| LETTRES
D'INJURES (suite) Mur blanc chaulé à peine, criblé
de fulgurants cratères,
Mur gris déjà tombé et à peine ébauché
En moellons effrités, gravillonnés,
Murs étendus creusés de niches effrayantes
D'où peut surgir la flamme déchirante et brève,
Murs obsédants où s'écorchent les ongles ébréchés
des mains trop tendres,
Murs de l'enfer où les pas de l'enfance s'arrêtent,
Interminable labyrinthe de vies hachées en pièces
sanglantes.
Et je les vois,
petits dans les treillis trop longs !
Les uns terrés avec au ventre une peur infâme,
Les autres paradants avec au cou des armes avides de
haine,
Et tous passent devant mon front nimbé d'horreur
Avec ces yeux immenses et froids des âmes mortes.
Enfants ! Dans la
poussière âcre qui poudroie à vos pieds nus,
Posez les terribles fardeaux qui écartèlent vos
solitudes !
Rendez à vos tyrans les cartouchières, les
bandoulières,
Toutes ces sangles qui musellent le hurlement terrorisé
Au plus profond de vos corps dépouillés !
Je vous ai vus si
sombres dans les rues vides des villes en guerre
Et des larmes de sang coulaient épaisses sur les masques
d'antan,
Souillaient à l'écoeurement l'humanité frileuse
Qui marche dans vos pas, enjambe vos cadavres sans les
voir.
Je vous ai vus et j'ai tremblé quand vous avez levé
(Regard éteint, la bouche amère, O ma douleur!)
Quand vous avez tendu un doigt terrible et métallique,
Quand mes pupilles affolées vous renvoyaient l'image de
vos fusils !
Enfants des villes
perdues ! Enfants de rues sauvages !
Volés, trahis, enfantés dans la mort des mères qui
vous aimaient !
Posez les armes qui vous lacèrent l'âme et la chair !
Pleurez, pleurez sans fin le deuil de vos enfances
amères !
Laissez les perles de la douleur et de la peine
Rendre à vos yeux l'éclat fugace de la vie !
Pleurez encore et que la douleur se dessèche !
Je caresserai de mes mains nues l'immonde cicatrice
Béante à tout jamais dans vos coeurs mis à nu.
Leïla Zhour
- extraits du recueil "LETTRES À L'AUTRE" - Tous droits
réservés
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