Louise Leduc
Une jeune journaliste passe de Radio-Canada à TVA. Une nouvelle banale, traitée en passant dans le Journal de Montréal. Rien de passionnant, jusqu'à cette petite citation. La jeune journaliste, peut-on lire, change d'employeur parce qu'elle veut plus de place « dans un show de nouvelles ».
Exit le bulletin d'information. L'heure est au « show de nouvelles », comme l'heure est à la nouvelle amplifiée et relayée en stéréo par les partenaires d'un même empire médiatique.
Et cette façon de faire n'est pas exclusive à Quebecor, note Florian Sauvageau, professeur au département d'information et de communication à l'Université Laval. « Il y a aujourd'hui une réelle mise en marché de l'information, dit-il. Il ne suffit pas d'informer, il faut vendre. Et pour vendre, il ne faut surtout pas être ennuyeux. »
C'est tellement vrai qu'aux États-Unis, quand John Levine est devenu doyen à l'Université Northwestern, dans l'Illinois, son premier geste a été d'en fusionner les écoles de journalisme et de marketing. Le but de l'opération : enseigner aux aspirants journalistes à ne plus hiérarchiser les nouvelles selon leur importance, mais selon leur potentiel de vente.
Au News Record de la Caroline du Nord, on avait adhéré depuis quelque temps déjà à la philosophie Levine. Non sans heurt, à en croire la Columbia Journalism Review (une revue américaine qui traite de journalisme).
« Au début, nous ne mettions en une que les nouvelles locales, a confié un journalisme du News Record sous le couvert de l'anonymat. Puis, on a ajusté le tir. C'était un peu ridicule de mettre en une l'audition d'un candidat à l'émission Survivor, et en page A18 les 23 morts d'un bombardement en Irak. Mais on fait encore beaucoup de cela. »
Au Québec, les médias cherchent de plus en plus à se distinguer par la publication ou la mise en ondes d'enquêtes-chocs et par la mise en valeur de journalistes qui ne sont plus présentées comme des courroies de transmission idéalement neutres, mais comme des stars à part entière. Sophie Thibault parle des derniers moments de son père en une de magazines de papier glacé, Céline Galipeau se fait faire les yeux doux par Guy A. Lepage à Tout le monde en parle.
Devant ce star system, comment s'étonner ensuite, demande Florian Sauvageau, que tant de jeunes journalistes n'aspirent plus tant à informer qu'à devenir star ?
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