La confiance.

 

Confiance en l’autre et confiance en soi :c’est sous cet aspect interpersonnel que le concept est abordé. La dépendance  quasi-absolue d’un enfant en bas âge face à son environnement  et aux gens qui l’élèvent fonde sans doute la confiance qu’il pourra ou non accorder aux autres, reflet de l’image que les autres lui ont donnée de lui-même. L’enchaînement d’expériences renforçant ou non l’expérience première marquera  le cheminement personnel d’un chacun. L’absence totale de confiance en soi tout comme la surestimation de soi  répètent un schéma inconscient intégré dans l’enfance auquel s’ajoute une confusion sur les motifs de la confiance. On croit pouvoir l’accorder à ce qui est rassurant parce que familier : la famille, les institutions, l’autorité alors qu’une certaine méfiance face à ces juges s’impose pour fonder la confiance sur des motifs liés à une connaissance personnelle et empirique de soi et des autres. La solitude est-elle le lieu de cet apprentissage ? Paradoxe puisqu’il s’agit de la  réciprocité des relations humaines.

 

Le couple, les amitiés : l’amitié permet-elle plus que le couple  cette évolution dans la connaissance ? Il semblerait plus facile de se confier,  même sur des questions très intimes,  à un(e) ami(e) , souvent du même sexe. Est-ce parce qu’au départ sont exclues certaines dépendances physiques, sexuelles, financières, domestiques ? D’où des attentes moins nombreuses du côté des performances et une communion réservée à des échanges  privilégiés. Les amitiés de longue date, entretenues à distance,  sont-elles en partie mythiques dans la mesure où elles prolongeraient dans le temps  une situation passée?   Le danger de ces souvenirs  réside en ce qu’ils peuvent former écran, par des  comparaisons défavorables, à la création de nouveaux liens et replier l’homme sur lui-même, alors que la richesse des amitiés vécues devrait étayer la prolongation d’une confiance possible et nourrir l’énergie psychique nécessaire pour s’ouvrir  à autrui.

 

Quant au lien entre l’attente et la confiance, on constate que, par intuition et expérience, on apprend à ajuster ses attentes aux individus, aux circonstances, aux réponses prévisibles et même imprévisibles. Ainsi, en temps de guerre, certains  résistants s’abstenaient de mettre leurs proches au courant de leurs activités, à la fois pour les protéger et se protéger sachant que les effets de la torture et de la peur sont imprévisibles. De même, on ne peut attendre d’un partenaire sexuel ocasionnel qu’il vous garantisse de toute maladie transmissible sans préservatifs.  Il y a donc des degrés et des niveaux de confiance où la connaissance exige un ajustement  raisonnable des attentes à la situation : lorsqu’un couple se forme, un  test  médical des deux partenaires fondera plus efficacement la confiance que des serments.

 

Confiance et vulnérabilité. Dans le monde humain de l’interdépendance , la confiance  comme présupposé des relations est sans doute indispensable.  Comme toute illusion , elle est vitale. Toutefois, comme toute illusion, elle peut être nocive, si elle n’est que régression à un stade infantile de dépendance. Une confiance aveugle et sans discernement sera le chemin le plus sûr vers les abus et la déception  tout comme une méfiance aveugle peut priver  l’individu des expériences humaines les plus enrichissantes. La vulnérabilité qu’on expose en toute confiance, le sentiment de pouvoir être soi-même en présence de l’autre,  sans crainte d’abus ou de représailles,  est un joyau rare que la vie offre gratuitement  parfois et qu’on recherchera ensuite par essai et erreur. Lorsque le bilan est positif, « faire » confiance  évolue en  «  être » confiant : on sait qu’ au-delà des faiblesses, négligences ou trahisons (les siennes comme celles des autres), on se retrouvera, capable encore de s’ouvrir à l’autre, d’aimer et d’être heureux.

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