La Peur.

 

 La peur instinctive est chez l’être vivant,  une émotion utile à la survie de l’individu dans la mesure où, en face d’un danger réel, elle mobilise ses forces en fonction d’une réaction adéquate.  L’être humain, comme tout vivant, éprouve cette émotion dont on situe le siège dans l’amygdale du cerveau.                  .

De cette fonction de survie que reste-t-il  sous toutes les formes dites rationnelles et fortement socialisées de la peur humaine ?Y a-t-il chez les hommes plus de peur que de mal ? Dans quelle mesure la peur elle-même engendre-t-elle le mal ? Quelles peurs sont spécifiquement hunaines et liées étroitement aux caractéristiques propres à la conscience humaine ?

 

Les peurs dites rationnelles se basent , selon la logique, sur des principes de déduction, d’induction ou d’analogie, calculs qui rendent compte de la continuité des causes et effets mais non du discontinu , de l’imprévu , de l’inconnu. Or, c’est devant cet inconnu que la peur instinctive, spontanée,  chez les humains,  on pourrait l’appeler « intuitive ») s’avère efficace. (On cite une réaction imprévisible et efficace dans le cas d’une tentative de viol) L’absence de contrôle de la raison sur ces instances qui par définition lui échappent fait en sorte que les statistiques, les prédictions orientées socialement par  les intérêts des groupes dominants (Etat, Eglise, Economie, Médecine dite scientifique) , détournent l’individu d’une observation active de son environnement et de la vigilance personnelle.(La nécessité de contôle se manifeste parfois de façon oblique : on mourra de peur aux côtés d’un chauffeur expérimenté et prudent,  alors qu’au volant d’une voiture on se sentira  rassuré même si l’on reconnaît être un chauffeur médiocre.)

 

 D’où une vie pleine d’appréhensions, de limites et d’interdits imposés de l’extérieur qui fait obstacle à la confrontation des peurs personnelles et à une vie de vérité et de courage. Ces peurs nombreuses exorcisées par des assurances de tous genres (vie, contrat de mariage etc), mènent à la violence défensive,  à l’armement, à la méfiance des individus et à leur isolement impuissant face aux forces socio-économiques qu’ils  pourraient et devraient sans doute contrôler s’ils assumaient leur devoir de citoyen. Par une inertie propre à l’homo socius, l’homme préfère avoir peur en groupe, partager des peurs entretenues par les media dont il acceptera volontiers les fabulations, l’amnésie et le manque de logique, plutôt que de faire face et d’assumer les peurs propres à la condition humaine. C’est ce que Pascal appelait le divertissement. Ainsi, une variété de peurs, liées au progrès de la connaissance, (voir la médecine) en cacheraient d’autres et l’homme choisirait l’objet de sa peur.

 

La conscience humaine, par ses capacités rétrospective et prospective, se souvient de peurs passées et imagine les peurs futures : force ou faiblesse ? Ainsi, un adulte névrosé revivra l’abandon de l’enfance  dans toutes ses relations ultérieures qu’il compromettra systématiquement par sa peur anticipée.  De même, un enfant  anticipera un abandon et ne se libérera de sa peur que lorsqu’il sera placé devant la réalisation de son fantasme. L’être humain est soumis  aux lois de l’inconscient. Dans le cas de l’enfant, s’agit-il de l’inconscient privé seulement (l’enfant aurait perçu une faille dans les relations  autour de lui) ou de l’inconscient collectif : l’enfant intuitif pressent qu’il devra faire face aux peurs existentielles de l’être humain et retarde la douleur de l’échéance.

 

Solitude existentielle, absence de sens, liberté-responsabilité et la  mort au bout sont les peurs fondamentales que l’homme retrouve dans ses rêves et qui marquent son existence au monde. Domaines où la raison perd le contrôle, on comprendra qu’on leur préférera  des peurs plus concrètes où l’on garde  l’illusion de pouvoir contrôler  la situation. Dans  un même ordre d’idées, on se soumet au  groupe, à  l’autorité, au savoir, symboles d’une puissance protectrice qui prendra soin de nous.  Pourtant, en évitant les responsabilités, nous évitons les choix et courons le risque de perdre notre vie pour la sauver. Les dépressions nerveuses, les crises d’angoisse et les névroses sont  autant de symptômes d’une énergie psychique non-utilisée ou mal orientée. Si, comme le disait Montaigne, : « Philosopher, c’est apprendre à mourir », il s’agit sans doute de regarder notre condition humaine et la mort en face pour mieux vivre.

 

Concernant le TERRORISME :

Voici,  en annexe, la lettre envoyée au président Clinton, en 1998, par Robert Bowman et plus que jamais d'actualité.

ROBERT  BOWMAN, ancien combattant du Vietnam où il accomplit une centaine de missions aériennes, est aujourd’hui

Evêque de l’Eglise Catholique Unifiée de Melbourne Beach, Floride.

-    

-      Monsieur le Président,

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-  Dites la vérité au peuple, Monsieur le Président, au sujet du terrorisme.

-  Si les illusions au sujet du terrorisme ne sont pas détruites, alors la menace continuera jusqu'à notre destruction complète. La vérité est qu'aucune de nos nombreuses armes nucléaires ne peut nous protéger de ces menaces. Aucun système « Guerre des Etoiles » (peu importe la technique de pointe, ni combien de milliards de dollars seront gaspillés dans ces projets) ne pourra nous protéger d'une arme nucléaire transportée dans un bateau, un avion ou une voiture louée.

-  Aucune arme, ni de notre vaste arsenal, ni un centime des 270 millions de dollars gaspillés chaque année dans le dénommé « système de défense », ne peut éviter une bombe terroriste. C'est un fait militaire. En tant que lieutenant-colonel à la retraite et dans de fréquentes conférences au sujet de la sécurité nationale, j'ai toujours cité le Psaume : « Un roi n'est pas sauvé par une armée puissante, comme un guerrier n'est pas sauvé par sa vigueur ».

-  La réaction évidente est : « Alors que pouvons-nous faire ? » N'existe-t-il rien, que nous puissions faire pour garantir la sécurité de notre peuple ?

-  Si ! Mais pour entendre cela, il faut savoir la vérité sur la menace.

-  Monsieur le Président, vous n'avez pas dit la vérité sur le « pourquoi » nous somme la cible du terrorisme, quand vous avez expliqué pourquoi nous bombarderions l'Afghanistan et le Soudan. Vous avez dit que nous étions la cible du terrorisme, parce que nous défendons la démocratie, la liberté et les droits humains dans le monde.

-  C'est absurde, Monsieur le Président. Nous sommes la cible des terroristes, parce que, dans la plus grande partie du monde, notre gouvernement a défendu la dictature, l'esclavage et l'exploitation humaine. Nous sommes cible des terroristes, parce que nous sommes haïs ; et nous sommes haïs, parce que nous avons fait des choses odieuses.

En combien de pays des agents de notre gouvernement ont-ils chassé des leaders élus par leurs peuples, en les remplaçant par des dictatures militaires, des marionnettes désireuses de vendre leur propre peuple à des groupes américains multinationaux ?

-  Nous avons fait cela en Iran, quand les Marines et la CIA ont déposé Mossadegh, parce qu'il avait l'intention de nationaliser l'industrie pétrolière. Nous l'avons remplacé par le Shah Reza Pahlevi et nous avons armé, entraîné sa garde nationale haïe, la SAVAK, qui a réduit à l'esclavage, brutalisé le peuple iranien, pour protéger les intérêts financiers de nos compagnies pétrolières.

Depuis cela, est-il difficile d'imaginer qu'il existe, en Iran, des personnes qui nous haïssent ?

Nous l'avons fait au Chili, nous l'avons fait au Viet-Nam. Plus récemment nous avons tenté de le faire en Irak. C'est clair ! Combien de fois l'avons-nous fait au Nicaragua et dans d'autres républiques en Amérique Latine ?

-  Une fois après l'autre, nous avons destitué des leaders populaires, qui voulaient répartir les richesses de leur terre pour que le peuple les gère. Nous les avons remplacé par des tyrans assassins, qui vendaient leur propre peuple pour que -moyennant le paiement de sommes énormes pour engraisser leur compte bancaire privé- la richesse de leur propre terre puisse être accaparée par des sociétés telles que Domino Sugar, United Fruit compagny, Folgers et d'autres semblables.

-  De pays en pays notre gouvernement a obstrué la liberté et a piétiné les droits humains. C'est pour cela que nous sommes haïs dans le monde et c'est pour cela que nous sommes cible des terroristes.

-  Le peuple du Canada jouit de la liberté et des droits humains, ainsi que le peuple de Norvège et de Suède. Avez-vous entendu dire que des ambassades canadiennes, norvégiennes ou suédoises aient été bombardées ? Nous sommes haïs parce que notre gouvernement refuse ces choses aux peuples des pays des Tiers-Monde dont les ressources sont convoitées par nos groupes multinationaux. Cette haine que nous avons semée se retourne contre nous en nous effrayant par le terrorisme, et, dans l'avenir, par le terrorisme nucléaire.

-  Une fois que la vérité a été dite sur les raisons de cette menace et une fois qu'elle a été entendue, la solution devient évidente. Nous devons changer nos pratiques.

 Nous libérer de nos armes nucléaires (même unilatéralement s'il le faut), améliorera notre sécurité. Changer drastiquement notre politique extérieure la consolidera.

 

Au lieu d'envoyer nos fils et nos filles de par le monde pour tuer des Arabes en vue de prendre possession du pétrole qui existe sous leur sable, nous devrions les envoyer pour reconstruire leurs infrastructures, fournir de l'eau potable et nourrir les enfants affamés.

 Au lieu de continuer à tuer des millions d'enfants irakiens tous les jours par nos sanctions économiques, nous devrions aider les irakiens à reconstruire leurs centrales électriques, leurs stations de traitement des eaux, leurs hôpitaux, tout ce que nous avons détruit et de que nous empêchons de reconstruire avec nos sanctions économiques.

 

 Au lieu d'entraîner des terroristes et des escadrons de la mort, nous devrions fermer l'école des Amériques. Au lieu de soutenir la révolte,la déstabilisation, l'assassinat et la terreur dans le monde, nous devrions abolir la C.I.A. et donner l'argent dépensé pour elle aux organismes humanitaires.

-  En résumé nous devrions être bons au lieu d'être mauvais.

Qui alors essaierait de nous arrêter ?
-  Qui nous haïrait ?
-  Qui voudrait nous bombarder ?

-  C'est cela la vérité, Monsieur le Président.
-  C'est cela que le peuple américain a besoin d'entendre.

Le texte original, en anglais est disponible sur cette page du site du NCR

http://www.natcath.com/NCR_Online/archives/100298/100298l.htm

 

 

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