Aimez-vous les uns les autres

(Dieu vous le rendra)

 

 

Un texte très sérieux sur les enfants qui meurent du cancer, plus généralement sur la souffrance tragique que ce type de situations engendre dans leur entourage, notamment chez leurs parents. Mais la rédemption, et Dieu, ne sont jamais très loin après de longues douleurs…Certes, les acteurs qui endurent ici cette épreuve sont des individus très singuliers, mais pour une œuvre de fiction, je me devais d’être original.

 

Le cancer arrivait dans sa phase terminale pour le petit Kévin, 9 ans et demi. Sa tumeur n’avait pas été repérée assez vite pour qu’il puisse être sauvé de ce fléau qui touche tant d’êtres humains. La médecine moderne, malgré tous ses progrès, ne progressait pas assez vite pour sauver des enfants tels que Kévin du sort funeste qui les attendait. La scène que nous allons raconter à notre lecteur eut lieu le jour du décès du petit garçon. La morale de cette histoire lui donnera peut-être un peu d’espoir s’il est un jour confronté au malheur de perdre un fils.

 

Sa mère était en ce matin maudit avec lui dans sa chambre d’hôpital pendant que son père, très éprouvé, faisait la conversation à une infirmière pour se détendre les nerfs. Enfoncé dans le matelas, encerclé de cathéters infiltrés dans ses veines dépéries, Kevin agonisait lentement. Ses yeux reflétaient déjà malgré eux le vide de la mort qui ne l’avait pourtant pas encore investi.

 

« Mon fils, qu’est-ce qui ne va pas ? As-tu besoin de quelque chose ? », suppliait la mère au fils souffrant. Il avait tellement de mal à bouger les lèvres, émettre un son lui était quasiment impossible. Le simple fait de respirer était un martyr pour ses poumons, atteints par la lugubre tumeur qui finirait par le laisser sans vie. Son corps présentait tous les symptômes de l’impuissance devant le destin.

 

« Ma… man », ébauchait-il. « Oui, mon fils… » « Ma… man… le ma… gazine… dans… les W… C… », compléta-t-il.

 

Sa mère, généreuse, dévouée, alla voir là où son fils lui indiquait. Elle y trouva une revue pornographique où posaient de jeunes femmes présentant des poitrines très généreuses. Impulsivement, elle le jeta dans la poubelle.

 

« Mon Dieu, Kévin, qui a amené ça dans ta chambre ? », l’interrogea-t-elle en sortant. « Papa… », dit-il. « Papa ? » Un long silence suivit, Kévin n’arrivait pas à prendre la parole, la douleur retenait ses mots. « Mais pourquoi t’a-t-il laissé ça ? » « Je… vou… lais… savoir… comment… on… fait… les… enfants… »

 

Même atteint du cancer, Kévin avait encore la fâcheuse habitude de mentir. Il était en fait un fervent collectionneur de cassettes et de magazines pornographiques. Depuis qu’il avait vu sur le câble, à l’âge de 7 ans, son premier film X, il était devenu un obsédé du sexe hors normes. Bien entendu, il était encore vierge à son âge, malgré sa tentative avortée de violer une des fillettes de sa classe dans les toilettes de son école primaire. Avant de rentrer à l’hôpital pour y suivre des soins, il avait pris la peine de voler à son père deux revues avec lesquelles il s’enfermait chaque soir dans la douche, au début de sa chimiothérapie, lorsqu’il était encore capable de le faire. Personne n’était au courant de la précocité sexuelle de Kevin.

 

« Ma… man… il faut… il faut que… que je sache… Ca… Caresse-moi le kiki… » La mère fut outrée par la demande du fils. « Je dois savoir… avant de mourir… Ma… man… », insistait-il, alors que la honte s’emparait de lui, et qu’il se sentait coupable.

 

Elle se mit à réfléchir. Le cas de Florian, le fils de son amie Annie, lui vint à l’esprit. Florian avait demandé à sa petite amie Géraldine de lui faire une fellation trois minutes avant qu’il ne meure dans la tranquillité la plus totale. La dévotion de Géraldine avait en effet été un facteur apaisant. Peut-être que si elle se dévouait elle aussi, son fils s’en irait également sans trop de souffrances. L’argument parut d’une évidence lumineuse ; elle s’y soumit dans l’instant.

 

Elle déboutonna le pyjama de son fils agonisant, sortit son pénis minuscule, le prit dans sa main droite et le porta à sa bouche. Elle le caressa lentement, langoureusement, comme elle seule, sa mère, était capable de le faire. Le bruit monotone des machines qui maintenaient le petit Kévin en vie apportait à la scène un caractère solennel, presque religieux. En embrassant les parties intimes de son fils souffrant, le deuil commençait déjà pour la mère. A mesure que le sexe de Kévin se gonflait, se préparait à se vider de sa substance, son âme se rassemblait, s’envolait vers un autre monde…

 

La mère de Kévin cessa ses caresses au moment où elle sentit un mince filet de liquide dans sa bouche. L’électrocardiogramme, de son côté, indiquait que le cœur de son fils ne battait plus.

 

Elle fondit en larmes sur le lit, puis appela l’infirmière. Dix minutes plus tard, celle-ci arriva, les cheveux en bataille, s’excusant auprès de la mère en pleurs. Une minute plus tard, Hippolyte, le père de Kévin, les rejoignit.

 

Le lendemain eurent lieu les funérailles de Kévin. De là-haut, l’âme en paix, il observait sa famille, son père, sa mère, l’infirmière, lui dire au revoir. « Jésus, est-ce que Maman, Papa et la dame qui a pris soin de moi et d’eux auront leurs places ici ? », demanda-t-il au fils du Seigneur. « Sans aucun doute », promit-il en le prenant par la main.

 

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