L’objectif et la voie
Si un rapport étroit unit l’objectif et la voie, il est malaisé , au départ, d’en discerner la nature.
D’une part, l’objectif semble limiter l’éventail des voies qu’une personne pourrait explorer afin de choisir plus librement ses objectifs. Il s’agit donc, en un premier temps, du malaise éprouvé à poursuivre des objectifs que l’on n’a pas choisis dans la mesure où la socio-culture a fait un choix pour vous. Qu’il s’agisse de profession ou d’amour, les jeunes, sollicités par les exigences et les modèles de société, éprouvent à la fois l’appréhension et l’envie de “se caser” limite de la voie par l’objectif. Une comparaison entre les systèmes d’enseignement aux Etats-Unis et en France, montre qu’une spécialisation prématurée comme dans le système français peut définitivement boucher des voies, les rendant inaccessibles à long terme.
Par ailleurs, l’absence d’objectif peut engendrer, pour ceux qui ont emprunté une variété de voies sans détermination précise, le regret de ne jamais avoir dû satisfaire aux exigences d’un objectif. La présence de structures, contraintes, techniques préparant à l’expertise dans une voie donnée et qui s’avère utile à l’orientation comme à l’apprentissage, passe par la réalisation d’une série d’objectifs.
S’il est, dans l’expérience personnelle d’un chacun, des voies aléatoires qui pourtant révèlent une personne à elle-même, la nécessité qu’a la conscience de s’objectiver dans une réalisation manifestant son existence à autrui explique pourquoi objectif et voie sont indissociables. Une anecdote rapportée par une des participantes vient éclairer le rapport objectif-voie: trois personnes entreprennent une randonnée en montagne. Pour l’une, l’objectif est d’atteindre le sommet; pour la seconde, il s’agit de découvrir ce qu’il y a au-delà de la montagne; une troisième enfin désire passer le plus de temps possible à regarder les fleurs le long du chemin. Trois objectifs, une voie ou trois voies, un objectif?
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La découverte ou la construction de soi (la voie) semble se réaliser à travers la poursuite d’objectifs, soit imposés, soit sélectionnés, soit créés, dans un ordre croissant de libération et d’auto-détermination. Les objectifs atteints dévoilent progressivement la voie permettant de choisir avec plus d’indépendance les nouveaux objectifs qui la manifesteront
Lorsque voie et objectif coïncident, la quête s’achève. Ainsi dans Le dernier tableau de Wang Wei d’Ariane Buisset, une nouvelle et dernière oeuvre d’art n’a plus de raison d’être et la voie redevient pure vacuité:
La main veut peindre la
lune
Mais soudain la main retombe
Car la lune se peint
d’elle-même
C’est moi Wang Wei qui ai peint tout cela!
Et il signait: Celui
qui n’a pas de nom.