Le droit de tuer

 

 

   Les termes variés utilisés par les medias pour justifier ou incriminer le même acte de tuer dans des circonstances différentes soulève la question suivante: s’agit-il d’orienter l’opinion publique d’après des partis pris politiques, économiques ou autres ou y aurait-il un droit de tuer?

 

1.-En termes de légalité et de morale, le droit de tuer existe sous des formes variant d’après les types de gouvernement et de socio-cultures ce qui peut mener à des contradictions internes dans un même système où guerre et peine de mort coexistent avec l’interdiction de l’avortement et de l’euthanasie. Seul le pouvoir a le droit de tuer et d’imposer à l’individu le devoir de tuer (exécutions, guerres) : force fait loi..

 

2.-En termes de légitimité et d’éthique,  le droit de tuer ne se justifie pas .

      La pulsion instinctive de tuer ( pour défendre son territoire, assurer sa dominance, éliminer la compétition) est souvent invoquée comme une loi naturelle . Cet alibi  ne correspond pas toutefois à une loi générale: il y a d’autres comportements de survie (la fuite, le combat, l’appel au secours) dans la nature.

     C’est à force de conditionnement et d’entraînement que les hommes croient avoir le droit de tuer: On cite l’exemple des soldats qui doivent être conditionnés à visualiser des cibles humaines lors de leur entraînement pour être efficaces au moment de l’action lorsque l’instinct de solidarité de l’espèce risque de l’emporter sur l’instinct de tuer.

 Le film Apocalypse now  par ailleurs montre combien les progrès techniques ont réussi à aseptiser l’acte de tuer en séparant l’agent des conséquences de ses actes,  faisant obstacle ainsi à toute prise de conscience de l’horreur de la tuerie.

Tous les autres moyens mis en oeuvre par la société (culte du héros, code d’honneur, lavage de cerveau idéologique) témoignent de la nécessité d’un entraînement à la tuerie.

     La légitime défense invoquée comme raison sera reconnue par le droit puisqu’il s’agit d’un acte instinctif où la responsabilité de l’agent n’est pas mise en cause. Pourtant, si la mort qui survient est ”accidentelle”  (celle de la victime, de l’assaillant ou des deux) , le  libre port d’armes, les préjugés,  une culture de la violence préparent souvent à long terme cette issue. Cela ramène la question   à d es origines plus lointaines: “Qui voudrait donc me tuer et pourquoi?”

En remontant la filière, on trouvera sans doute que l’assaillant a des motifs pour exercer ce qu’il croit être son droit de légitime défense (injustices sociales, abus de pouvoir, refus de l’esclavage, violence domestique etc)

 

3.-En termes de société

Les pratiques qui dans les sociétés anciennes  étaient destinées à circonscrire ou à exorciser la violence (bouc émissaire, recherche de parenté  entre ennemis potentiels) sont interprétées comme des coutumes barbares par des sociétés évoluées qui laissent peu ou pas de place au pardon, à la réparation des fautes (voir l’univers carcélaire).

On cite l’influence de la philosophie bouddhiste sur la mentalité orientale plus encline au pardon ( les Japonais incarcérés lors de la deuxième guerre mondiale se sont réintégrés à la société américaine; l’accueil des Américains au Vietnam semble témoigner d’une absence d’hostilité.)

 

4.-En termes de démocratie,  le droit de tuer équivaut à un constat d’ échec.

   La peine de mort qui subsite dans certains pays démocratiques affecte, d’après les statistiques, presque exclusivement la population la plus défavorisée au départ confirmant ainsi l’existence d’inégalités infranchissables.        

   La guerre, même “juste” en apparence, n’est souvent que la conséquence d’une obstination dans l’aveuglement  , d’une persistance des préjugés, du refus répété du dialogue et des négociations  politiques.

Les pratiques proprement démocratiques: la libre expression (s’opposant à l’information filtrée des medias), la manifestation de la volonté du peuple (contrairement à sa voix autorisée par le système électoral établi), la résistance pacifique, la désobéissance civile ont encore peu de poids  et aboutissent trop souvent au  sacrifice de leurs défenseurs sur l’autel du grand Léviathan.

   

 

Hosted by www.Geocities.ws

1