Qu’est-ce qu’éduquer ?

 

 

 

Instruire et éduquer

Trois enseignantes parlent de leur expérience :

«Eduquer c’est  ouvrir des fenêtres, de nouveaux horizons et possibilités », dans ce sens le verbe prend le sens d’édifier=élever.

« Ouvrir portes et fenêtres mais encore proposer un modèle qu’on engage à ne pas suivre », nouveau  lien avec « édifier » dans le sens de donner l’exemple.

La  troisième personne qui  enseigne le piano invite ses élèves  à l’improvisation : une première improvisation, suivie d’une autre et peut-être d’autres encore. Entrent en jeu  ici la sélection, le discernement dans l’acheminement vers l’objectif qu’on se pose. Troisième rappel du verbe édifier mais  dans le sens de construire. Une réflexion sur les techniques et  modèles utilisés en vue d’atteindre son objectif permet à l’élève d’explorer de son côté et de  créer ses propres outils.

 Comme on voit s’élargir le champ sémantique du verbe enseigner, on constate que s’il y a un lien entre l’instruction et l’éducation, le second terme est d’application plus étendue. En effet éduquer est une action transitive où trois éléments entrent en jeu : le sujet (l’éducateur), l’objet (l’élève, le disciple, etc.) et le monde. Lorsqu’il s’agit d’in-struire, on peut transmettre à l’élève, à partir d’une vision du monde déterminée dans le temps et l’espace, des connaissances et techniques jugées utiles à sa survie comme à sa vie en société. Le mouvement part du monde vers l’élève à l’inverse de la démarche socratique (la maïeutique inspirée par sa mère, sage-femme de  métier) qui se propose d’ « accoucher les esprits ». L’objet regagne ici sa valeur de sujet : son potentiel inné est considéré comme point de départ  de l’éducation, comme en témoigne l’étymologie du verbe éduquer (latin : e-ducere : faire sortir, conduire hors de).

On comprend vite qu’instruction et éducation ont un lien indissociable et que l’éducation est globalement une construction (cum : avec, ensemble) qui sera d’autant plus harmonieuse que les trois éléments y seront représentés équitablement.

 

Arme à double tranchant

 

Le lien sémantique  du verbe « éduquer » avec « élever » peut  nous donner à tort une vision idéaliste de cette démarche fortement institutionnalisée dans nos sociétés modernes. On cite les mises en garde de deux auteurs anonymes « J’ai été éduqué à mort »et « J’ai survécu à mon éducation ».

 N’oublions pas que c’est le pouvoir en place qui détermine le choix des objectifs et des techniques d’un système d’éducation donné. Une définition préalable des buts et des moyens pour les atteindre, une formation réduite à une information/déformation, une discipline enrayant le libre examen et l’esprit critique, un refus de reconnaître les erreurs du passé et de l’histoire sont des prises de position diamétralement opposées à l’épanouissement de l’autonomie et de la solidarité parmi les hommes.

On en voit les retombées linguistiques dans des expressions telles que «  un homme éduqué, bien ou mal éduqué, qui a  de l’éducation ou qui n’en a pas », toutes expressions d’appartenance à une classe sociale.

 

 

 

Qui éduque ?

Trois observations mènent à cette question.

On éduque par les actes autant sinon  plus que par les paroles.

En France, le ministère de l’instruction publique a été rebaptisé « ministère de l’Education ».

Ne peut-on s’éduquer soi-même ?

Il est indéniable que dès la plus petite enfance les modèles de comportement foisonnent et que les actes d’autrui sont copiés et intégrés, pour le meilleur ou pour le pire, dans le psychisme inconscient. Peut-on en déduire qu’éduquer exige une prise de conscience et un projet rationnel qui inspirent et dirigent  les éducateurs dans leur tâche ? Ainsi les mentors, guides et sages ont toujours assumé ce rôle en dehors de la famille ou des préposés officiels. Au cours du temps, un corps d’enseignants professionnels a dû être formé pour suivre le rythme du développement des besoins, des connaissances et des techniques de la société mais l’éducation au sens large ne leur incombait pas pour autant.

L’apparition des gouvernements démocratiques a rendu plus sensible le lien entre instruction et éducation d’abord en accordant à tous le droit à l’instruction publique, ce qui devait atténuer les différences sociales et rendre plus égales les chances de « réussir dans la vie », ensuite en confiant aux mêmes enseignants l’éducation des élèves, moyen de suppléer  aux défaillances de la famille et du milieu, et d’égaliser ainsi les chances de « réussir sa vie ».

C’est ici que l’éducation de soi par soi devient plus ou moins possible.  Modèles d’inspiration ou de répression, de libération ou de soumission servile, de courage ou de lâcheté, d’honnêteté ou de fraude, tous auront un impact sur la disposition de l’individu à s’ouvrir ou non à sa propre expérience, à se fier à sa propre capacité de réflexion. Pour certains il s’agira, après une prise de conscience (rencontre inattendue, crise existentielle, épreuves) de désapprendre, de faire table rase avant d’être capable de chercher ses propres objectifs et outils. Pour d’autres, de dépasser les prisons de l’admiration béate ou de l’envie, des peurs qui paralysent Pour tous de s’engager dans le dialogue avec le monde et autrui, au-delà des limites de sa socio-culture. Le  véritable succès de l’éducation est celui de motiver une personne à une éducation permanente, à la création de soi par soi (Michel Foucault).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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