’’Et le poète
dit…’’
Et le poète dit : « Je ne peux plus travailler. Je ne veux plus
Je regrette le choix que j’ai fait
J’ai voulu être grand
Je voulais choisir les mots que les gens emploient pour se dire ’’je t’aime’’
Mais ce n’était pas moi
Je n’arriverais jamais à n’être qu’un messager
Je n’aime pas les roses fanées
On n’offre pas de fleurs à une inconnue
On ne lui dit pas des mots doux pour la flatter
On ne la fait pas rire entre deux obligations tragiques
On ne partage pas le vrai, le faux, le bien, le mal, le bon, le mauvais
On prend les femmes
Brutalement
On les viole
On leur fait comprendre qu’elles sont à nous
Et
Quand elles veulent partir
On menace de les quitter
Et tout rentre dans l’ordre
Vous voyez que je n’ai pas de mission à accomplir dans ce monde
Personne n’a besoin de moi aujourd’hui
J’ai été jeune, j’ai cru à tout
J’ai cru que je pouvais réaliser des miracles
J’ai eu tout faux
Je ne comprends pas le projet que vous avez fait pour moi
Je ne comprends pas quelle place je devais occuper
Ce qui est sûr, c’est que… »
Et au moment où le poète finit son testament de théâtre, devant une assemblée de collègues impatients, la sensation d’une piqûre l’attaque violemment.
« Je n’aime pas les roses fanées ! »
« Je sais », réplique l’infirmière.