Une réticence accueille le
thème de la foi chez certains participants qui professent ne pas avoir la “Foi”.
Mais le dialogue s’amorce lorsqu’une participante parle de “sa foi”: un
certain respect devant le mystère de la vie, une certaine conviction de ne
pouvoir contrôler celle-ci mais d’être menée par une force supérieure, une
certaine confiance ( à ne pas confondre avec une démission de la responsabilité
propre!)…
.On remarque que Dieu,
objet de la foi, est parfois relayé par l’Amour( de l’humanité, d’un
objet de passion) ou par un autre Idéal,
présentés comme absolus. Cette substitution possible nous permet de déduire
qu’il s’agit moins d’objets inspirant la foi que d’un sujet l’éprouvant. Une
participante suggère que la foi est création du désir. Celui-ci pouvant
être aussi bien Eros que Thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort, on
comprend mieux comment la foi peut mener au meilleur et au pire, à l’amour et au pardon comme à la haine et à la guerre
sans merci.
Reste à examiner pourquoi
l’être humain ne saurait se passer de foi. Si sa nature désirante
explique la naissance d’illusions,
représentations créées par le désir, sa nature sociale le pousse à
partager ses illusions avec ses semblables, à passer donc à l’illusion
partagée, à la foi. Ainsi la foi n’est pas simplement synonyme d’espoir
mais tendance à prendre ses désirs pour des réalités, reconnues et légitimisées
par l’adhésion d’autrui et par des actes.
En examinant le discours
scientifique qui, à première vue, semble s’opposer radicalement au discours
de la foi, on remarquera qu’une foi quasi-inébranlable l’étaye: foi dans
la raison de l’homme, dans la réalité
“objective”, dans le déterminisme, dans
le langage mathématique, dans le
consensus, dans le progrès (cette
dernière croyance est primordiale en
technologie). Si l’émotion, l’irrationnel, l’illusion et donc l’imagination
semblent pousser les gens à la croyance
c’est l’exigence d’un consensus social qui les incite à confondre
valeur et vérité. La science elle-même, parce qu’elle systématise la
démarche déductive ou inductive qui
valide ses prémisses, a la tendance totalitariste de prendre
la vérité rationnelle comme valeur de toutes les valeurs. On remarquera
d’ailleurs qu’au XXe siècle, le discours scientifique tempère cette foi dans la
science et revient sur certains de ses mythes.
On parle du nouvel esprit scientifique et le savant devient un
chercheur..
L’abdication de la
responsabilité personnelle semble
être la ligne de démarcation entre l’optimisme, ni justifié, ni justifiable,
d’une croyance aveugle qui demande à
l’individu de renoncer à son esprit critique pour s’engager au service de la
Foi (alliée directement ou indirectement au Pouvoir) d’une part et, de
l’autre, la croyance individuelle, ni institutionnalisée ni solidaire du
Pouvoir ou de la majorité silencieuse, qui soutient l’être humain dans sa quête
existentielle. Née d’expériences personnelles ou parfois d’une épiphanie, cette
foi donne un sens à la vie de celui qui, pour l’éprouver, n’a besoin ni de preuves, ni de l’autorité des
textes sacrés ou des grands-prêtres. Pour persister dans cette foi personnelle,
on constate toutefois que certains
tempéraments, plus idéalistes peut-être, préfèrent lui donner une dimension
verticale (lien avec une entité supérieure, métaphysique: “l’Être”) tandis que d’autres se contentent d’un lien
horizontal, avec leurs semblables, avec tous les êtres vivants, avec la nature. Il s’agit dans l’un et dans l’autre
cas d’un dépassement éthique où la personne s’engage en son nom propre.
Au sein même des Églises
(institutions sociales) le même clivage se présente à travers l’histoire ,
entre les assemblées soutenant le pouvoir en place et les communautés de
personnes qui, au risque d’ être accusées de dissidence, mettent en pratique
les grands principes d’amour et de
justice, repérables dans toute religion
“L’homme n‘est ni ange ni
bête et le malheur veut que celui qui fait l’ange, fait la bête” PASCAL (mathématicien,
croyant et poète)