L’ humour.
Le rire et l’ humour.
Si l’on examine
le rapport entre le rire et l’humour, on constatera que celui-ci implique le rire sans y obliger.
Proposer à une
assemblée de rire sur commande résulte en effet en un certain malaise. Peut-on
rire sur commande ? Le rire n’est-il pas, dans sa spontanéité, plus près du réflexe et de l’émotion que de la
volonté délibérée ? La situation,
artificielle à première vue, peut pourtant surgir spontanément puisqu’on
prétend que « le rire est contagieux ».
Dans un certain
type de comique, celui de la farce, c’est bien ce rire-là qui est visé. Gros
rire où les tripes plus que la tête interviennent, il affecte physiquement
« à s’en tenir les côtes » « à s’en pisser dessus » et provoque une détente à la fois bienfaisante
et incontrôlable. Est-ce pour cette raison que certaines thérapies de groupe,
certaines techniques corporelles cultivent le « rire » comme moyen d’évacuer
une accumulation d’énergie émotionnelle pas forcément négative mais de
surplus ? La communion éprouvée dans ce rire n’a
d’autre base que notre humanité commune qui, sous des formes culturelles très
variées, a civilisé cette soupape de sécurité.
La culture et l’humour
Au niveau des
cultures en effet, et sitôt que l’on pénètre dans le domaine des signes en
général et du langage en particulier, les différences sont telles que l’humour
devient inaccessible et, a fortiori pour les calembours et jeux de mots,
intraduisible d’une culture à l’autre. Humour qui divise plus qu’il unit, il
inclut la caricature des cultures « étrarngères », les
plaisanteries racistes et sexistes. A un
niveau personnel et sans aucun souci de « correction »politique il se
fait aux dépens des enfants, des subalternes, des handicapés physiques ou
mentaux, des marginaux de tout genre, tous dénués de pouvoir. L’humour défensif
de ces mêmes groupes rétablit, au moins de façon symbolique, un semblant
d’équilibre dans ces rapports de force : Saturnales, fou
du roi, carnaval, jeux de massacre etc.
La nécessité de l’humour
Compte tenu d’un certain
comique accessible à tous dès la petite enfance ( jeu
de la disparition-apparition : coucou !) , de la présence persistante
de l’humour d’une culture et d’une époque à l’autre, la nécessité de l’humour
serait-elle universelle ? Certains affirment qu’ils
« manquent »d’humour et soupçonnent
même qu’il existerait une propension naturelle, un talent pour
l’humour ? Un caricaturiste aurait-il déjà l’humour « dans l’œil »lorsqu’il cadre une
situation ou a-t-il développé, par une pratique suivie, cette orientation de la
vision vers les aspects irrationnels, contradictoires, incontrôlables de
l’expérience humaine ? Que penser du « clown » triste ? Ou encore de la situation intolérable
réduisant le rire à néant ?
Le rire et la philosophie
C’est ici que la
portée philosophique de l’humour s’éclaircit . On n’y est plus dans l’émotion : la peur
de l’enfant, l’humiliation du clown, l’horreur du bourreau, la douleur de la
chute ou de la gifle sont dépassées . Une distanciation réflexive permet à l’anecdote
privée de rejoindre l’aventure humaine. Comédie ou
tragédie ? Pourquoi cultiver l’humour plutôt que le sérieux ?
Quels sont ses bénéfices ?
Il favorise la
communication, répond-on. Lorsque le trop- plein d’émotions (
vexation, colère) la bloque, l’humour
peut servir de stratégie pour dédramatiser la situation et remettre à plus tard
une explication explosive qui ferait plus de mal que de bien.
Il relativise la
gravité de situations qui ne sont souvent dramatiques que par manque de recul
et de perspective.
Il unit plutôt
que d’isoler les individus dans la mesure où les échecs, les accidents, les
« malheurs »ne sont plus imputés aux autres (fonction des boucs
émissaires) ou à soi-même mais jaugés à l’échelle de la condition humaine
(Epictète).
Sans doute nous faut-il, comme à l’artiste qui, dans sa
quête de beauté, s’essaie à toutes
sortes de styles et de techniques. une longue pratique
de différentes formes et degrés d’humour, pour parvenir, sinon à l’exubérance
du rire, à la lente découverte de la joie.