
Le Collège des médecins juge l'enquête «non scientifique»
Pascale Breton et Malorie Beauchemin
Alors que le Collège des médecins juge que l'enquête sur la qualité de l'eau des piscines est «non scientifique» et que des «liens erronés» ont été faits, La Presse a appris que le directeur de l'étude a déjà été condamné pour pratique illégale de la chimie.
À la suite du rapport dévoilé cette semaine, l'Ordre des chimistes du Québec entend d'ailleurs enquêter de nouveau sur Drasko Pekovic. Président du laboratoire BioMedco Services, c'est lui qui a dirigé les analyses d'eau.
Une enquête du Journal de Montréal - Canoë - TVA - 24 heures - révélait plus tôt cette semaine que l'eau des piscines de Montréal était de piètre qualité, au point où « les baigneurs nagent parfois dans une véritable soupe de microbes ». Le tiers des 73 piscines sont insalubres et devraient être fermées, affirmait cette enquête.
Des propos qui ont fait bondir le Collège des médecins. « Ce qui me hérisse, c'est de faire une corrélation automatique entre la présence d'un microbe et la présence d'un problème de santé publique. Ce sont deux choses différentes », a dénoncé le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, en entrevue à La Presse hier.
La crédibilité de l’étude a été mise en doute, surtout en ce qui concerne la méthodologie utilisée. Il est question de santé publique alors qu’aucun épidémiologiste n’a pris part à l’analyse des résultats, a commenté le Dr Robert.
« Avant de lancer une histoire comme celle-là, j’aurais peut-être demandé l’avis d’un scientifique et peut-être d’un médecin aussi », a déclaré le Dr Robert. Il a lui-même travaillé une vingtaine d’années en santé publique dans le domaine des maladies infectieuses.
L’étude produite par Drasko Pekovic et son laboratoire est critiquée de toutes parts depuis quelques jours. Les tests effectués n’étaient pas pertinents selon le règlement sur la qualité de l’eau des piscines, a affirmé hier le vice-président de l’Association des microbiologistes du Québec, Michel Pronovost. « C’est bon pour faire peur au monde, mais ce n’est pas scientifique. » La veille, M. Pronovost avait dénoncé l’analyse des paramètres de l’étude dans une entrevue accordée au Téléjournal, à Radio-Canada.
Pour évaluer la qualité de l’eau d’une piscine ou d’une plage, plusieurs échantillons doivent être recueillis lors d’une même visite. Pas un seul comme c’est le cas dans le rapport. L’heure du prélèvement et l’achalandage sont aussi des données importantes.
« Quand on fait une analyse sérieuse, on doit donner des résultats pour chaque échantillon prélevé », a expliqué M. Pronovost.
Les résultats d’analyse montrent la présence de plusieurs bactéries, dont le E. coli, le C.difficile et le Legionella. Prudence ! dit le Collège des médecins.
La bactérie E.coli se trouve normalement dans les intestins de tous les humains. « Lorsqu’on fait des analyses d’eau, on recherche cette bactérie comme indicateur de l’eau potable », souligne le Dr Robert. L’eau de piscine n’est pas potable. «Ce n’est pas parce que le E.Coli a été associé à un problème à Walkerton qu’il devient l’ennemi à abattre. » Dans cette ville ontarienne, la bactérie E.coli avait contaminé l’eau potable et causé la mort de résidants il y a quelques années.
Même présente dans l’eau, la bactérie Legionella, n’est quant à elle pas dangereuse. Elle doit être inhalée ou se trouver dans des conduits de climatisation pour être nocive. Chez les personnes vulnérables, elle peut alors causer des maladies pulmonaires, comme une pneumonie.
Dès le dévoilement de l’enquête, la Ville de Montréal a réagi promptement en fermant la majorité des piscines de l’île. Elle a commandé des analyses dont les résultats seront dévoilés ce matin.
Était-ce une décision précipitée ? « Le maire a agi en bon père de famille en fermant les piscines afin de faire les vérifications. C’est important d’agir vite quand il s’agit de la santé des gens », a souligné hier son attachée de presse, Christiane Miville-Deschênes.
« C’est une réaction de saine prudence, croit le Dr Robert. Mais là où l’on réagit trop rapidement, c’est en essayant de trouver une réponse trop rapide avant de savoir où est le problème. »
Ce n’est pas mieux de mettre trop de chlore dans les piscines, par exemple. Cela peut causer des dermatites ou des conjonctivites chimiques, souligne le Dr Robert.
Les tests effectués par la Ville depuis lundi détermineront quelles piscines seront rouvertes. Une conférence de presse est prévue ce matin.
Le maire de l’arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Michael Applebaum, a indiqué pour sa part qu’il était prêt à rouvrir les piscines hier. M. Applebaum soutient que les tests démontrent que l’eau des trois piscines de son arrondissement est conforme aux règles en vigueur.
Les maires des arrondissements de Saint-Laurent, Alan DeSousa, et de Pierrefonds-Roxboro, Monique Worth, n’étaient pas informés pour leur part des analyses faites dans leur secteur. Québec prépare aussi un nouveau règlement concernant la qualité de l’eau des piscines.
Les tests devront être effectués par des laboratoires accrédités par le ministère, ce qui n’est pas le cas de BioMedco, a indiqué Pascal D’Ascou, l’attaché de presse du ministre Claude Béchard. Joint à son domicile, le directeur de BioMedco, Drasko Pekovic, a pour sa part refusé de répondre aux questions de La Presse.
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