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26 août 2006


J'ai survécu à cette trempette à la piscine François-Perrault.
Je suis pétant de santé au moment d'écrire ces lignes.
photo : Donald Courchesne

Survivre à une saucette

N'écoutant que mon courage et ma virilité journalistique, bravant les bibites microscopiques qui peuvent se cacher dans l'eau, je suis allé me baigner dans le quartier Saint-Michel, hier après-midi, en ce jour de réouverture des piscines publiques de la Ville de Montréal.

J'ai survécu à une baignade dans le fleuve en 2005, je devrais bien survivre à une saucette dans une piscine publique...

N'empêche que toute la journée, quand je disais aux gens que j'allais me baigner, que j'étais à la recherche d'une piscine ouverte pour aller tester les eaux moi-même, en bon journaliste de terrain, les mauvaises jokes des bonnes âmes fusaient autour de moi : « As-tu de bonnes assurances ? »

« Ta carte d'assurance-maladie est-elle encore valide ? »

« Es-tu sûr? »

J'ai donc passé 45 minutes dans l'eau froide de la piscine François-Perrault, qui se situait au milieu de la liste des 73 piscines testées, au chapitre de la salubrité : ni parfaite ni parfaitement dégueulasse.

Et je ne sais pas pourquoi ces bonnes âmes s'inquiétaient pour moi ! Après tout, les autorités se sont proverbialement faites rassurantes, hier. Elles nous ont juré que les piscines étaient désormais très propres...

Reste que ces mêmes autorités ont promis que des tests de salubrité plus rigoureux seraient dorénavant effectués dans les piscines publiques de Montréal...

La bactérie E. coli peut s'attraper dans l'eau de baignade : en 1998, comme je vous le disais lundi, l'eau d'un parc aquatique d'Atlanta a été infectée à l'E. coli. Bilan : 26 petits infectés gravement, un mort et des millions de dollars versés en dommages par le parc. Ce n'est pas rien.

Et l'enquête du Journal de Montréal a démontré qu'on retrouve des traces de la bactérie E. coli dans nos piscines. Mais le Dr John Carsley, du Bureau de la santé publique de Montréal, a déclaré à Radio-Canada que « les E. coli ne sont pas parmi les critères du ministère [de la Santé] sur la qualité de l'eau de baignade... »

Oh, désolé, Doc !

La bactérie E. coli ne se trouve pas sur la liste des critères du ministère de la Santé du Québec ! C'est pour ça qu'elle frappe aux États-Unis ! La méchante bactérie sait qu'ici, au Québec, elle n'est pas bienvenue : elle n'est pas sur la liste préparée par nos fonctionnaires !

Poignée de braves
De toute façon, si la E. coli avait défié les fonctionnaires et envahi la piscine FrançoisPerrault quand j'y étais, hier, elle n'aurait pas fait beaucoup de victimes.

Nous n'étions qu'une poignée de braves en costume de bain à grelotter dès qu'on sortait la tête de l'eau. That's it. Déserte, la piscine, ou presque. Le froid de la fin août, probablement...

À mon retour au bureau, un jeune collègue facétieux dont je tairai le nom m'a demandé :

- Pis ? As-tu attrapé le scorbut ?

- Non, juste un rhume, p'tit comique...

J'ai donc survécu à cette trempette à la piscine François-Perrault. Je suis pétant de santé au moment d'écrire ces lignes.

Mais si je trépasse subitement au cours des prochains jours - crise cardiaque, défaillance des reins, congestion des intestins -, sachez que c'est fort probablement la faute de cette trempette. Et dites à mon syndicat que c'est un accident de travail...

Deux braves

Patrick Lagacé

« C'est le meilleur exercice ! J'espère qu'ils ne fermeront pas les piscines pour ça ! »

François Allevato, 53 ans, est un véritable poisson. Le genre d'homme capable de rester sous l'eau 90 secondes. Le genre d'homme à se baigner hier en fin d'après-midi, à la piscine François-Perrault, alors que l'eau est à 71 degrés Fahrenheit, comme ça, pour le plaisir de nager...

- C'est froid, M. Allevato, non ?

- Froid ? Non, ce n'est pas froid. Un lac des Laurentides après la fonte des neiges, en avril, ça c'est froid...

M. Allevato préfère nager dans les lacs. Mais bon, il se satisfait de la piscine quand la vie ne le dépose pas à proximité d'un plan d'eau naturel. Hier, il était un des rares braves dans la piscine.

Ce coin de Saint-Michel, c'est son coin. « Petit, dit-il, je venais nager ici, même la nuit, en sautant par-dessus la clôture... »

Et les microbes dans l'eau des piscines publiques, M. Allevato ?

- Oh non, moi, je n'ai pas peur des microbes, pas du tout. Je fais confiance à la Ville. De toute façon, moi ce que je n'aime pas, c'est le chlore. Il y a trop de chlore...

- Heureusement qu'il y a du chlore, M. Allevato ! Heureusement !

- Non, il y en a trop...

Besoin de nager
Minwei Qian n'a pas trop peur des saloperies qui pourraient se trouver dans l'eau, lui non plus. Minwei a 45 ans, Chinois. Il est à Montréal pour faire des recherches sur les changements climatiques, à l'UQAM.

« J'ai besoin de nager. Ça me relaxe. Je passe mes journées devant un ordinateur. » Oui, bien sûr, il a remarqué que la piscine François-Perrault avait été fermée, cette semaine. Non, il ne craignait pas de s'y baigner. « Mais je dois dire qu'aujourd'hui, l'eau était beaucoup plus claire que la semaine dernière... »


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