La prise de parole.

 

Première prise de parole de ce café : un participant  (citant Socrate « Une vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue ») exprime son intérêt profond et vital  pour la réflexion philosophique. Sa sagesse : le bonheur d’un travail manuel épanouissant qui  révèle au travailleur son propre potentiel et comble la solitude dans la sérénité.

L’action  serait-elle donc plus significative que la parole comme manifestation du sujet ?

 

Une participante affirme que lorsqu’elle s’exprime devant des amies,  des pensées, encore confuses en elle, deviennent claires, des décisions, évidentes comme si le dialogue avait réveillé ce qui sommeillait en elle à l’état inconscient.

Or, si la communication est posée comme indispensable non seulement pour l’insertion dans la vie pratique mais aussi   pour une certaine connaissance de soi,, elle est aussi le lieu de la frustration, de la solitude, des rapporta de force , voire du mensonge. Dans ce dernier cas, fait remarquer une participante, l’action seule valide la parole

Autrui apparaît ici qui peut juger nos paroles en fonction de nos actes, comme dans le premier cas il m’avait révélé à moi-même.On comprend dès lors que prendre la parole c’est s’aventurer sur un terrain dangereux et prendre des risques,  c’est se soumettre au jugement d’autrui comme il est objet du mien.

 

 L’utilisation de la langue révèle le milieu socio-économique, les valeurs et préjugés latents véhiculés par le code linguistique dont on hérite. Celui-ci  n’est pas forcément l’expression authentique du sujet et peut provoquer le rejet comme la sympathie de l’interlocuteur. Perdre sa capacité linguistique, dans le cas par exemple d’un  séjour dans un pays dont on ne parle pas la langue, peut tirer de nous une parole plus authentique dans la mesure où une relation de sujet à sujet s’établit de façon non verbale : présence, regard, expression corporelle, langage non asservi aux conventions et venant du plus profond de notre être et de notre besoin d’être reconnu par l’autre.

Une espèce de dénuement s’ensuit qui fait de notre appauvrissement linguistique une occasion d’évoluer comme sujet dans l’épreuve du dialogue comme incursion dans un no-man’s land où je ne contrôle plus les règles de la communication , où les rôles ne sont plus distribués à l’avance selon des hiérarchies d’âge, de rang social, de profession, où je me perds enfin car je ne maîtrise plus la situation. Si du point vue des rapports de force cette parole peut engendrer l’angoisse, elle peut également nous libérer de nos préjugés et  rétablir, au-delà des inégalités sociales, une égalité dans les rapports intersubjectifs. J’apprends à faire, dans ma vie, « la part de l’autre ».

Cet usage de la parole créatrice, non-instituée, que nous retrouvons dans l’expression artistique (le rap d’aujourd’hui), donne une voix aux individus dont la parole n’est pas renforcée par leur appartenance aux groupes privilégiés par la conjoncture du moment, qu’elle soit politique, économique ou culturelle. L’on a vu ainsi , à travers l’histoire,  qu’une langue après l’autre s’est vue détrônée, après avoir prétendu au prestige de l’universalité , lorsque  sa supériorité n’était plus étayée par le pouvoir.(voir le déclin des empires)  . C’est la parole non-officielle  ou « autre » qui traversera le temps pour témoigner de l’existence de ceux qui, ne l’ayant pas reçue, ont dû littéralement « prendre »la parole.

 

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