Annexe 1. La Légende d’Azha.

 

 

Le matin se levait sur le Gynécée encore endormi. Seul le bruit de sandales claquant le long des couloirs prouvait qu’il y avait de la vie à l’intérieur des murs de marbre. Les pas remontaient le passage menant aux chambres des hétaïres et s’arrêtèrent devant l’une des portes. Morgause resta un instant indécise et décida d’attendre. Elle s’adossa légèrement contre une colonne prenant son mal en patience.

Elle détestait ce qu’elle allait faire. Cela faisait cinquante ans maintenant qu’elle haïssait ce qu’était sa vie. Evidemment, elle était désormais trop vieille pour servir Athéna en tant qu’hétaïre, pourtant elle avait été belle. Seuls quelques vieux chevaliers se souvenaient encore de sa splendeur. La chevelure cuivrée qui faisait son orgueil était devenue argentée et son regard bleu translucide témoignait toujours de la grande beauté qui avait été sienne.

Sa force de caractère avait fait d’elle l’une des cinq gunés. C’était d’ailleurs pour cela qu’elle était devant cette porte au petit jour, alors qu’elle aurait mille fois préféré être au chaud dans son lit. Elle s’appuya un peu plus sur la colonne, cherchant à soulager son corps fatigué. Elle se sentait tous les jours un peu plus vieille et se demandait pourquoi la mort ne venait pas la soulager. Que voulait-on encore d’elle ? Elle estimait avoir le droit au repos. Lasse, elle ferma les yeux.

Les minutes passèrent…

Le bruit d’une porte qui s’ouvre la ramena à la réalité. Elle se redressa et regarda l’homme qui sortait de la pièce. Celui-ci arborait un sourire satisfait, il se figea une seconde en voyant la vieille femme qui lui faisait face puis la salua d’un bref mouvement de la tête. Elle répondit à son salut et le regarda partir.

Elle entra dans la chambre qu’il venait de quitter. Une femme était là, assise sur le lit, le corps à moitié recouvert d’un drap. Elle regardait le sol, perdue dans ses pensées, elle ne semblait pas s’être rendue compte de l’arrivée de la vieille. C’était la première fois que Korè servait la déesse, Morgause savait qu’il fallait du temps pour accepter. La transition entre le Sanctuaire et le Gynécée n’était jamais facile, certaines n’y survivaient pas. A présent, elle devait faire ce pourquoi elle s’était levée de si bon matin.

         Elle avança près du lit. Korè sursauta s’apercevant enfin qu’elle n’était plus seule. Elle se leva et lui jeta un regard noir. Morgause ne la regarda pas, elle souleva les draps du lit pour faire apparaître celui du dessous. Elle hocha la tête en voyant les traces de sang qui maculaient le tissu blanc. Elle l’enleva rapidement, traversa la pièce et le jeta dans le feu allumé la veille pour cet usage. Elle se tourna enfin vers Korè :

 

« Tu es désormais une hétaïre sacrée d’Athéna. Ton destin est lié au Gynécée de par le don du sang de l’hymen, purifié par le feu sacré. »

 

Korè ne répondit rien, elle serra un peu plus le drap sur son corps. Morgause eut un petit sourire en la regardant.

 

« Tu nous détestes, n’est-ce pas ?

- …

- Pas la peine de répondre. Nous avons toutes eu cette réaction le premier matin… Et tous les matins qui suivent. Tu t’y habitueras. »

 

Elle se dirigeait vers la porte pour sortir lorsqu’elle entendit la voix de la nouvelle hétaïre.

 

« Pourquoi ?

- Parce que c’est la volonté d’Athéna !

- Ce ne peut être sa volonté ! Elle ne voudrait pas ça !

- C’est pourtant bien sa volonté et elle l’a voulu… »

 

Elle se retourna pour faire face à Korè, elle la dévisagea quelques secondes puis s’avança de nouveau dans la chambre.

 

« Dis-moi, connais-tu la légende du chevalier Azha ?

- Le chevalier Azha ? Non, mais quel rapport ?

- C’est vrai que c’est une légende que le Sanctuaire s’est vite empressé d’oublier, seul le Gynécée s’en souvient encore... Quel rapport avec ce que nous sommes ? Mais ce chevalier est la cause de tout !

- S’il vous plait, je veux savoir. J’ai le droit de savoir !

- Oui, tu en as le droit. Laisse-moi m’asseoir d’abord, veux-tu ? Je ne suis plus jeune et mes jambes me portent moins bien qu’avant. Je vais maintenant te raconter l’histoire du chevalier de bronze Azha de l’Eridan. Je vais te la raconter comme la Guné me l’a racontée le premier matin suivant mon arrivée au Gynécée, il y a de longues années déjà. Ainsi, si un jour tu deviens Guné à ma place, tu pourras la raconter aux nouvelles hétaïres, pour que tout le monde se rappelle que, si nous sommes ici, c’est par la volonté de la Glorieuse Athéna. Ecoute bien maintenant… »

 

*  *

*

 

« … Il faut remonter au tout début du Sanctuaire, Athéna venait alors de se réincarner depuis quinze ans. C’était sa deuxième réincarnation depuis les premières guerres saintes. En ce temps-là, la personnalité d’Athéna était très forte, elle ne laissait nulle place à celle de son corps d’emprunt, contrairement à ce qu’elle a fait les dernières fois. Non… si le corps n’était pas celui d’origine, l’esprit lui, était sien, indéniablement.

La nuit venait de recouvrir l’enceinte sacrée, le domaine paraissait désert. Les bâtiments abritant les chevaliers d’argent et de bronze, les douze temples jalonnant la route menant au palais sacré d’Athéna étaient vides. Nulle armure n’était visible. Tous étaient rassemblés dans la salle principale du temple de la déesse, fermée par d’immenses portes d’airain.

Athéna était assise sur un trône d’or, ses yeux pers englobaient toute l’assemblée, le grand pope était à ses côtés. La lumière des flambeaux faisait étinceler l’or, l’argent et le bronze des armures. Le silence, étrange en ce lieu si peuplé, était pesant, seul un cliquetis métallique provenant d’une armure résonnait de temps en temps.

Puis les grandes portes d’airain s’ouvrirent, poussées par quatre gardes. Encadrée par deux chevaliers, une personne jeune aux cheveux rouges coupés courts et aux yeux noirs et perçants traversa la salle, arriva au pied du trône doré et s’agenouilla. Les deux chevaliers restèrent debout, l’encadrant. Un murmure d’excitation parcourut l’assemblée. Le Grand Pope se leva, imposant de nouveau le silence.

 

« Chevalier de bronze, Azha de l’Eridan. Réponds-tu à ce nom ?

- Je réponds à ce nom, déclara la silhouette agenouillée.

- Tu comparais devant la divine Athéna et tous les chevaliers de son ordre pour répondre à l’accusation de blasphème qui pèse sur toi. Tu es accusée d’avoir bafoué l’honneur de la chevalerie tout entière en violant sa plus grande loi. Qu’as-tu à dire pour ta défense ?

- L’honneur de la Chevalerie m’a toujours été plus précieux que ma propre vie, quant à mon honneur, je le vois toujours intact.

- Pourtant tu es devenue chevalier sur un mensonge. Tu connaissais la volonté d’Athéna de n’avoir que des hommes dans ses rangs, en mentant sur ton sexe, tu mentais à Athéna elle-même.

- L’armure m’a pourtant acceptée.

- J’ai créé ces armures, je peux lui ordonner de te quitter et te bannir sur-le-champ. » Athéna venait de prononcer ces mots d’un ton glacial. « Cependant, le Grand Pope a plaidé en ta faveur. Tu pourras le remercier, femme. Puisque l’armure t’a choisie, je ne te l’enlèverai pas mais tu subiras une épreuve pour que l’on sache si tu es digne de la porter ou non.

- Je vous remercie de votre clémence. Ordonnez et j’obéirai.

- Ne me remercie pas trop tôt. » Le sourire qu’elle adressa alors à Azha emplit le cœur du chevalier d’appréhension.

Le Grand Pope annonça la sentence.

« Puisqu’elle a revêtu une armure qui ne pouvait lui être destinée, allant ainsi contre la décision d’Athéna elle-même, Azha, la femme qui porte l’armure de l’Eridan, devra combattre un des plus valeureux chevaliers d’Athéna, j’ai nommé Aldébaran, chevalier d’or du Taureau. Celui-ci a ordre d’attaquer à pleine puissance et de ne retenir aucun de ses coups. Si elle réussit, elle sera reconnue comme chevalier à part entière mais elle devra cacher son visage derrière un masque, voilant ainsi son appartenance au sexe faible. Mais si elle échoue et qu’elle n’y trouve pas la mort, elle devra alors renoncer à tout droit sur l’armure de l’Eridan. Elle devra en plus, pour prix de son insolence et de son orgueil à refuser son statut de femme, se rendre hors de l’enceinte sacrée et se retirer dans une maison où elle offrira sa féminité à tout chevalier qui le lui demandera. Car telle est la volonté d’Athéna ! »

 

Toute la salle bruissait de murmures stupéfaits. L’épreuve était impossible à accomplir ! Un chevalier de bronze n’était rien face à un chevalier d’or. Ces derniers étaient les guerriers les plus puissants qui n’aient jamais existés, il y avait autant de différence de puissance entre les deux catégories qu’entre un ver de terre et une étoile ! Le chevalier de l’Eridan allait perdre, cela ne pouvait être autrement et si elle n’en mourait pas alors… Certains chevaliers espéraient déjà qu’elle survivrait, elle apprendrait alors qu’il ne faut pas défier Athéna ! Ils lui feraient comprendre. Tous ceux qui, il y avait encore quelques jours, trouvaient Azha trop arrogant, trop fier, espéraient ainsi pouvoir se venger ; ils soigneraient leur orgueil blessé par les piques souvent acerbes du chevalier de l’Eridan entre les cuisses de cette dernière ! 

Il serait faux et injuste de dire qu’ils avaient tous réagi de cette manière, certains étaient profondément choqués par cette décision qu’ils trouvaient cruelle. C’était une fausse épreuve, l’issue était inévitable : Azha ne pouvait pas gagner. Certes, la faute était lourde mais cela ne nécessitait pas un tel jugement : l’exil aurait suffi. Même une exécution aurait été plus clémente. Il ne restait qu’à espérer que la mort voudrait bien de l’infortunée Azha.

Certains chevaliers d’or essayèrent même d’obtenir l’indulgence d’Athéna. Ils la conjurèrent de laisser l’un d’eux la tuer dignement ; personne ne méritait un tel sort. Athéna se montra inflexible. Elle avait pris sa décision et n’en changerait pas. La sentence était à la hauteur du blasphème. 

 

*  *

*

 

Les arènes étaient pleines à craquer. Tous les chevaliers ainsi que les apprentis étaient présents. L’épreuve du chevalier de l’Eridan se ferait en public, devant tout le Sanctuaire réuni. L’excitation était à son comble. Des paris avaient été pris sur la durée du combat. Aucun sur le vainqueur. On pariait surtout sur un affrontement puisqu’il ne suffirait que d’une attaque au chevalier du Taureau pour terrasser Azha. Certains pariaient également sur la survie ou non de la jeune femme.

Alors, ils rentrèrent dans l’arène. Les deux chevaliers pénétrèrent dans l’aire de combat à chaque extrémité. Deux silhouettes totalement opposées. Azha était petite et fine malgré une musculature attestant son entraînement. Aldébaran, lui, était un géant à l’image de sa constellation : il faisait le double de la taille de la jeune femme et trois fois son épaisseur. Sa peau couleur d’ébène et son crâne entièrement chauve renforçaient encore cette impression de force brute qu’il dégageait.

Ils étaient désormais à quinze pas l’un de l’autre et attendaient le signal d’Athéna pour que le combat débute. Aldébaran était désolé de devoir combattre Azha mais il n’avait pas d’autres choix car les décisions d’Athéna étaient indiscutables. Toutefois, cela lui semblait contraire à l’honneur. Il s’agissait d’une parodie de combat. Il décida de la tuer dès la première attaque, cela ne servait à rien de traîner, il ne pouvait même pas envisager de la laisser vivre, ce qui l’attendait si elle survivait le révoltant au plus haut point.

Ils se mirent en position. Il mit le casque cornu qu’il portait jusque là sous son bras, puis se campa fermement sur ses jambes, stoïque, les bras croisés, il attendait le début du combat. Elle se tenait le pied droit en avant, les bras relevés essayant de protéger son corps.

Elle n’en pouvait plus d’attendre. Une sueur froide lui coulait dans le dos. Elle essayait de ne pas trembler. Elle savait qu’elle vivait à ce moment-là les derniers instants de son existence. Elle allait vers la mort, mais elle irait dignement. Elle prouverait que même si elle devait périr, elle était digne de revêtir l’armure. Le sexe n’avait rien à voir avec la valeur d’un individu. Elle réussirait à porter un coup au Taureau. Elle ne mourrait pas avant de l’avoir frappé au moins une fois.

 

Dans la tribune centrale, Athéna se leva. Plus un bruit ne provenait des spectateurs. Le temps semblait s’être figé. Tous fixaient la déesse dans l’attente du signal. Soudain, son cosmos envahit l’espace donnant ainsi le coup d’envoi.

Aldébaran réagit à la millionième de seconde, il déploya son cosmos et lança sa fulgurante attaque : ‘Par la corne du Taureau ! ! ! !’

Azha la reçut de plein fouet, elle fut projetée à une dizaine de mètre en arrière, atterrit lourdement sur le sol dans un bruit d’os brisés, traçant un profond sillon dans le sable. Aldébaran avait déjà repris sa position, bras croisés. On ne l’avait pas vu bouger, les chevaliers d’argent et de bronze avaient perçu la formidable cosmoénergie mais n’avaient pu percevoir l’attaque. Azha avait été là puis d’un coup elle avait été emportée par un gigantesque souffle. Seuls les chevaliers d’or avaient pu voir Aldébaran attaquer.

 

A peine quelques secondes, voilà ce qu’avait duré le combat. Azha était sur le sol, inanimée, certainement sans vie. Les malheureux parieurs commençaient déjà à sortir leur bourse pour payer les vainqueurs. Un cri de surprise retentit alors des gradins, le corps meurtri de la jeune femme se nimbait d’une aura, elle vivait encore. Mieux, elle essayait de se relever. Les bourses d’or se refermèrent vite, le combat n’était pas achevé.

Aldébaran la regardait, attristé.

 

« Pourquoi te relèves-tu ? Accepte la mort que je t’offre. La refuser te mènera à rien, si ce n’est à des souffrances supplémentaires… »

 

Seul un gémissement de douleur répondit au Taureau, cependant Azha terminait de se relever. Elle n’avait rien vu de l’attaque, elle avait eu l’impression de subir la charge d’un taureau en furie et puis… et puis elle s’était retrouvée mordant la poussière. Il fallait qu’elle attaque avant lui, c’était sa seule chance. Elle concentra toute son énergie et…

 

« Par les flammes de Phaéton ! ! ! »

 

Une boule de feu jaillit de sa main, se précipita sur son adversaire pour s’arrêter net devant lui et se dissiper. Tremblante d’épuisement, Azha en aurait pleuré…

 

« Ce n’est pas possible ! ! ! Comment ? Comment a-t-il pu arrêter aussi facilement les Flammes de Phaéton ?

- Tu as l’air surprise, chevalier ? Pourtant, cela n’a rien d’étonnant. Sache que même si elle peut être destructrice, ton attaque est trop lente pour m’atteindre et ton cosmos, trop faible pour m’inquiéter. Abandonne dès à présent, laisse la mort t’emporter…

- Jamais ! ! Je n’abandonnerai jamais ! Je jure que je réussirai à te toucher une fois avant de mourir !

- Ainsi tu l’auras voulu, excuse-moi ! Great Horn ! ! ! ! ! »

 

Aldébaran attaqua une nouvelle fois, une nouvelle fois Azha fut soufflée comme un fétu de paille et s’écroula à terre.

Et pourtant, une nouvelle fois elle se releva. Son cosmos toujours plus puissant.

Cela recommença, quatre, cinq fois, elle essayait toujours vainement de frapper le taureau et celui-ci répliquait toujours aussi durement. Chaque fois, on pensait que cela serait la dernière et chaque fois elle se relevait.

 

« Pourquoi ? Pourquoi mets-tu tant d’acharnement à te relever ? Tu sais bien que ce combat est achevé ! Il l’a été avant même qu’il ne commence…

- Je te toucherai, au moins une fois…

- A quoi bon t’entêter ?

- Je mérite cette armure ! Je me suis entraînée aussi durement que les autres, j’ai réussi l’épreuve qui m’était imposée et l’Eridan m’a acceptée ! Je dois prouver que je n’ai pas usurpé mon titre de chevalier bien qu’étant femme. Pour cela je dois réussir à te toucher au moins une fois, même si je dois endurer mille morts. Toujours je reviendrai des Enfers et me relèverai !

- Ta cause est perdue d’avance, ce n’est que chimère que de croire que tu pourras me porter un coup ! Et je vais te dire pourquoi : même si tu sais l’utiliser, tu n’as pas la maîtrise de ton cosmos. Tu l’utilises sans le comprendre et à cause de cela tu ne pourras jamais l’exploiter totalement, ce que nous, chevaliers d’or, faisons. Ce qui différenciera toujours les douze chevaliers d’or des autres, c’est la connaissance du Septième sens, de l’Ultime Cosmos. Sans celui-ci, tu ne pourras pas m’atteindre. Si tu ne peux sublimer ton cosmos, n’espère rien et accueille cette mort digne que je t’offre. A moins que tu ne veuilles servir de putain à tous les chevaliers ! ! 

- Jamais ! ! S’il me faut atteindre le Septième Sens alors je l’atteindrai mais je n’abandonnerai pas ! !

- Tu ne comprends donc pas que ton rêve n’est qu’illusion ? ? ? Par la corne du Taureau ! ! ! »

 

Athéna regardait la scène d’un air impassible. Elle semblait indifférente à l’issue du combat pourtant elle bouillonnait de colère intérieurement. Pour qui se prenait cette femelle pour la défier ainsi ! C’était intolérable ! Alors qu’Aldébaran frappait une nouvelle fois l’Eridan, elle mêla son cosmos à celui du chevalier d’or, renforçant ainsi l’attaque, cette fois-ci la femme ne se relèverait pas !

Azha reçut l’attaque aux cosmos combinés de plein fouet, son armure se fendilla sur toute la surface pour se pulvériser. La jeune fille fut projetée à l’autre bout de l’arène, le corps en sang. Et pourtant… même sans armure, elle tentait de se relever. Elle rejetait la mort de toute sa volonté, son heure n’était pas encore venue, elle devait d’abord être capable de porter un coup. Elle n’abandonnerait jamais.

 

Aldébaran n’en revenait pas. Comment faisait-elle pour toujours revenir à l’assaut ? Logiquement, elle aurait dû mourir à la première attaque.

 

« Pourquoi te relever encore ? C’est folie ! Que veux-tu faire maintenant que ton armure est détruite ? Même si tu atteins le Septième sens, il sera trop tard. Je le maîtrise depuis plusieurs années alors que tu ne fais que l’entrapercevoir. Adieu Chevalier, ce combat a assez duré ! »

 

Athéna ne décolérait plus, comment pouvait-elle se relever ? Elle allait lui montrer ce qu’il en coûtait de provoquer une déesse ! Elle commença à déployer son cosmos… Le Grand Pope la regarda stupéfait.

 

« Majesté, vous ne pouvez pas… C’est votre jugement ! Intervenir irait contre l’honneur de toute la chevalerie ! Vous devez accepter l’éventualité qu’elle survive…

- Soit… Mais si elle survit, elle regrettera bien vite d’avoir refuser de mourir ! »

 

Azha était persuadée qu’elle allait enfin voir l’attaque. Si elle la voyait, elle pourrait peut-être l’éviter et réussir à le toucher enfin. Il fallait qu’elle la voie, elle devait y arriver. Elle avait l’impression de se trouvait devant un voile, il suffisait qu’elle le déchire et elle pourrait enfin percevoir l’attaque. Elle pouvait le faire.

 

« Par la corne du Taureau ! ! ! ! 

« Oui ! ! ! Je les vois ! Je vois ses deux poings devant lui ! ! ! Brûle mon cosmos ! ! Guide-moi ! ! ! Une fois, une seule fois et je pourrais enfin mourir. Je cesserai de souffrir…»

 

Elle tendit ses bras, bloqua l’incroyable énergie et, concentrant son cosmos au maximum, réussit à la renvoyer. Elle propulsa la puissance du chevalier contre lui. Celui-ci ne parvint pas à l’arrêter et il fut propulsé dans les airs puis atterrit sur le sol dans un bruit sourd.

 

Choqué, le public se dressa. Ce n’était pas possible, un chevalier de bronze venait de faire tomber un chevalier d’or ! ! Un spectateur commença à scander le nom du chevalier de l’Eridan, puis deux… Bientôt, quasiment tous les chevaliers qui étaient venus voir l’humiliation, suivie de la mort, d’Azha l’acclamèrent.

Celle-ci s’efforçait à rester debout, elle était plus morte que vive, un simple souffle de vent aurait pu la faire ployer. Le sang s’écoulant de ses plaies gouttait sur le sol, formant une flaque. Elle attendait le coup de grâce. Elle pouvait mourir maintenant… Elle entendait Aldébaran se relever, elle inspira fortement, voulant profiter de cette dernière respiration… Voyant que rien ne se produisait, elle releva la tête et regarda son adversaire.

Celui-ci la regardait avec un étrange sourire satisfait, il hocha lentement la tête, acquiesçant à quelque pensée intérieure. Puis il s’avança vers la tribune où se trouvait la déesse.

 

« Déesse Athéna, vous avez imposé au chevalier de bronze Azha de l’Eridan une épreuve dont le but était de voir si elle méritait de porter l’armure qui l’a choisie. Jamais un chevalier de bronze n’a pu toucher un chevalier d’or, cela ne s’est jamais vu ! Et pourtant, ce miracle vient de se réaliser. J’en vois la preuve qu’elle est digne de son armure. Je demande donc à ce que le combat s’achève maintenant. »

 

Athéna toisa rageusement ce chevalier. Sa requête était irrecevable, il n’avait même pas réussi à tuer un petit chevalier de bronze ! Elle avait  dû mal le choisir, il ne méritait peut-être pas son armure… Le Grand Pope se pencha vers elle et lui murmura :

 

« Ecoutez-les ! ! Ils scandent son nom… Tous à présent veulent la voir gagner. Elle a réussi un véritable miracle…

- Ne me parle pas de miracle, s’il te plait ! Il n’y avait rien de divin là dedans ! !

- Cela reste néanmoins un véritable prodige ! Je sais qu’elle vous a offensée en transgressant votre loi mais refuser que le combat s’achève ici et que l’Eridan conserve son armure serait jugé inique. Vous ne cessez d’affirmer que le combat appartient à celui qui conserve l’espoir, elle mérite la victoire. »

 

Athéna réfléchit un instant, elle ne pouvait refuser, cela la rendait malade mais le Grand Pope avait raison, ses chevaliers ne comprendraient pas qu’elle s’obstine. Il fallait rendre son jugement et vite. Elle ferma les yeux un instant, réfléchissant à la décision à prendre et à toutes ses implications. Elle avait fait une erreur en choisissant une telle épreuve, elle le reconnaissait. Jamais elle n’aurait dû laisser à la femme la moindre chance de survivre, cela allait créer un précédent. Bientôt, n’importe quelle femelle pourrait se prétendre chevalier…

Elle se leva et, d’un geste imposa le silence.

 

« Parce qu’elle avait bafoué ma loi, le chevalier de l’Eridan a subi une épreuve qui devait permettre de voir si elle méritait vraiment son armure. Cette épreuve, elle ne l’a pas réussie... »

Des protestations jaillirent des gradins. Elle leva une nouvelle fois le bras pour que le calme revienne.

« Elle devait affronter le chevalier du Taureau et le battre, ce qu’elle n’a pas fait. Cependant, elle a réussi à prouver, par sa ténacité et en mettant à terre le chevalier d’or, que l’espoir peut amener à créer un… miracle. » Elle eut une petite moue dédaigneuse en prononçant ce dernier mot. « Ainsi, je déclare que le chevalier de bronze Azha de l’Eridan, bien qu’étant femme, est digne de son armure et je l’accueille une nouvelle fois dans mes rangs aux côtés de mes chevaliers... »

Le public poussa des acclamations de joie.

« Toutefois, elle devra porter sur le visage un masque qui cachera sa féminité. Si un homme venait à voir les traits de son visage, elle devra soit l’aimer et lui vouer sa vie, soit le tuer. Pour éviter tout problème inutile lorsque je ne serai pas présente, je déclare également que les filles sont, à partir de ce jour, autorisées à suivre un entraînement en vue de devenir chevalier. Dès leur arrivée dans mon Sanctuaire, elles porteront un masque similaire et seront régies par les mêmes lois que le chevalier de l’Eridan. Si elles venaient à échouer dans leur tentative d’obtenir une armure alors elles devront quitter le masque et accepter leur statut de femme. Elles serviront les chevaliers, leur offriront leur féminité et ce, jusqu’à ce que leurs charmes aient disparu. Car telle est ma Volonté. »

 

*  *

*

 

Morgause se tut alors. Korè avait du mal à accepter tout ce qu’elle venait d’entendre. Ainsi, tout était bien le fruit de la volonté d’Athéna pour punir les femmes qu’elle considérait comme trop présomptueuses à vouloir être l’égale des hommes.

Morgause se leva et se dirigeait de nouveau vers la sortie, lorsqu’elle fut, une fois de plus, arrêtée par la voix de la jeune femme.

« Qu’est-elle devenue ? Comment a fini Azha ?

- Nul ne le sait. Seuls les chevaliers de l’époque auraient pu te répondre. Elle paraît s’être perdue dans les limbes de l’oubli une fois son combat terminé. Certains disent qu’elle est morte quelques jours après son combat, des coups qu’elle y avait reçus. D’autres qu’elle est morte pendant une guerre sainte ou encore qu’elle est morte très âgée et qu’elle a formé les premières femmes chevaliers… »

 

Elle ouvrit la porte et sortit enfin de la chambre. Elle traversa les couloirs et le grand hall d’un pas vif pour se retrouver dehors. Elle ne s’arrêta que lorsqu’elle sentit le vent lui caresser le visage et balayer les larmes qui coulaient sur ses joues…

 

Fin de l’Annexe 1.

 

 

 

Annexe 2

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