Les groupes forts

 

Les groupes forts, nous dit un premier participant, ce sont les groupes qui, grâce à des pouvoirs divers (militaire, financier, religieux ou autres) ont acquis le plus de visibilité dans la société. Ils ne coïncident  pas automatiquement  avec la  majorité.

Cette introduction permet d’orienter la discussion sur 2 pistes : à  quels moyens recourent ces groupes pour assurer leur pouvoir ? Quelle est la contribution de la majorité à cette prise de pouvoir ?

 

I. Les moyens

 

  1. Le pouvoir de l’information est en relation directe avec la variété des medias et l’extension de leur « audimat ». Le public que ceux-ci visent le plus largement reçoit, parmi les témoignages existants sur l’actualité- qu’elle soit d’ordre politique, social ou culturel- une version sélective, orientée et interprétée ou « mise en forme », dans le sens que les groupes forts voudront bien lui donner. Il est évident que le financement des medias joue un rôle de premier ordre dans l’importance de leur impact respectif. Ceux qui arrivent à se rendre le plus audibles seront déterminants pour la manipulation de la mentalité collective. La connaissance de cette équation économique (pouvoir financier=vérité) pouvant nuire à la crédibilité des groupes forts, il s’agira toutefois de la justifier ou de la masquer
  2. Une justification utile est la nécessité du secret. Certaines informations ne seraient pas divulguées dans la mesure où leur connaissance pourrait nuire à la sécurité de la nation. Le classement de certains documents déclarés secrets est devenu routinier et assure aux groupes forts  l’impunité de leurs actions  « en faveur du bien commun. »

Une analogie est faite ici avec les familles où les groupes hiérarchiquement forts cultivent  l’initiation au secret pour les élus ou la menace de révélation pour les faibles. Or, les secrets de « polichinelle », qui ne sont jamais assez secrets, finissent toujours par éclater au grand jour et peuvent (dans le meilleur ou le pire des cas, selon le point de vue) aboutir à la dissolution définitive du groupe. Voir le film danois Festen où la fin du patriarche entraîne l’éclatement de la famille.

Le secret, qui est soit caché  soit partagé par un complice volontaire ou victime,  consolide donc d’une part une hiérarchie et une complicité antidémocratiques que les groupes forts, souvent minoritaires, ont besoin de cultiver dans la société.

Mais comme d’autre part le secret est un terrain friable qui ne résiste pas à l’érosion du temps, sa justification a besoin d’un masque plus honorable, d’un alibi.

  1. L’alibi.  C’est ici que l’alliance Eglise/Etat arrive à point nommé. La nature métaphysique de la foi religieuse, la variété d’émotions humaines, de désirs, de craintes qu’elle peut satisfaire sont des garanties de l’adhésion des masses. De même, en faisant de la Liberté pour tous, de la Disparition des classes, de la Démocratie des entités de caractère absolu, sans relation avec la vie organique de la société, on fixe le regard des masses sur l’avènement d’un monde meilleur plutôt que de leur faire prendre conscience, d’une part,  de la chute de tous les groupes forts se succédant dans l’histoire de l’homme et, d’autre part, de leurs propres  possibilités d’action face à l’avenir.

 

 

En conclusion, « les groupes forts » prennent le parti de trahir le contrat social au profit des « happy few » et la récurrence de guerres idéologiques, instiguées par des meneurs se targuant de connaître la fin de l’histoire et justifiant par cette fin  les moyens  dégradants et déshumanisants auxquels ils recourent, ignore et piétine les droits fondamentaux de l’homme comme celui de la poursuite du bonheur inclus dans la constitution des Etats-Unis.

Que faut-il donc penser de l’adhésion des masses à cette entreprise chimérique et inhumaine dont elles seront les premières victimes ?

 

 

II. La majorité silencieuse

 

 

 

1. L’apathie des individus sert d’assise à un pouvoir de type absolu. Les scandales, tortures et abus de toute sorte, révélés au grand jour,  ne mobilisent plus les foules lorsque l’individu renonce à sa conscience et  à sa volonté propres, lorsque son identité se définit seulement par son appartenance au groupe. Un participant fait remarquer que cette identification au groupe vient aisément à l’homme, les cultures traditionnelles l’ayant toujours privilégiée. L’idée d’un « soi » réflexif, né de la conscience de l’altérité absolue des sujets, est un phénomène relativement récent dans l’histoire de l’homme.

 

2 Cette apathie affecte tout d’abord la pensée. L’absence de curiosité et d’examen critique face aux « secrets » n’est pas seulement passif mais devient vite volonté d’ignorance et intolérance face à la moindre dissidence. Le monde simplifié et  manichéen qui en résulte n’est plus fait de sujets autonomes. Il faut reconnaître que la société peut compter sur  la complicité des individus dans cette démission de l’esprit et de la conscience car face à l’illusion que peut la raison ? « La raison a beau crier, elle ne peut mettre de prix aux choses » disait Pascal. Les mythes (le héros et le martyr, par exemple) séduisent bien plus que les faits et, à travers les medias, les groupes forts en tirent largement profit.

 

3. Reste la crainte pour en finir avec l’individu. Comme l’illusion, elle est entretenue systématiquement par les groupes forts soit à l’intérieur du groupe : menaces de perte d’emploi, de crédit dans la société, de liberté et même de vie, soit sous forme de Mal absolu d’autant plus menaçant qu’il est partout et nulle part. D’où les moyens surhumains (inhumains) utilisés par le pouvoir pour le combattre.

 

Conclusion : la plupart des groupes forts freinent l’évolution du  rapport maître/esclave, dominant/dominé  et font obstacle à l’émergence du sujet autonome et au respect dû à tous les sujets dans leur singularité. D’où la précarité du pari démocratique dans la vie politique.

 

 

 

Une nouvelle  intervention réoriente la discussion vers les individus charismatiques  exerçant un  pouvoir qui, loin d’être abusif, exerce une influence positive sur l’évolution  des rapports de fore dans la société.

Ce pouvoir spirituel ne cherche pas à s’affirmer par la force du groupe mais par l’harmonie et l’échange entre les individus qui le constituent.

Ainsi la spiritualité humaniste du Christ  (tendant l’autre joue à l’offenseur, pardonnant à la pécheresse, rejetant l’hypocrisie des pharisiens ou des commerçants, guérissant les malades,  renonçant au « royaume de ce monde »)  ne réside pas dans la force brute du nombre mais dans la sincérité de l’amour du prochain, à travers lequel la bonne nouvelle perdure : « A chaque fois que vous serez réunis en mon nom,  je serai parmi vous »

Ainsi encore, la recherche personnelle de l’artiste qui ne s’accroche ni à une école, ni à une mode pour assurer son succès plaidera en faveur de l’individu dans un monde ironiquement  déshumanisé par de grands desseins historique.

 L’art d’ailleurs apparaît parfois avec le plus de vigueur dans les milieux défavorisés qui, au-delà des nécessités qui les accablent, se réclament du droit de créer.

Les communautés qui naissent des mêmes valeurs  spirituelles partagées opèrent différemment que les groupes forts

On oppose l’information et la mobilisation venant d’en haut (L’Etat, les corporations, la Finance) à la communication et l’action venant d’en bas et répondant aux besoins spécifiques des communautés diverses.

 Les premières isolent sous l’apparence de l’union (globalisation), les autres unissent en diversifiant les  objectifs (universalisme).

 Quels que soient les régimes politiques en vigueur, le pouvoir par la domination doit faire face au pouvoir de la maîtrise de soi, de la créativité  et de la vie organique des sociétés se métamorphosant au rythme de chacun des individus qui les composent. Cette «  insociable sociabilité » de l’homme (Kant) pourrait bien être ce qui assure sa survie.

 

 

 

 

 

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