L'homme sagaie |
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| L'homme-sagaie
n'a pas de visage L'homme-sagaie n'a pas de visage Il hante les nuits intérieures le silence fauve de ses pas parle de mort L'homme-sagaie porte dessinées sur le corps des frontières de feu Des courbes jaunes entre ses mains Brûlantes sur ses flancs noirs illuminés L'homme sagaie porte son arme sans fatigue Jamais il ne la pose Jamais il ne dort Il veille sur des continents de cauchemars La pointe de sa lance forgée dans le sang Laisse glisser des larmes de désespoir J'ai vu l'homme-sagaie un soir de pluie C'était à l'heure-tempête où ma vie se défaisait Et j'ai tremblé d'avoir tissé le nid de sa venue L'homme-sagaie n'a pas de visage Dans son visage d'abîme Ma vue s'est effondrée Massive souffrance de la peur Infatigable Il portait en blason des emblèmes de terreur Il tremblait de mort Ivre Et douloureux Ce soir-là l'homme sagaie a pris mon âme Dans sa main libre Une chaîne de feu et de glace passait Repassait Brisure de vie Il guettait l'affolement de mon regard Il buvait les pleurs, les hontes, le mal Jusqu'à en rire Une démence, Lacération de joie Il débusquait le bonheur dans les niches de mes silences Qu'ai-je perdu ce soir où je l'ai vu ? Il a passé ma porte mais son arme a percé mon regard Il a semé dans mes songes une nuit sans couleur Et depuis sa venue La peur recouvre mes horizons L'homme sagaie n'a pas de visage J'ai contemplé son gouffre d'indifférence Et j'y suis morte un peu J'ai vu sous les rideaux du mal qu'il avait entr'ouverts La pente vertigineuse du désespoir Et mes empreintes Dessus Alors, croyez-le car c'était dans un froid d'abysse J'ai su retirer mon regard blessé Mes yeux tatoués du rouge et du noir Et pleurer Pleurer une souffrance pure qui me lavait de son passage Qui me lavait de son inépuisable mort C'était au seuil d'une aube grise C'était juste avant la naissance des couleurs Avant l'embrasement du spectre qu'il ne savait pas voir Lui L'homme-sagaie L'homme-blessure au visage d'absence
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