| Légendes intérieures |
Les
terres anciennes :
|
Descendus des hautes terres en robes bleues Venus des vents altiers en djellabas de laine Visages enserrés de drap sombre Les seigneurs de la danse ont avancé leur pas d'éternité Saisie ma main Saisi mon souffle Mes yeux transis dans la beauté des gestes purs Éclat des sabres hors des fourreaux de cuir Sécheresse des cannes entre les mains de chair violente Hommes de lames bleues dans la lente noria du crépuscule Les seigneurs de la danse ont enflammé leur pas Saisie mon âme Saisie ma fièvre Frémissement de mes lèvres En transparence de sel et poussière d'or dans leurs yeux durs Et voir, voir en majesté l'élan des corps Mandorle émeraude des regards Transe amoureuse dans la trame des sables silencieux Dans le pas vif d'un froid luminescent Venus des sources claires, cristaux de gel Les pieds chaussés d'espaces larges Les mains gantées de cimes vierges Avec dans le regard la soif des ciels de nuit Les seigneurs de la danse sont entrés dans le pas Pulsation lourde d'un sang en proie au rêve Désir soudain saisi à cur Mains chaudes apposées sur le portique des hanches Danse fébrile dans l'ombre des seigneurs Nuit enserrée entre les manches des ténèbres Les lumières palpitantes de la plaine en mantille d'espoir sur la défaite de ma chevelure Mon pas, enfin, agencé dans la clameur des hauts Les seigneurs de la danse ont bu ma soif, ont dévoré ma faim Toutes hantises d'hier enflammées dans l'étoupe de l'ivresse Soie volatile des enfantillages Des battements de terre ancienne ont suscité quelle fantasia Mélopée de vents dans la nef des lointains Dénuement sur les treilles du temps Seigneurs mes frères, dans la transe sacrée du geste Seigneurs des terres hautes où le rêve est prière La danse du large a transmué les détresses Mouvance brute de la parole entre les voix du corps Et dans le cur, cet affolé intense Percussion vive dans le pas lent des Seigneurs de la danse
|
~~
|
| Je suis né sur cette terre
de parents importés. Ma tête est blanche et noire Et toute ma robe porte ces larges taches de neige et de basalte. Je suis né dans une plaine immense et verte Où coulait en chantant une rivière ardente, froide Qui parfumait l'air de douceur et de promesse. Dans les graminées hautes qui chatouillaient mes jambes, J'ai appris les brumes claires où percent au loin des sommets, J'ai appris la transhumance des chevaux libérés de l'homme. J'ai su les plages de graves qui bordaient les gués, J'ai su le goût poivré des herbes courtes dans les marches de l'ouest, J'ai su la fadeur jaune des horizons brûlés de l'été finissant Et j'ai porté en moi ces libres espaces où j'était roi, Sans craindre rien. Puis des hommes sont venus tourner autour de mon troupeau. Ils ont poussé mes pairs dans une passe sans issue Et ils ont fait surgir des cordes qui ont serré nos encolures Et nous avons appris à nous soumettre pour ne plus souffrir, Pour ne plus sentir la brûlure du lasso et de la peur, Pour apaiser nos souffles rauques et nos coeurs tremblants. Alors ce furent des fers pour nos sabots et des lanières sur nos bouches Et une sangle à nos aisselles pour ceux qui volaient notre course. Nous eûmes des frères et des amours dans les corrals qui nous piégeaient Et plus jamais nous ne connûmes l'errance sans but dans la nuit claire. Ce furent aussi les chants des hommes et leurs caresses, Ce furent les mots si doux qu'ils murmurèrent à mon oreille Pour me faire oublier ma joie perdue et l'entrave à mon galop. Et j'ai sillonné ce pays qui n'était plus ma terre ! Et j'ai convoyé avec les miens d'immenses troupeaux mugissants ! J'ai porté sur mon dos un homme qui était bon et juste, Mais qui pesait sur mes épaules de toute la liberté qu'il me volait. Une nuit cependant elle me revint. Au long de mes flancs pie, les vents glacés Descendus en bouillonnant des hauteurs inviolées, M'ont prêté leur puissance, leur plénitude. Les barres de l'enclos sont redevenu paille, Herbe sauvage où il fait bon courir. Ai-je bondi au secret de la nuit, Illuminé dans la splendeur de mon essence révélée ? Ai-je couru vers l'Ouest où la lumière s'estompe Comme vers un phare planté en terre de promesses ? Moi seul sait encore aujourd'hui l'éblouissante joie qui m'a saisi. Pourtant il m'apparaît aussi que j'avais été libre parmi mes pairs, Et je suis seul et libre encore, mais mes frères sont restés. Et le poids de la selle encore en ma mémoire arque mon dos et ma révolte Quand, seul désormais, je repasse les gués Où j'avais tant rêvé l'ivresse interminable De l'éternelle transhumance des chevaux libres des plaines sauvages.
|