L’ inné et l’acquis.

 

                                               «  On ne sait pas ce que peut le corps » (Baruch Spinoza)

 

La question se pose au sujet de l’instinct maternel pour se porter ensuite, successivement, sur une variété de questions relevant du sujet telles que : la féminité, le fameux quotient intellectuel et plus généralement l’intelligence, la criminalité et la question du droit naturel,  l’hérédité et les traditions familiales ou  l’héritage. Qu’est-ce donc que l’homme : produit de la nature ou produit de société, déterminisme  ou  conditionnement  ?

L’équivocité des réponses tend à montrer combien il reste difficile, malgré les progrès scientifiques et peut-être à cause de leur insuffisance, de séparer ces deux notions chez l’homme, animal prématuré qui, plus que d’autres, et plus longtemps sans doute, vit dans la dépendance de ses semblables.

 

Cette constatation soulève  deux questions :

 

  1.                                              « Autrui, pièce maîtresse de mon univers » (Michel Tournier)

 La notion de nature chez l’humain embrasse, au-delà d’une entité bio-physique, une réalité psychique. L’homme a dans sa nature un potentiel de symbolisation ou d’imaginaire qui, au contact de ses semblables,  s’actualise de manière à rendre possible la pensée et donc l’existence subjective,  sans pour autant garantir l’existence du je. Cette existence subjective est forcément intersubjective puisque l’homme se vit comme sujet face à d’autres sujets et sociale puisque un code, institué avant et sans lui, la langue,  va déclencher chez lui la fonction du langage, potentiel inné de symbolisation.  L’inné chez l’homme serait donc d’acquérir sa spécificité dans les rapports intersubjectifs à ne pas confondre avec les rapports sociaux. En effet ces derniers tendent souvent à orienter ou à limiter l’imaginaire et la créativité des individus en fonction des rapports de force et des besoins à l’intérieur du groupe : d’où les fameuses « raisons »  d’Etat  ou « lois » du marché.

 

 

 

2.                                                 « L’homme est obscur à lui-même » (Sigmund Freud)

 Ceci étant posé, la deuxième question  sera : à quel moment et pour quelles raisons l’homme aura-t-il recours à la dichotomie inné –acquis ? Quels sont les motifs le poussant à opter tantôt pour l’un tantôt pour l’autre de ces concepts ?

Il s’agit ici de la façon dont l’individu se pose face à son existence subjective. La vit-il comme source de relative liberté et donc de responsabilité ou comme simple résultante d’un faisceau de facteurs innés (étudiés par les sciences de la matière et du vivant)  et acquis (objet des sciences humaines), le déterminant et lui ôtant toute possibilité de libre arbitre ?

 Stephen Jay Gould nous met en garde contre la « Malmesure de l’homme » : pseudo sciences comme la Physiognomonie de Lavater et  tests en tous genres mesurant l’inné chez l’homme comme les tests de quotient intellectuel, très populaires dans les années cinquante aux Etats- Unis. Trop facilement l’objectivité de la science est invoquée pour justifier des présupposés théoriques basés sur des convicions  inconscientes, souvent d’origine politique et sociale. Jean-Jacques Rousseau,  théoricien de l’homme de nature nous met en garde dans  le Discours sur l’Origine et les Fondements de l’inégalité parmi les hommes  contre ce préjugé récurrent :  «  Il ne faut pas juger de la nature de l’homme  d’après sa propre culture ». Cette erreur permet à l’homme de se déresponsabiliser socialement à l’intérieur d’un groupe où il compte parmi les privilégiés.

 

 

Le mystère de la nature humaine, l’indissociabilité de l’inné et de l’acquis, l’enracinement des présupposés dans l’inconscient, la dépossession progressive de toute  valeur personnelle face à des pouvoirs anonymes (l’argent, l’opinion publique, l’irrationnel) expliquent  peut-être que s’impose, plus que jamais,  l’urgence de la démarche philosophique  : « Une vie non examinée ne vaut pas la peine d’être vécue » Socrate.

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