
Quand l'information donne des boutons
Louise Leduc
Pour le citoyen un peu hypocondriaque � l'aff�t de la moindre pustule ou �ruption cutan�e, c'�tait � en perdre son latin. Tout l'�t�, s'est-il oui ou non baign� dans une �soupe de microbes�, comme le lui a dit Quebecor ? Au terme de cette saga, une seule certitude :l'image des m�dias en prend pour son rhume.
Les journalistes savent-ils tous compter ? Allez-y voir. Le m�me jour, samedi dernier, le Journal de Montr�al titrait : � 32 piscines restent ferm�es �. La Presse, de son c�t�, �crivait : � Quatre �tablissements demeurent ferm�s �, et 17 r�sultats sont toujours attendus. � Radio-Canada, on r�sumait l'affaire ainsi : � Quarante piscines sont rouvertes. �
Dans les m�dias, les piscines sont vite devenues une simple toile de fond. L'heure semblait venue de trancher la question. Lecteurs, auditeurs, dites-nous, l�, maintenant, qui vous croyez. � quels m�dias faites-vous confiance?
Le Journal de Montr�al, relay� par TVA, 24 heures et le site Internet Cano�, a brandi l'expertise de son sp�cialiste Drasko Pekovic. � Clostridium difficile, E.Coli, coliformes f�caux, legionnella et staphylocoques f�caux : vous baigneriez-vous dans cette eau ? � demandait-il en une. Des pages et des pages d'articles ont suivi, agr�ment�es de graphiques et de chroniques, dont l'une sur le petit Robin qui n'a plus de � guedille au nez � depuis qu'il a cess� de fr�quenter une piscine de LaSalle. Aucun doute possible : pour Quebecor, les piscines de Montr�al sont des soupes de microbes, et � c'est pire � Laval �.
� Radio-Canada, � La Presse, au Devoir, c'est tout le contraire. Un professeur de l'Institut national de la recherche scientifique d�clare � Radio-Canada, que si Drasko Pekovic, de BioMedco, �tait l'un de ses �tudiants, � il aurait eu deux sur 10 �. La Presse r�v�le que BioMedco avait �t� poursuivie en 1998 par l'Ordre des chimistes du Qu�bec pour exercice ill�gal de la profession. Le Devoir cite Pierre Payment, microbiologiste sp�cialis� dans la qualit� de l'eau � l'Institut Armand-Frappier qui d�clare : � Il y a tellement d'erreurs que je suis oblig�, comme scientifique, de remettre en cause la m�thodologie. �
Le Journal de Montr�al d�fend son int�grit� et garde le cap. Encore cette semaine, dans sa chronique d'humour, Michel Beaudry �crit : � Avez-vous d�j� piss� dans une piscine publique ? Moi aussi. Morve ? Crach� ? Les deux cent quelques personnes qui passent dans une journ�e ont-elles toutes le p�teux bien essuy� ? �
En entrevue t�l�phonique cette semaine, Dany Doucet, r�dacteur en chef du Journal de Montr�al, d�clare que si l'exercice se refaisait l'an prochain, il reprendrait le m�me chercheur. � Je ne laisserai pas le Journal de Montr�al �tre discr�dit� de cette fa�on-l�.�
Pour lui, Quebecor a �t� victime d'une �job de bras� de la part d'une confr�rie �jalouse� de sa force de frappe. On sait bien, dit-il, que � quand on essaie de trouver un expert pour en contredire un autre, on peut toujours en trouver. M�me les articles publi�s dans les magazines scientifiques et choisis par des panels de scientifiques ne font pas l'unanimit�. �
Que dire de l'Ordre des chimistes ? � Ils ont une cour � prot�ger �, dit Dany Doucet.
Et le Coll�ge des m�decins ? � J'ai vu le Coll�ge des m�decins dire que l'on faisait le lien entre la sant� et les donn�es. Ce n'est pas lui (le chercheur Drasko Pekovic) qui fait le lien entre la sant� et les donn�es. �
(Dans le premier article sur le sujet, le Journal de Montr�al �crit pourtant : � Selon l'�tude, les piscines les plus dangereuses pour la sant� sont situ�es principalement dans les arrondissements de LaSalle, Lachine et Pierrefonds-Roxboro. �)
Pour Quebecor, les tests de la Ville de Montr�al - r�alis�s apr�s la canicule, en p�riode de moindre affluence - ne veulent rien dire et il est � malhonn�te intellectuellement �, selon Dany Doucet, de les mettre en contradiction avec ceux de son chercheur.
Dany Doucet se dit fier d'avoir � soulev� une tr�s grave question d'int�r�t public �. Quand on lui demande pourquoi Quebecor a laiss� les citoyens se baigner dans une soupe de microbes jusqu'au lundi alors qu'il avait l'�tude entre les mains depuis le jeudi pr�c�dent, le r�dacteur en chef du Journal de Montr�al d�clare : � C'�tait une �tude de 200 pages, avec un paquet de mots que t'avais jamais vus de ta vie toi-m�me. On ne pouvait pas sortir �a tout croche le vendredi. �
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