Je
ne ressens rien pour toi.
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« Tu m’as cru amoureuse ? Mais tu es fou !
Qui puis-je aimer à part moi-même ? Je suis la seule qui ne me trahira pas… Tu paieras pour le
premier et pour ceux qui ont suivis. Comment cela, toi, tu ne m’as rien fait ? Chaque
soir, tu me touchais, souillais ma peau de tes mains, laissais des traînées
visqueuses de tes lèvres. Je sentais ton souffle dans mon cou, un souffle de
forge, tu haletais en sueur… Et je sentais mon âme se révulser. Maintenant vas ! Je suis lasse de te voir… Tu es encore là ? Tu ne veux donc pas partir. Tu tiens
tant que cela à souffrir ? Tu ne veux pas me croire, tu crois que tout
cela n’est que comédie… Tu as tort. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Je n’ai jamais rien ressenti pour personne. Ou alors il y a
une éternité… Je suis morte, comprend moi. Il m’a tué le jour où il est
parti. Je l’aimais, je l’aimais à en mourir et c’est ce que j’ai
fait. Je lui ai tout donné : ma vie, mon innocence, mon honneur. J’étais
une fille bien avant. Et puis je l’ai aimé. Maintenant, je n’ai plus rien, ni
vie, ni innocence, ni honneur ; une simple coquille vide sans âme… et
sans états d’âme. Alors tu pourras continuer à pleurer comme cela devant moi
et me supplier, ça ne changera rien. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Le premier soir, il m’a dénudée, j’étais tremblante, il m’a
rassurée. Il m’a enlacé et nos corps se sont unis. Communion de deux êtres.
Sa peau contre la mienne, son odeur, ses mains, je les sens encore. Je
pensais qu’on ne pouvait donner autant de plaisir que si l’on aime. Je me
trompais. Tu te trompais. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Pars !! Mais qu’attends-tu donc ? Tu crois que
parce que tu m’as prise, tu me possèdes ? On ne possède jamais personne,
par moment on emprunte son corps, c’est tout. Conserve tes souvenirs, je t’en
fais cadeau, c’est bien la seule chose que tu obtiendras de moi. Garde les au
chaud, caresse-les de tes mains rêches, couve-les sous ton corps pesant,
admire-les de ton œil torve… Ils
seront bien plus vivants que moi-même… Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Pars… oui, je veux que tu t’en ailles. Si tu reviens, je ne
te reconnaîtrais plus. Tu n’es personne. Tu n’es rien. Tu n’es qu’une ombre
de ma vie. Enfin, tu commences à comprendre. Tu sèches tes larmes, tu te
relèves. Non, ne dis plus rien. Je ne veux pas entendre ta voix. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Je ne regretterai rien. Tu ne me manqueras pas. Ni tes yeux
si brillants qui s’abreuvaient à mon image, ni ta voix grave et profonde qui
me berçait dans mon sommeil, ni tes bras qui me berçaient éloignant les
cauchemars qui envahissaient mes rêves, rien de tout cela ne compte. Plus
rien ne compte. Je suis morte depuis trop longtemps. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Avant de franchir la porte, tourne toi une dernière fois
que je vois ton visage. Tes traits sont si durs, si froids. Je les
connaissais doux et aimants. Tu étais beau, tu étais doux, tu étais tendre.
Si j’avais eu un souffle de vie en moi, je t’aurais aimé. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Je ne pleure pas, nulle larme ne coule sur mes joues. Elles
ne peuvent pas exister puisque tu ne les vois pas. Tu es parti. Enfin. Je
suis seule. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Les soupirs, les gémissements, les cris qui s’échappaient
de ma bouche ne voulaient rien dire. Simple mécanique. Non je n’aimais pas
m’endormir dans tes bras lovée contre toi, non je n’aimais les mots que tu me
répétais inlassablement, non je n’aimais pas… Non, je ne t’aimais pas… Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Tu es parti. Je reste là. Seule. Je ne ressens rien pour toi, hormis du dégoût. Je ne ressens rien pour toi. Je ne ressens rien. » |
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Le Gynécée et « Je ne ressens rien pour toi »
sont copyright Iphianassa.
