Mario Girard
BioMedco, responsable des analyses qui ont démontré en début de semaine que l'eau des piscines de Montréal était de qualité douteuse, n'a pas tardé à réagir au rapport présenté hier par les autorités de la Ville, qui démontrent pour l'instant que la situation est beaucoup moins grave que ne le prétend le rapport de BioMedco.
« Ce sont deux études différentes, dit Drasko Pekovic, président de BioMedco. Pour ce qui est de la Ville de Montréal, il s'agit d'un contrôle de qualité qui a été effectué dans des piscines fermées et pendant une période froide. Nous, on a fait notre étude pendant une période de canicule et durant un fort achalandage. Ce n'est plus comparer des pommes et des oranges, c'est comparer des pommes et des pommes de terre. »
Pourtant, plus tôt cette semaine, Drasko Pekovic prétendait dans une entrevue accordée à la Première chaîne de Radio-Canada que « peu importe les conditions externes, on peut contrôler la flore microbienne ».
Condamné pour exercice illégal
Dans sa livraison d'hier, La Presse a écrit que BioMedco avait été poursuivie en 1998 par l'Ordre des chimistes du Québec pour exercice illégal de la profession. BioMedco signait des rapports d'analyse chimique alors qu'aucun professionnel reconnu par l'Ordre n'était au service de l'entreprise.
Interrogé à ce sujet, Drasko Pekovic a déclaré qu'il jugeait «décevante » l'attitude de l'Ordre des chimistes. « Ils ont le pouvoir arbitraire de dire qui fait une analyse chimique et qui ne doit pas en faire. Leurs règlements ne stipulent pas du tout qu'est-ce qu'une analyse chimique. »
Au moment des faits, une quarantaine de constats d'infraction au Code des professions avaient été adressés à M. Pekovic. Le président de BioMedco avait finalement reconnu sa culpabilité à 10 chefs d'accusation et accepté de verser 12 000$ à l'Ordre des chimiste. « J'avais le choix, commente M. Pekovic : poursuivre l'Ordre ou acheter la paix en payant cette amende. Mon avocat m'a conseillé d'acheter la paix. »
Le président de l'Ordre des chimistes, Martial Boivin, comprend que Drasko Pekovic se sente particulièrement visé mais croit que l'Ordre des chimistes a agi en toute bonne foi. « Quand l'Ordre dépose des plaintes ou des griefs, tout cela est déféré à un tribunal. Ce sont les juges qui tranchent. L'Ordre n'est absolument pas, dans ce cas-ci, juge et partie. »
Joint au téléphone, Dany Doucet, rédacteur en chef du Journal de Montréal, qui, avec Canoë, TVA et 24 heures, a commandé cette expertise à BioMedco a déclaré très bien connaître Drasko Pekovic et son laboratoire. « On fait affaire avec lui depuis environ cinq ans pour des reportages. C'est un scientifique érudit », a-t-il dit avant de reconnaître qu'il était déjà au courant des poursuites ayant visé Drasko Pekovic dans le passé.
Le président de BioMedco s'est aussi dit déçu des critiques reçues pour son travail dans cette analyse. Il a confié à La Presse qu'il réfléchit aux mesures qu'il entend prendre à l'égard de Radio-Canada.
Ce n'est pas la première fois que Drasko Pekovic a maille à partir avec la Société d'État. En 1990, il avait déposé une plainte au Conseil de presse contre l'émission radiophonique Tout compte fait qui avait diffusé de l'information « inexacte » et « citée hors contexte » dans le cadre d'une émission « sensationnaliste » traitant de tests de dépistage du sida. Le Conseil avait adressé un reproche à Radio-Canada et au journaliste responsable du reportage.
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