop se plaindre non plus). Jessica, un peu naïvement il est vrai, fut touchée par cet aveu :
- Si tu veux, quand je serai remise, t’auras qu’à me demander… il faut juste que j’apprennes moi à y prendre plaisir, et toi à y aller plus doucement…
- Oui, oui… oui, s’il te plaît, j’en ai vraiment besoin, tu peux pas savoir comment ça me prend de temps en temps, tu peux pas savoir…
- Eh bien maintenant je le sais, tu verras, tout ira mieux mon amour.
(notez le caractère un peu idiot de cette conversation ; on parle de sodomie, quand même… ils parlent sodomie dans ’’Les Feux de l’Amour’’ ?)
Un mois après, elle fut complètement remise. Elle proposa illico à son coquin de mari s’il voulait lui apprendre les joies du plaisir anal. Son cul avait été un peu amoché lors de l’incident précédent, mais bon il le savait pas. S’il l’aimait, il lui ferait ça comme autrefois, avec la même excitation.
Quand le Gros Connard déshabilla sa femme, il fut plus que déçu. Elle avait tout perdu. Même plus moyen de se branler. Le soir même, il retourna voir sa pute préférée.
De retour à la maison le lendemain dans son Audi A3 année 1986 d’occasion à 500 euros (étalés sur 20 mois), il demanda pardon à sa femme pour l’avoir laissée seule pendant la nuit. Il fallait qu’il aille au boulot.
Au grand dam de sa femme, qui ne comprenait plus pourquoi soudain son ambition s’était éteinte, le Gros Connard travaillait comme employé à mi-temps au Service des Egouts de la Ville. Il s’occupait de la paperasse le plus souvent, même si parfois, par goût, il aimait aller se joindre aux ouvriers pour renifler les subtiles odeurs des souterrains urbains. Son activité parallèle de proxénète lui rapportait bien plus que les quelques 520 euros de son boulot officiel. Bien sûr, sa femme ne le saurait qu’au moment du divorce (bien sûr, ce moment terrible pour notre ami le Gros Connard n’est pas pour tout de suite ; nous vous laissons d’abord vous choquer de l’ignominie grandissante de sa femme).
Sa femme, parlons-en… elle avait toujours été exigeante, mais là, ça devenait trop. Elle commençait à se plaindre que ça faisait deux ans désormais qu’ils vivaient ensemble dans cet HLM « de merde », que leur voiture c’était pas une Porsche, et tutti quanti… Comment pouvait-elle être aussi pas contente de ce qu’il lui offrait ? Invraisemblable… Le Gros Connard, c’était pourtant tout ce qu’une femme pouvait espérer de mieux.
C’était aussi un homme qui savait partager le deuil. Le père de Jessica mourut dans les trois mois qui suivirent. Malheureusement, l’enterrement de son beau-père tomba le même jour que l'un de ses rendez-vous financiers en Suisse. Il envoya de là-bas une rose blanche à sa femme pour se faire excuser de son absence. Bizarrement, elle lui opposa un silence sourd, là où une femme sensée aurait été reconnaissante.
Le Gros Connard pensa avoir fait quelque chose de mal avec cette affaire d’enterrement. Il lui proposa pour se faire pardonner de ses quelques fautes de lui faire un enfant. Jessica l’avait espéré secrètement, mais elle n’osait pas lui en parler, elle voulait que ce soit une décision prise par lui, que ce soit une manière de lui renouveler son attachement. Elle ne fut pas déçue du voyage.
Au bout de neuf mois, elle et lui furent les heureux parents d’une fille trisomique et muette, tout à fait le genre d’enfant promis à une vie sentimentale extraordinaire. Suivant le voeu profond du père, ils la nommèrent Cunégonde, le prénom parfait pour passer des vacances parfaites en colonie. Le Gros Connard était tellement enthousiasmé par sa progéniture qu’il l’envoya passer quelques mois chez sa grand-mère, dont on peut imaginer qu’en tous points, elle est bien la mère de son fils. La gamine revint dans l’état dans lequel l’avait laissée sa mère, c’est-à-dire moche et abrutie. Ce fut après cet évènement malchanceux que Jessica se mit à prendre des anti-dépresseurs, bien qu’objectivement, vous serez d’accord, elle aurait pu s’en sortir sans. Son mari, qui l’avait d’ailleurs compris, tenta l’effet placebo en remplaçant les comprimés de Prozac par des laxatifs. Sans effets. Mais bon, il donnait tout ce qu’il pouvait pour la remettre sur les rails.
Un jour, il ne pouvait pas se rendre à son bureau, parce qu’il s’était tordu le pénis lors de ses activités nocturnes, et qu’il avait horriblement un peu mal. Eh bien vous devinez quoi ? La chienne, elle refusa de le remplacer parce que soi-disant elle devait aller à son propre job, un job de caissière qu’elle s’était trouvé par une boîte d’intérim, sa longue période d’inactivité d’après le mariage ayant soi-disant dilué la valeur de son baccalauréat STT. En plus, le matin, elle arriva en retard, à cause de ses problèmes de digestion, et s'exposa logiquement à la colère de son employeur.
Le Gros Connard passa donc dans l’après-midi au supermarché et régla son nouvel ordinateur Pentium Millenium 3000, sa télévision Sony 110 cm, son lecteur de DVD dernier cri compatible DIV-X/norme MPEG-5 et ses glaces Haagen-Dazs avec quelques billets de 500 euros. Sa femme, quelque peu déroutée (va savoir pourquoi), rentra le soir dans un état de colère noire et exigea de lui sans raison qu’il se justifie :
- Alors, c’était quoi aujourd’hui ces liasses de billets au magasin ? Où t’es allé les chercher ? Comment t’as pu acheter tout ça ?
- Ben avec de l’argent.
- Ne me prends pas pour une imbécile !
- Mais chérie…
- Non y a pas de chérie, y a plus de chérie !
- … Je voulais te faire la surprise… On a gagné au Loto la semaine dernière… 5 numéros + le complémentaire !
- Oh, mais … tu pouvais pas me le dire ?
- Tu sais comment je suis… j’ai toujours été joueur avec toi, tu le sais bien…
- (attendrie) Oh, excuses-moi… Je, tu sais, le stress du boulot, les médicaments…
- Je sais, et j’ai fait une erreur jusqu’ici parce que je faisais pas tout ce qui était en mon pouvoir pour t’aider. Tout ira mieux désormais, je te le promets.
- (en larmes) On va changer d’appart ?
- Euh… non, tu te plais pas ici ?
- Oui, mais tu sais, on pourrait avoir tellement mieux.
- Je ferai tout mon possible pour que ça change, mon bébé.
A ces mots, il la gratifia d’un tendre et doux baiser. Il lui promit également que lorsqu’ils auraient suffisamment d’argent de côté, ils achèteraient une nouvelle voiture. La vie poursuivit tranquillement son cours pour notre couple. Le Gros Connard poursuivait son activité de proxénète avec acharnement et ascèse, pendant que sa femme s’occupait joyeusement de la superbe Cunégonde, le cul enfoncé dans son vieux fauteuil Conforama.
Un an plus tard, elle eut un accident à bord de l’Audi, qu’elle avait empruntée à son mari sans permission. Le Gros Connard porta plainte pour vol et elle vint rendre des comptes au tribunal en chaise roulante, son opération de dernier recours pour réparer sa moelle épinière ayant échouée.
Alors, sans la moindre explication, elle engagea une action en justice contre son mari pour demander le divorce. Elle partit même revivre chez sa mère. Mais le Gros Connard ne se découragea pas ; il se lança dans une dernière tentative pour ramener sa femme dans le droit chemin sacré du mariage et de l’amour éternel.
Il arriva un beau dimanche matin chez sa belle-mère habillé de son plus beau costume Armani, un magnifique bouquet de roses au bras, et demanda à voir sa femme. Les quelques secondes qui précédèrent le refus lui semblèrent interminables. « Casse-toi, sale proxo ! », entendit-il de la fenêtre, comme lointainement.
Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Lui, on l’avait jeté à la porte, après tout ce qu’il avait fait pour elle. Les promesses, le mariage, les promesses… au fond c’était l’intention qui comptait. Elle n’avait jamais rien compris à rien de rien, mais il l’aimait. Le divorce, il le subit difficilement, il péta un câble complet. Le soir, il essuya même une larme dans sa suite au Hilton.
Avant le jour de prononciation du divorce (selon la rumeur, à ses torts exclusifs), il se vengea d’elle en mettant le feu à la voiture de sa mère. Tout roulerait désormais, c’était sûr.
Il quitta Nice le cœur fier d’avoir aimé sans retenue, prêt à donner sa Passion à la prochaine qui passerait.