Les groupes forts
Les groupes
forts, nous dit un premier participant, ce sont les groupes qui, grâce à des
pouvoirs divers (militaire, financier, religieux ou autres) ont acquis le
plus de visibilité dans la société. Ils ne coïncident pas automatiquement avec la
majorité.
Cette
introduction permet d’orienter la discussion sur 2 pistes : à quels moyens recourent ces groupes pour
assurer leur pouvoir ? Quelle est la contribution de la majorité à cette
prise de pouvoir ?
I. Les moyens
Une analogie est faite ici avec les familles où les groupes
hiérarchiquement forts cultivent
l’initiation au secret pour les élus ou la menace de révélation pour les
faibles. Or, les secrets de « polichinelle », qui ne sont jamais
assez secrets, finissent toujours par éclater au grand jour et peuvent (dans le
meilleur ou le pire des cas, selon le point de vue) aboutir à la dissolution
définitive du groupe. Voir le film danois Festen où la fin du patriarche entraîne l’éclatement de la famille.
Le secret, qui est soit caché soit
partagé par un complice volontaire ou victime,
consolide donc d’une part une hiérarchie et une complicité antidémocratiques
que les groupes forts, souvent minoritaires, ont besoin de cultiver dans la
société.
Mais comme d’autre part le secret est un terrain friable qui ne résiste pas
à l’érosion du temps, sa justification a besoin d’un masque plus honorable,
d’un alibi.
En conclusion,
« les groupes forts » prennent le parti de trahir le contrat social
au profit des « happy few » et la récurrence de guerres idéologiques,
instiguées par des meneurs se targuant de connaître la fin de l’histoire et
justifiant par cette fin les moyens dégradants et déshumanisants auxquels ils
recourent, ignore et piétine les droits fondamentaux de l’homme comme celui de
la poursuite du bonheur inclus dans la constitution des Etats-Unis.
Que faut-il donc
penser de l’adhésion des masses à cette entreprise chimérique et inhumaine dont
elles seront les premières victimes ?
II. La majorité silencieuse
1. L’apathie des individus sert d’assise à un pouvoir de type
absolu. Les scandales, tortures et abus de toute sorte, révélés au grand jour, ne mobilisent plus les foules lorsque
l’individu renonce à sa conscience et à
sa volonté propres, lorsque son identité se définit seulement par son
appartenance au groupe. Un participant fait remarquer que cette identification
au groupe vient aisément à l’homme, les cultures traditionnelles l’ayant
toujours privilégiée. L’idée d’un « soi » réflexif, né de la
conscience de l’altérité absolue des sujets, est un phénomène relativement
récent dans l’histoire de l’homme.
2 Cette apathie affecte tout d’abord la pensée. L’absence de curiosité et
d’examen critique face aux « secrets » n’est pas seulement passif
mais devient vite volonté d’ignorance et
intolérance face à la moindre dissidence. Le monde simplifié et manichéen qui en résulte
n’est plus fait de sujets autonomes. Il faut reconnaître que la société peut
compter sur la complicité des individus
dans cette démission de l’esprit et de la conscience car face à l’illusion que peut la raison ?
« La raison a beau crier, elle ne peut mettre de prix aux choses »
disait Pascal. Les mythes (le héros et le martyr, par exemple) séduisent bien
plus que les faits et, à travers les medias, les groupes forts en tirent
largement profit.
3. Reste la crainte pour en
finir avec l’individu. Comme l’illusion, elle est entretenue systématiquement
par les groupes forts soit à l’intérieur du groupe : menaces de perte
d’emploi, de crédit dans la société, de liberté et même de vie, soit sous forme
de Mal absolu d’autant plus menaçant qu’il est partout et nulle part. D’où les
moyens surhumains (inhumains) utilisés par le pouvoir pour le combattre.
Conclusion :
la plupart des groupes forts freinent l’évolution du rapport maître/esclave, dominant/dominé et font obstacle à l’émergence du sujet
autonome et au respect dû à tous les sujets dans leur singularité. D’où la
précarité du pari démocratique dans la vie politique.
Une nouvelle intervention réoriente la discussion vers les
individus charismatiques exerçant un
pouvoir qui, loin d’être abusif, exerce une influence positive sur l’évolution des rapports de fore dans la société.
Ce pouvoir spirituel
ne cherche pas à s’affirmer par la force du groupe mais par l’harmonie et
l’échange entre les individus qui le constituent.
Ainsi la spiritualité humaniste du Christ (tendant l’autre joue à l’offenseur, pardonnant
à la pécheresse, rejetant l’hypocrisie des pharisiens ou des commerçants,
guérissant les malades, renonçant au
« royaume de ce monde ») ne
réside pas dans la force brute du nombre mais dans la sincérité de l’amour du
prochain, à travers lequel la bonne nouvelle perdure : « A chaque fois
que vous serez réunis en mon nom, je
serai parmi vous »
Ainsi encore, la recherche personnelle de l’artiste
qui ne s’accroche ni à une école, ni à une mode pour assurer son succès
plaidera en faveur de l’individu dans un monde ironiquement déshumanisé par de grands desseins historique.
L’art d’ailleurs apparaît parfois avec le plus
de vigueur dans les milieux défavorisés qui, au-delà des nécessités qui les
accablent, se réclament du droit de créer.
Les communautés qui naissent des mêmes valeurs spirituelles partagées opèrent différemment
que les groupes forts
On oppose
l’information et la mobilisation venant d’en haut (L’Etat, les corporations, la
Finance) à la communication et l’action venant d’en bas et répondant aux besoins
spécifiques des communautés diverses.
Les premières isolent sous l’apparence de l’union
(globalisation), les autres unissent en diversifiant les objectifs (universalisme).
Quels que soient les régimes politiques en
vigueur, le pouvoir par la domination doit faire face au pouvoir de la maîtrise
de soi, de la créativité et de la vie
organique des sociétés se métamorphosant au rythme de chacun des individus qui
les composent. Cette « insociable sociabilité » de l’homme
(Kant) pourrait bien être ce qui assure sa survie.