| Le meunier sans-souci et la barlingue |
| Les soldats du Roi revenaient de la guerre et le général au commande des troupes voulut fêter la victoire avec son armée à l’occasion d’une fête champêtre. Ils se sont installés sur un flanc de montagne avec panorama sur une rivière. Sur une colline à côté, il y avait un moulin à farine. On apporta les provisions et pendant le repas le général demande: “Qui est-ce qui chante tout le temps?” Un homme qui connaissait bien la place répond: “C’est le meunier nommé Sans-souci. C’est un homme, sans inquiétude. Il est toujours gai et chante continuellement.” “Je trouverez bien un moyen pour le faire taire”, dit le général. “Je doute fort de votre succès!” Le général piqué au vif descend au moulin et y trouve Sans-Souci tout couvert de farine. Legénéral l’aborde: “Bonjour Monsieur!! -Bonjour! -Ça fait un bon moment que, du flanc de la montagne, je vous entends chanter. Chantez-voustoujours ainsi? -Oui! Rien ne me préoccupe, je mange et je fais fonctionner le moulin. Le soir, je me couche et je dors. Le matin, je me lève et je chante. -Ah? Eh bien! Je vais vous donner une cause d’inquiétude. Je vous pose trois questions. Demain, je reviendrai. Il faudra alors que vous répondiez à ces trois questions. Sinon, mes soldats vous fusillerons. -Quelles sont vos questions? Demande le meunier. -Il vous faudra d’abord que vous me disiez combien pèse la lune. Vous devez ensuite me dire combien je vaux. Enfin, il faudra deviner ma pensée. -Diable!”dit Sans-Souci. Le général tourne le dos, et puis s’en va. Sans-Souci devient très perplexe. Il réfléchit, il n’a plus le coeur à chanter. Voilà que son ami La Barlingue vient le visiter. Devant la triste mine du meunier, La Barlingue s’informe de ce qui ne va pas. “Hélas! répond Sans-Souci, je dois être fusillé demain! -Mais qu’est-ce que tu as fais?” Sans-Souci lui raconte son aventure: “Un général m’a posé trois questions auxquelles je ne peux répondre. Il me fera fusiller si je n’apporte pas de réponses aux trois questions. -Tu peux me répéter ces questions? -Je dois lui dire le poids de la lune. Est-ce que je sais, moi, combien pèse la lune? Il m’est impossible de lui fournir une réponse. Il veut aussi que je lui dise combien il vaut. Comment puis-je répondre sans le connaître? Je ne l’ai jamais vu avant ce matin. Enfin, question encore plus difficile, il veut que je lise sa pensée. -Tu t’inquiète inutilement. Demain matin, je viendrai prendre ta place. Je saurai bien lui répondre. -A ton goût, mais tu seras fusillé! -Je ne serai pas fusillé...” Le lendemain matin, La Barlingue arrive. Il se blanchit de farine. Le général s’amène aussi: “Avez-vous réfléchi à vos trois questions? -Oui! -Dites-moi donc combien pèse la lune! -La lune pèse une livre. Elle a quatre quartiers, chaque quartier pèse un quateron. -En êtes-vous certain? -Si vous ne me croyez pas, vous pouvez la peser. Vous allez voir que j’ai raison! -Je n’aurai pu trouvez mieux, pense-t-il en lui même... Vous pouvez me dire maintenant combien je vaux? -Notre-Seigneur Jésus-Christ a été vendu pur trente deniers. Pour vous, je donnerais tout au plus vingt-neuf deniers. -C’est bien! Maintenant, la troisième question: dites-moi à quoi je pense. -Vous pensez vous adresser à Sans-Souci, mais, dans le moment, vous parlez à la Barlingue!” Sans-Souci entre sur le champ, en turlutant et en trottinant... |
| Source: Alphonse Brault, 1963, Les vieux m’ont conté. Adaptation: Robert Payant - 16 mars 1999 |
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