| L'esturgeon géant de la pointe des cascades |
| Surpris ou réveillé, on se sait trop, le monstre fut soudainement secoué d’un terrible choc sur toute sa longueur et dans un sursaut, entraîna le pauvre pêcheur agrippé à son arme, dans les eaux tumultueuses du fleuve. Des témoins impuissants devant cette scène, le virent disparaître dans un tourbillon d’eau, causé par la queue du poisson. Tantôt un bout de pied, tantôt un bout de bras ou de tête. Après avoir frôlé le fond du fleuve, Daniel sembla maîtriser tout-à-coup sa prise puisqu’il évita de justesse les grands rapides a tribord comme s’il était à bord d’un navire. La lutte se poursuivit en direction de la baie, en aval du Buisson, dans des eaux moins agitées et moins profondes. Les témoins purent assister à une sorte de chevauchée irréelle et spectaculaire d’un homme sur un poisson géant. Puis l’homme et la bête virente se buter contre une batture de roches, à l’arrière de la petite chapelle du village, mettant ainsi fin à ce terrible cauchemar. On accoura pour aider Daniel, qui, tout écorché, à demi-mort, à demi-noyé, se relevait péniblement, devant la foule enthousiaste qui acclamait notre héros. Malheureusement, personne ne songea à prendre la mesure et le poids de l’esturgeon géant, sans doute à cause de la frénésie entourant l’événement. Tout ce qu’on sait, c’est que les villageois de la Pointe des Cascades ont vu ce jour-là le plus gros poisson de leur histoire, puisqu’il fallut un cheval pour le traîner vers le haut de la côte et que la distance entre ses deux gros yeux équivalait aux dix doigts des mains écartelées d’un des villageois. Daniel, affecté par l’événement, ne s’en remit jamais. Affligé de remords pour s’être acharné par orgueil sur une merveille de la nature, il alla d’un dernier regard au Buisson et quitta Cascades sans laisser de traces. On m’a envoyé vous conter ça... |
| Adapté par Robert Payant 1997/11/12 source: Musée régional de Vaudreuil-Soulanges. |
| Dans ce temps-là, il y a de cela assez longtemps, les anciens ont raconté la plus fabuleuse histoire de pêche de la Presqu’Île. Le Buisson, de son vrai nom le Rocher fendu, était le lieu de rencontre des pêcheurs. |
| Ce jour-là, un énorme poisson s’était approché à l’intérieur du Rocher fendu et semblait dormir aux balancements des remous de la berge. Personne n’osait s’y attaquer mais un homme nommé Daniel, s’étant armé d’un harpon à cinq dards en croc, bien affilé et emmanché, décida de relever le défi. Attachant la cordelle de son harpon à une branche d’arbre, il s’approcha du bord et de toutes ses forces, planta profondément son harpe dans la masse noirâtre qui reposait à ses pieds. |
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