L’amour
Pour aborder ce vaste sujet un plan est
proposé qui, après une définition du
mot, opérerait par un classement des différentes manifestations de l’amour,
groupées en deux grandes catégories sous a) l’amour spirituel b) l’amour
sexuel.
La définition précédant le tour de table
des participants pose quelque problème que la dialectique de Platon avait évité dans Le Banquet en laissant d’abord intervenir les convives parlant de
leur expérience de l’amour pour essayer d’arriver à la fin du colloque à l’Idée
même de l’amour.
Le classement énumère les variantes des
manifestations de l’amour : à savoir, dans la catégorie de l’amour spirituel :
l’amour divin, l’amour familial, l’amour social, l’amour de l’humanité, l’amour
des sciences (ou de la vérité), l’amour de l’art (ou de la beauté). Dans la
catégorie de l’amour sexuel : l’amour du couple et l’auto-érotisme.
Ce classement a
soulevé les questions suivantes :
1. Où / comment
placer une limite entre l’amour sexuel (ou physique, sensuel dans une acception
plus large ?) et l’amour spirituel (sentimental, intellectuel,
métaphysique, mystique ?) Comment définir la passion ?
2. Quel est le
rapport amour/haine ? (égoïsme/altruïsme)
3. La source de
l’amour se situe-t-elle en l’homme ou en dehors de lui ?
4. En corollaire
à la question 3 : l’amour est-il un rapport exclusivement réservé aux
humains ?
1. La dialectique
ascendante de Platon :
l’ascension vers la forme la plus épurée de l’amour (que l’âme aurait
connue avant de s’incarner dans le corps), se fait au moyen d’expériences
diverses de l’amour , d’ordre aussi bien sensuel, que sexuel , moral ou intellectuel.
L’amour « platonicien » but de cette ascension d’après Platon, ne
doit pas être confondu avec l’amour « platonique » qui désigne dans
le langage courant tout amour excluant la relation physique.
On voit donc que
même chez Platon qui a la réputation d’idéaliser l’amour, la frontière entre
l’amour physique, dans le monde des apparences, et l’ Amour spirituel ,dans le
monde des Idées , est indiscernable si l’un doit mener à l’autre et vice-versa
(dialectique descendante).
La passion illustre cette manifestation de
l’amour aussi bien érotique que sentimental et spirituel . Remarquons
qu’elle se situe en dehors des formes sociales de l’amour : le mariage et
la famille, comme en témoignent les romans de chevalerie du Moyen Age et tous
les grands romans passionnels comme Anna
Karénine de Tolstoï pour n’en citer qu’un.
La passion par ses effets à la fois libérateurs et dévastateurs dénonce
l’ambiguïté de ses origines.
2. D’où il
devient plus aisé d’aborder la 2e question.
L’enfant dans
son « innocence » peut
manifester toutes les formes de l’amour, innées ou apprises : intérêt
motivé par le besoin physique et
affectif , copie et identification,
manipulation par la
sensualité, la flatterie, la
séduction, désintéressement , sacrifice
et adhésion inconditionnelle, possessivité, cruauté et exclusion, haine,
trahison et vengeance etc.
Comme le dit Platon, dans le Banquet, par la bouche de Socrate qui
lui-même cite les paroles d’une femme nommée Diotime, : « Eros est fils de Penia (pauvreté, dénuement,
pénurie, manque) et de Poros (plénitude,
abondance, ressource) » C’est donc à travers les souffrances, les imperfections,
les tortures , les sentiments décrétés souvent « inhumains ou contre nature » par
la société que notre vision de l’amour peut évoluer. Cette épuration de notre
vision peut nous mener à une dialectique
descendante nous rendant capables de nous ouvrir malgé
tout à de nouvelles expériences, encouragés par notre foi en une source
intarissable d’amour, de vérité, de beauté, de perfection. Cette foi doit nous
permettre de manifester notre vision, de
passer à l’acte , de lâcher
prise. en nous pardonnant à nous-mêmes comme aux autres, de renoncer à nos
préjugés, à la reconnaissance sociale s’il le faut, sacrifices que l’amour illumine comme les
chefs-d’œuvre de l’artiste.
3.Cette foi à qui
,à quoi fait-elle référence ?
.
Dieu (l’Être suprême) peut symboliser la
source de cette grâce qui se répand sur
nos pensées et nos actes, cette force infusée dans les moments de doute et de
désespoir.
Cette vision
métaphysique idéaliste ne devrait pas
exclure pour autant la participation active de l’homme ni méconnaître la
force de son désir.Les religions qui ont essayé de juguler le désir ou
d’implanter comme certitudes les articles d’une foi simpliste et unique se sont retournées contre la vie elle-même.
C’est ici que le
mystère de l’amour s’élargit Le bouddhisme et
Saint François d’Assise ont inclus le monde animal et végétal dans
l’amour universel tout comme les artistes et les chercheurs
« embrassent » l’univers et le
cosmos, y incluant les sociétés humaines et leurs créations, poussés par des motivations de survie sans
doute mais allant jusqu’au désintéressement le plus total , prophètes des temps
à venir, phares illuminant la vision des hommes d’une fugutive éternité.
Un ceratin
détachement de l’objet aimé, une curiosité, un intérêt sans exigence de
réciprocité anime cet amour libéré des liens immédiats du besoin.
4. Pour en
arriver à la 4e question,
l’on pêche sans doute inévitablement par anthropomorphisme en attribuant
aux animaux ou encore aux plantes des manifestations ou motivations d’amour.
Qu’il y ait toutefois de vastes réseaux de communication dans le monde animé ,
des forces d’énergie mobiles dans la nature, des systèmes écologiques que la
science commence à déchiffrer ne peut que susciter émerveillement ou vertige
comme le dirait Pascal pour qui « l’imagination se lassera plus tôt de
concevoir que la nature de fournir » .Quelle est la place de l’homme dans
cet infini qui provoque l’effroi ? Sa conscience lui imposant
d’être « témoin »de ce qu’íl n’a pas créé, peut-il ou doit-il aimer ce dont il prend
conscience ?
Incapable d’indifférence,
doit-il opter pour un amour toujours imparfait ? L’amour, toujours d’après
Platon , est « philosophe » : ni sot car il sait qu’il lui
manque quelque chose, ni savant car il ne sait pas exactement quoi , il se met
en route et ne cesse de chercher.