Fragments de poésies (septembre à décembre 2003)

 

 

Tentatives pour retrouver des sensations à l’époque la plus déprimante de ma vie.

 

 

Tu es un tournesol au milieu d’un champ stérile

Brillant de mille feux depuis l’aurore jusqu’au crépuscule

Et au –delà

Dans les nuits qui se perdent comme les pétales d’une fleur fanée

Dans les rêves éphémères d’un garçon éphémère

C’est moi

Petit cocon sans âme

Ferais-tu de moi un papillon ?

 

Mademoiselle, ces statistiques nous attendent

Travaillons-les si vous voulez bien

Sur ce bureau

Contre ce mur

Contre cette armoire

Sur ce sol

Sur cette chaise

Nous trouverons des choses formidables

Nous ferons d’innombrables et précieuses découvertes

La société

Nous attendra

 

Il est l’heure de tout détruire

Dans le fracas des voix

Qu’on n’entend plus en ville

Dans l’expression des angoisses

Qu’on pensait être toutes mêmes

Sans la violence aphone

Qui nous condamnait au silence

Le bruit, la fureur, le chaos

L’amour

 

Je suis avec toi, ma main dans ta main

Nous regardons le monde s’écrouler

Les gravas, les cendres, la chair morte gisant sur le sol

Le sang des enfants, leurs os qui craquent

Notre amour devient unique

S’embrasser acquiert enfin un sens

 

Pauvre moi, qui ne me comprend pas

Prêt à te faire tomber entre mes bras d’abord pour ensuite m’écarter sur le chemin de l’angoisse

Je crée seul ma propre impasse

Creusant de moi-même le trou où je construis un mur qui nous sépare

Te laissant en proie à d’horribles tentations

Te laissant peut-être m’oublier pour des aspirants sans fonds

Je m’en veux

Je m’en veux

Je m’en veux

Pauvre moi, s’il te plaît,

Ne m’abandonne pas au doute !

 

Tu écris des poèmes le dimanche

Tu les envoies à ton journal préféré

Quel merveilleux moment ce serait pour toi

Si Metro acceptait de les publier

Ca ne devrait pas leur être trop difficile

D’afficher des textes à leur image

A la tienne

Ta maigre production abreuve de mots doux mais simples

Les simples d’esprit et les imbéciles

Y trouvant la matière dont seront faits

Leurs propres poèmes du dimanche

 

Ta voix et ton regard se fixent pour moi

A ce moment où tu passes tes doigts derrière tes oreilles

Caressant tes cheveux

De la manière dont j’aimerais pouvoir le faire

Ces instants où tu déploies ton Charme

Sont pour moi  autant plaisir et souffrance

Liés dans l’Eternité du Souvenir

A la vague existence

 

Tu ne trembles plus, carcasse

Tu es morte de froid

Ta mort est l’unique prix à payer pour le silence

Et le silence est d’or

Ne meurs pas, s’il te plaît

Je déteste la richesse

Viens avec moi

Nous dégusterons des cafards dans des palais de boue

Tu seras belle dans ta robe trouée

Le bonheur de voir tes seins au grand air

Pourrir comme deux pommes en hiver, comme du linge sous la pluie

Nous dormirons enlacés sur des tapis de clous

Le regard réel des passants qui s’ignorent

Le hasard suprême qui a fait de ta vie un supplice ou un rêve

 

Tu marches sur les jolies ruines que tu as construites, petit équilibriste

Tu voies de l’or partout, petit spéculateur

Tu crées le chaos à force de vouloir y mettre un peu d’ordre, petit tyran

Un jour, ton beau rêve s’écroulera

Un jour, je t’ouvrirai les yeux

Continue à jongler avec des bris de verre

 

Tu es là toute sourire

Tu tends la main comme personne ne l’a jamais fait

Et tu brilles

Tu es au-dessus

Au-delà

Tu n’existes pas

Tu es une pure hallucination

Je ne te rencontrerai jamais

Nous ne nous rencontrerons jamais

Je suis là tout sourire

Je tends la main comme personne ne l’a jamais fait

Et je brille

Je suis au-dessus

Au-delà

Je n’existe pas

Je suis une pure hallucination

Je ne me rencontrerai jamais

Nous ne nous rencontrerons jamais

Je suis pétrifié dans la réserve

Je me suis trop souvent retourné

Je n’existerai pas

Je serai une pure hallucination

Je serai le fantôme de la pureté

Que tu désires

Tu rêveras de moi

Tu m’aimeras

Tu me feras exister

Toi seule peux créer notre rencontre

 

Le cafard de tout

Le cafard de la chaleur et du froid

C’est le cafard qui te mangera

Au petit déjeuner

Dans ton jardin

Derrière la porte du cabanon où tu croies être caché

C’est un gentil cafard

Un cafard en porcelaine

Un cafard sans sens

Un cafard sans profondeur

Un cafard sans importance

Que ferait-on sans le cafard ? (je te le demande)

 

Je n’ai plus d’angoisses à étaler

Et ça me fait peur

Je n’ai plus de chagrins à confier

Je ne hais plus personne

Et ça m’effraie

Je ris à contrecoeur certains dimanches d’octobre

Je pleure des larmes sans couleurs d’arc-en-ciel sur mes paupières

J’écris des mots qui me semblent étrangers

Et ça me secoue

Je ne vois plus d’âmes autour de moi

Les étincelles de paille ne se raniment plus

Je sens l’essoufflement de la vie dans les autres cœurs

L’extinction complète, complète, complète

Et ça me fatigue

Des ouragans

Des cyclones

Des tempêtes

Des tremblements de terre

L’apathie qui conquiert tout

Je me sens contaminé

Je me sens contagieux

Ce truc est en train de me tuer lentement

A petit feu

Où donc … ?

 

Si l’âme, à force de fatigue, venait à mourir

La mienne serait déjà mille fois morte

D’ennui et de solitude

Je perds toute mon énergie sous le poids de l’isolement

Là où d’autres la perdent en flottant

Sur la vague des amitiés

Je suis mon seul ami

Je suis multiple

Quand je me parle, c’est une rencontre

Et je me rencontre souvent la nuit

Là où d’autres s’écroulent sous le sommeil

J’ai droit au discours du marchand de sable :

« La journée de demain sera une torture

Tu perdras ton temps à errer dans des rues gigantesques peuplées de fantômes

Tu courras derrière des chimères

< Femme oasis désert mirage de ta vie >

Tu croiras pouvoir changer le monde

Tu rêveras d’elle et de toi

Tu ne réaliseras rien

Tu seras une pure hallucination

Tu ne rencontreras jamais

Tu seras le même qu’hier

Et un jour que tu penseras à tort comme les autres

Tu rendras ton dernier soupir »

Une fois achevé le long discours du marchand de sable

Je me rends enfin compte

Le marchand de sable

C’est moi

Et je peux enfin m’endormir

Malgré le remords de ma folie


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