La superstition.
L’origine du mot
(superstes =survivant) renvoie à ceux qui priaient pour que leurs enfants leur
survivent. On retrouve ici le désir d’exercer un certain contrôle sur ce qui
nous échappe et effraie le plus : la
mort et particulièrement celle qu’on croit “contre nature”.
Espoir et
crainte devant l’existenceaniment en l’homme une
pensée magique par laquelle il entretient l’illusion d’un certain ordre
prévisible des événements et donc d’une certaine maîtrise sur ceux-ci..Au
départ, la pensée magique
contribue à la survie: le monde envoie des signes à l’ individu qui se crée un système de mythes et de croyances
personnels donnant un sens à sa vie.
Plus tard, lorsque l’enfant se socialise à
travers l’acquisition d’une langue, il hérite des croyances d’une communauté
culturelle et de ses superstitions. Celles-ci apparaisssent lorsque
l’origine et, avec elle, le sens d’une
croyance s’étant perdus, celle-ci se
maintient malgré tout comme règle dont seule la lettre (et non plus l’esprit)
compte. On en arrive ainsi à entretenir des rites acquis par l’éducation mais dont le sens nous échappe, même lorsqu’ils nous font souffrir. Et, même lorsqu’on les trouve absurdes, on s’y croit tenus sous peine d’encourir
quelque conséquence. Les superstitions
varieront donc d’un milieu à l’autre donnant l’impression d’un arbitraire
total.
L’absence de
compréhension et de rationalité dans la superstitition exclut sa remise en question . Dans ce sens, elle peut être comparée à la
manie ou à la névrose obsessionnelle où
la répétition automatique quasi-nécessaire du geste lui sert de justification. De même, les pseudo-sciences (alchimie, numérologie, astrologie
etc.) ont toujors eu beau jeu de se trouver un public assez crédule et
vulnérable pour leur faire crédit même lorsque leurs prédictions étaient
démenties par les faits.
Le refus de l’autocritique distingue la superstition de la pensée
scientifique qui, certes, suppose un certain ordre des choses et donc un
contrôle possible sur le réel, mais se soumet continuellement à l’épreuve de
l’expérience et au consensus. Pourtant le succès technique de la science chez un public très vaste et
insuffisamment informé a tendance à pervertir le crédit qu’on lui accorde en
superstition. La hâte de publier résultats et découvertes, avant de produire
une démonstration fiable à long terme, et l’exagération publicitaire de
modestes inventions scientifiques pour
séduire le public et l’exploiter , ne
manquent pas de contribuer à ces abus.
Il est important
de souligner le rôle de la volonté de pouvoir dans la perversion des
croyances en superstitions.
Ainsi le
prestige métaphysique des religions les plaçant au-delà de toute vérification, leurs dirigeants
seront tentés de faire passer leurs croyances pour des dogmes et d’enrayer chez
les fidèles toute velléité d’esprit critique. Etouffée et sanctionnée à un
jeune âge, la réflexion personnelle risque de s’atrophier et les superstitions
s’installent. La possibilité de jeter la responsabilité de ses actes sur une
force irrationnelle entretient chez l’individu superstitieux le refus d’une
remise en question.
Par ailleurs, l’individu peu porté à la
superstition peut observer en lui, à des moments de grande vulnérabilité,
une propension inhabituelle à
chercher et à interpréter des signes auxquels il n’attachera aucune importance
lorqu’il se sent fort ot épanoui.
Enfin, les
grands (et les moins grands ) de ce monde profiteront de tout ce qui entretient
la vulnérabilité: ignorance , pauvreté, angoisse du lendemain pour asseoir leur
pouvoir sur des superstitions dont aucune preuve n’est fournie ni requise.
Ainsi naissent les superstitions modernes entretenues par les medias: défense
de la démocratie, protection contre le terrorisme, mythe du progrès etc. ne
nécessitant plus, de la part des” croyants”, aucun examen des moyens utilisés à
leurs fins.
Démystifier les
superstitions et cultiver le bon sens et le doute méthodique dont parlait
Descartes, c’est la voie de la science pour réduire l’arbitraire et celle de la
philosophie pour atteindre une certraine sagesse.