Liberté et choix

 

La tension entre les concepts de liberté et choix a été ressentie d’emblée et a soulevé les questions suivantes :

 

a) La question de la liberté a-t-elle un sens pour ceux dont les choix sont limités par des conditions socio-économiques, politiques, religieuses ou autres ?

b) La liberté est-elle pure illusion si notre contexte socio-culturel en trace les contours ?

c) Y a-t-il liberté sans responsabilité ?

d) La liberté peut-elle se passer de règles ?

e)Tout choix ne signifie-t-il pas en lui-même une limitation ou l’abandon d’autres possibles ? 

f) La liberté est-elle un cadeau ?

 

D’où les élucidations suivantes :

 

 -Il s’agit de distinguer la liberté externe, reconnue comme un des droits de l’homme à titre universel et interprétée de façon plus ou moins limitée par la  légalité  correspondant  aux différents systèmes politiques , de la  liberté interne que l’individu cultive dans  l’intimité de sa conscience par le retour sur soi, le questionnement de ses propres valeurs, la réflexion sur les conséquences de l’acte  dit libre.

-S’efface ici l’illusion d’une liberté spontanée inhérente à la nature humaine qui aurait le pouvoir de s’abstraire de la situation historique de l’individu en qui elle s’incarne. La culture donnera à l’individu le premier visage de sa liberté en termes politiques, religieux, socio-économiques et idéologiques. Ce cadre de coexistence avec d’autres êtres appelés à la liberté sera source d’inégalités, d’oppressions et de révoltes destinés à remettre en question toute liberté acquise aux dépens d’autrui , comme la liberté du marché par exemple ou la liberté religieuse prétendant imposer la foi comme notion politique.

-La limite comme le garant de notre liberté c’est donc la liberté de l’autre et la responsabilité face à l’autre d’assumer comme d’exiger la liberté rend les deux notions indissociables. Si ma liberté finit où commence celle des autres, c’est l’autre qui me sauvera  des contraintes inconscientes de mon contexte socio-culturel . Dans le dialogue silencieux de la conscience avec autrui , la différence devient libération plutôt que menace et l’altérité repousse les limites de ma liberté interne. (fonction que l’art assume souvent même lorsqu’il ne se veut pas provocateur)

-Les règles  que toute liberté impose reviennent alors  au choix des moyens pour  respecter et encourager l’autre dans le développement de cette libération intérieure : considération des différentes interprétations de la liberté, appel à la raison et à la réflexion, considération des conséqueces sur soi comme sur autrui des actes dits libres, analyse de la violence des désirs et des passions enrayant le processus de réflexion .

 On a traité ici de la discipline dans l’éducation. Les règles posées gratuitement par des parents qui, abusant de leur pouvoir, se dispensent d’expliquer leurs motifs comme d’obéir à leurs propres règles donneront de la liberté une interprétation de prise de pouvoir irrationnel obtenu par l’oppression d’autrui. De même que l’absence de toute règle en respectant soi-disant le libre développement de l’enfant ne lui enseigne pas les chemins de la liberté : choix des règles qui honoreront la liberté des autres au même titre que la sienne. C’est d’après l’ampleur de cette première prise de conscience que l’enfant constituera sa propre autonomie sélectionnant  parmi les règles apprises celles qu’il faudra appliquer ou rejeter pour respecter sa propre liberté comme celle des autres.

-Quant aux limites que tout choix entraîne , réduisent-elles vraiment  la liberté intérieure ? Les choix abondants que crée pour nous la société de production-consommation  nous enchaînent souvent à un travail vu comme nécessaire et non choisi et nous détournent  du même coup d’autres sources de liberté :  le recours à l’imaginaire, le retour à la nature, etc.

Quant à la liberté  qui ne se concrétise en aucune œuvre reste-t-elle illimitée ou pure fiction ?

-En conclusion, la liberté n’est pas donnée bien qu’une vocation de liberté, un potentiel de libération sommeille en chacun de nous, source de création et d’évolution. Pour Sartre  l’homme serait « condamné à être libre ».   Cadeau empoisonné qui permet les pires déviations comme les actes sublimes. D’où la peur de cette liberté-responsabilité-autonomie rejetée par Caïn : « Suis-je responsable de mon frère ? » et l’invocation d’un destin qui contrôlerait notre devenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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