L’intégrité.
Un parcours
lexical intéressant a étayé la réflexion de ce café : de l’ intégrité à
l’intégration en passant par l’intégrisme.
Le point de départ de la discussion était une
citation qui définissait l’intégrité
comme la détermination d’agir en accord avec sa conscience même si cette action doit rester totalement
inconnue d’autrui, donc sans sanction sociale négative ou positive. Quelques
exemples, empruntés au domaine professionnel, illustrent ce propos. L’intégrité consiste-t-elle à respecter les
termes d’un contrat entre employeur et employé ou dépasse-t-elle ces limites
lorsqu’un supplément de travail, ni prévu, ni rémunéré, ni même
parfois remarqué, satisfait, au-delà du contrat , aux exigences de la
conscience professionnelle ?
Ces exemples, parlant de parcours personnels
où chacun se situe différemment par rapport à un idéal lui-même indéfinissable
, soulèvent le problème d’une intégrité ou honnêteté « absolue » qui
servirait de jauge unique. Ici intervient la notion d’intégrisme ou doctrine qui,
se basant sur un texte et son interprétation « orthodoxe », se pose
comme exigence de perfection. Ce concept idéaliste tend à confondre le parcours
(ou le processus, les moyens) et la fin
choisissant cette dernière qui est pure abstraction pour créer
facticement une union arbitraire procédant davantage par exclusion que par
intégration. On peut en arriver à confondre ainsi privilège social et mérite,
appartenance à l’idéologie dominante et intégrité. Ainsi, la « pure »
joie de l’étude est-elle supérieure dans son essence à la détermination de
s’élever socialement à travers un travail intellectuel ? Comment en juger
sans pénétrer dans les méandres de la conscience individuelle et des
motivations inconscientes?
Cela nous amène
au verbe intégrer qui, plus que le
substantif intégration, vise un
parcours plutôt qu’un état résultant de celui-ci. Dans le parcours historique du savoir et du
pouvoir de l’humanité , quelle fut la part de l’exclusion ou de l’inclusion, de
l’information (de : in et forma, « mise en forme ») ou de la
communication, du totalitarisme ou du dialogue ?
Que dire du
parcours privé de chaque conscience ? Y fait-on la part de l’inconscient,
de l’intuition, du rêve, plus universels et moins datés historiquement que
celle de la « raison « et de la « loi » éminemment
sociales ? L’altérité est-elle conçue comme menace ou enrichissement pour
la conscience ? Où se placent les limites de l’intégration face aux
exigences tyranniques du moi moderne ?
Questions qu’une certaine « intégrité »
exige que l’on discute avec son âme…