Chers amis,                                                                                                          Berkeley, le 6 avril 2007

 

 

Plutôt que de rédiger un compte-rendu sur notre rencontre d’hier, j’aimerais vous envoyer cette lettre plus personnelle pour vous faire part de mes réflexions sur le fonctionnement de notre café.

Hier soir se trouvaient réunis les membres les plus fidèles et les plus anciens du café philo, à l’exception de John qui y assistait pour la deuxième fois. A deux reprises, lors de notre discussion, un observateur plutôt silencieux nous  a fait remarquer que le conflit était présent au café philo même. C’est ce qui  m’a donné l’alarme et enclenché ma révision des principes qui au cours des années nous ont permis d’avancer dans la pratique de l’écoute et du dialogue.

Car le café philo a bien été conçu à ses débuts comme un lieu  de pratique de ces techniques (voir « concept  dans

www.geocities.com/lecafephilo)

Or hier le dialogue a tourné plus d’une fois  à la polémique et la discussion a mené à une grande confusion.

J’assume volontiers ma responsabilité dans cet oubli de notre objectif.

  1. Dans le choix des thèmes. Je crois que nous devrions nous imposer une plus grande discipline dans la sélection d’un thème et éviter dorénavant les concepts qui en impliquent plusieurs autres (croyance : foi, illusion, religion, croyances, présupposés, hypothèses) ainsi que les thèmes trop vastes qu’une série de discours peuvent couvrir (psychologique, scientifique, religieux, social, politique, artistique). Le thème de la guerre avait les deux défauts . Peut-être pourrions-nous essayer de formuler les thèmes sous forme de question plus précise qui limiterait les domaines de leur application ? Exemple : au lieu de « la liberté », «  Suis-je responsable de ce que je suis ? ».
  2. La prise de parole doit être distribuée plus équitablement. L’écoute  de l’autre et le partage des expériences singulières étant notre pratique, il ne s’agit pas de réagir aux paroles de l’autre (négativement ou positivement mais sans réflexion préalable) mais  de s’engager activement  d’une part, en enregistrant attentivement une intervention sans nécessité d’y répondre même si elle provoque en nous une émotion ou un refus, et d’autre part, en prenant la parole pour expliquer comment le thème  résonne dans notre  vécu propre. Une prise de parole réactive met celui qui a parlé en premier en position défensive : il doit, au pied levé, se justifier, argumenter. Delà une joute de mots prompte à s’enflammer et qui devient plus vive à mesure que l’on confond tous les domaines relevant du thème, dans la conviction qu’il y a conflit alors qu’on pourrait y trouver complémentarité.
  3. Car c’est bien de complémentarité qu’il s’agit dans le cheminement du dialogue « Tiens, je n’avais jamais envisagé la question de cette manière-là ». C’est l’intérêt que j’ai trouvé personnellement au café philo, après de longues années d’enseignement, et qui m’encourage à rédiger un compte-rendu où les interventions, juxtaposées plutôt qu’opposées,  m’ouvrent des perspectives insoupçonnées. L’absence de structure apparente dans le dialogue n’est pas créatrice de confusion comme dans le débat ou la conversation « à bâtons rompus » superbe métaphore d’un  combat où personne ne gagne ! Pour illustrer la distinction entre le débat d’hier et le dialogue remontant au mois d’avril 2005 sur le thème de la paix, je vous renvoie au  compte-rendu de Vincent Renault qui animait le café ce soir-là. La richesse de son contenu est impressionnante.
  4. Enfin, j’assume l’entière responsabilité de ne pas répéter régulièrement (et donc d’oublier d’appliquer) les règles stratégiques de prudence dans le dialogue. Ne pas craindre les silences entre les interventions : c’est le moment de laisser pénétrer en nous le sens de la parole de l’autre, de se préparer à apporter son propre éclairage de la question sans souci d’enchaînement à la parole précédente, de laisser à ceux qui sont plus réservés dans l’expression verbale l’espace qui leur revient. La familiarité due à la multiplication de nos rencontres et à l’ambiance sympathique du café ne peut nous éloigner de ce contrat de citoyenneté. Je compte donc renouveler la présentation du concept du café à chaque fois qu’une nouvelle personne y participera ou que nos pulsions territoriales reprendront le dessus.

 

 

   Si vous avez des problèmes pour accéder à mon site, il s’agit souvent d’une question de  trafic sur le réseau. Ne vous découragez pas  et peut-être arriverez-vous à un moment propice où l’accès est immédiat, le soir le plus souvent. La consultation des archives vous montrera quels types de thèmes sont  les plus propices au cheminement personnel dans la réflexion. Je vous remercie de votre fidélité et vous dis à bientôt, j’espère. Bien à vous Chantal Destrooper

.

 

Hosted by www.Geocities.ws

1