La croyance
(animation et compte-rendu de Vincent Renault)
La croyance semble l’ennemie des philosophes. Car
croire est affirmer sans savoir. On croit non parce qu’on estime vrai, sont-ils nombreux à
dire ; on croit parce qu’on trouve plaisir à ce que l’on croit.
Nous entendons
bien les sceptiques nous appeler à dire « je crois » plutôt que
« je sais ». Ce n’est pas cependant éloge de la croyance, mais plutôt
exigence d’humilité : nous n’avons encore que la croyance, qui est toujours le moindre.
Et cependant –
partons de là – nous devons croire, car nous devons vivre, c’est-à-dire agir,
et nous ne pouvons agir sans croire. Les croyances sont en tout point, comme
cette croyance que d’abord nous ne voyons pas comme telle, mais dont Hume nous
rappelle qu’elle est telle : la croyance qu’existent ces choses que je vois, touche et entends.
Nous devons
croire, mais selon quelles règles faut-il accepter de croire ?
Foi signifie
confiance. Cette confiance appela toujours justification, que les miracles des
prophètes entendent donner. Certes, nous ne pouvons toujours vérifier, et c’est pourquoi nous devons
croire. Mais entre l’idée que nous ne pouvons pas toujours vérifier et
démontrer, et que donc nous devons croire, et l’idée que nous n’avons pas le
pouvoir de contrôler notre croyance, il faut distinguer.
Je lis le
journal. Je crois ce que le journaliste a écrit. Je ne peux aller voir
moi-même. Mais je peux en moi-même aller voir quelles sont les raisons que j’ai de croire ce que je lis
dans ce journal-là. La nécessité de croire ne doit pas être confondue avec la
nécessité de renoncer à juger des raisons de croire, de faire confiance. La
croyance n’est pas la crédulité. Confiance, oui, mais confiance justifiée.
Confiance, c’est-à-dire confiance justifiée.
« C’est prouvé
scientifiquement », ne se lassent de dire certains de nos contemporains,
ignorants, surtout, de la différence entre preuve et adhésion aveugle. Le monde
d’aujourd’hui, au savoir fragmenté, exige de nous plus encore de ce juste
milieu : s’interroger sur les raisons de croire, lorsqu’on ne peut
chercher les raisons de la vérité de ce qu’on me prie de croire.
Et nous sommes
encore au cœur de la chose politique : nous devons choisir sans bien
savoir, bref, nous devons croire beaucoup, ce qui désigne la vocation du
citoyen de maintenant : porter un regard attentif aux raisons de croire.
Car il ne saurait s’agir d’abandonner le contrôle. Jamais peut-être n’a-t-il
été plus nécessaire de se garder de cet abandon. Pourquoi croire ?
Précisons. Non pas : pourquoi croire cela ?
(Ce qui est bien nécessaire aussi, quand c’est possible.) Mais surtout :
pourquoi croire celui-ci, qui me dit
« crois-moi » ?
Cette question ne doit pas nous lâcher, en
ces temps où l’information pleut (Internet), et où plus qu’autrefois, il faut
être sensible au fait que les mots de l’erreur sont ceux aussi du vocabulaire
de la vérité.