Le destin

 

Deux œuvres littéraires ont été citées (un essai et une autobiographie), susceptibles d’alimenter la réflexion.

Il s’agit d’ « Identités meurtrières » d’Amin Maalouf et de « The opposite of fate »d’Amy Tan.

Qu’est-ce que le destin ?Forces métaphysiques ou physiques, nationalité, religion, famille, capital génétique, conditions socio-économiques, climat politique, situation historique, déterminisme et conditionnement prédestinent-ils l’être humain sans recours ?

« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. », dit Amin Maalouf. Et le récit autobiographique d’Amy Tan qui inclut les nombreux aspects d’une existence humaine dans toute sa complexité confirme ce point de vue.

Si la condition humaine peut être considérée comme notre « destin », serait-ce dans le jeu imprévisible des métamorphoses que l’individu parvient à s’affirmer, à construire sa « destinée » ? Car si le dictionnaire fait de « destin »et de « destinée » des synonymes, les connotations (le destin l’a voulu ; une « glorieuse »destinée) permettent de voir la destinée comme le contenu qui remplira le destin tout comme la journée  correspondrait  pour chacun aux différentes expériences dont le même jour peut être rempli. Dans le désordre qui rompt le rapport  absolu  entre cause et effet se jouent sans doute la liberté, la responsabilité, la possibilité de choix de l’homme.

Destin que l’on subit  et destinée qui se construit semblaient être intimement associés dans la conscience  des participants parlant de leur vécu :

-passion de l’artiste qui semble le diriger inéluctablement vers sa profession

-destin de la jeune fille marginalisée par des circonstances qu’elle-même ne peut comprendre

-destin historique de celle qui, née d’une famille nombreuse en pleine guerre, a dû  aider à ravitailler ses frères et sœurs.

Ce départ non voulu et subi passivement entraîne plus tard des choix où la personnalité s’affirme dans un sens pas toujours prévisible. Si telle choisit d’être auteur à 12 ans et tel autre ne peut s’empêcher de capter la beauté du monde en peinture il y en a bien d’autres qui vivront comme un sort le fait de devoir renoncer à leur passion pour des raisons diverses. (nécessité économique, influences familiales etc)

La projection sur l’avenir « Je ne comprends pas maintenant mais à 40 ans les pièces du puzzle trouveront leur place et tout aura un sens » réussit  à motiver une « paumée » que le destin aurait pu abattre.

L’interprétation d’une responsabilité précoce comme « destination »ou direction  à poursuivre est également un choix parmi d’autres.

Chez certaines personnes qui ont la foi, cette décision prend parfois la forme d’une épiphanie, rencontre ou révélation déterminante, conversion subite, alors que chez d’autres il s’agit d’une émergence progressive de la conscience  de soi et de ses possibilités de choix.

La complexité des facteurs influençant une destinée est telle qu’elle peut déjouer la rigidité du destin. Ces facteurs variables à l’infini  (nature, culture, biens matériels, rencontres, mémoire et imaginaire etc) permettent à la conscience de devenir acteur dans un rôle qu’elle n’a ni choisi ni préparé mais qu’elle peut jouer de telle façon qu’elle en arrive à  modifier le dénouement de la pièce. Delà l’insistance d’ Epictète invitant l’homme à  s’occuper de sa conscience ( de ses propres représentations : «  ce qui dépend de nous »), et à se désintéresser des circonstances extérieures (rang, richesses, réputation : « ce qui ne dépend pas de nous ») que l’on impute au destin. Sagesse de l’esclave dont la vie fut une belle conquête de la seule liberté durable.

 

 

 

 

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