L’Aigle de Sang, un thriller mythologique.

 

 

 

Voilà un moment que je voulais parler de ce livre, L’aigle de sang, mais je n’en avais pas eu le courage. Sa relecture me l’a insufflé. Voici donc une petite critique littéraire sur un de mes coups de cœur.

 

Nous sommes en 2013, l’Europe est plongée depuis trois ans dans un terrible hiver qui semble ne plus en finir. Des commissaires au TPI, le Tribunal Pénal International, enquêtent sur des meurtres effrayants et étonnants. Etonnants, car les victimes sont de grands criminels de guerre, tous recherchés justement par le TPI pour avoir commis à grande échelle les pires atrocités pendant des conflits. Effrayants par la façon dont on les a tués. Ils ont été assassinés de la pire façon qu’on puisse imaginer, même pour de tels bouchers : crucifiés, le torse ouvert en deux, chaque moitié du thorax déployée de part et d’autre du buste, visant à former un « Aigle de Sang », un blodhorn, ancien rituel viking.

Qui peuvent bien être ces justiciers ? Car la puissance utilisée pour accomplir cet acte ne peut appartenir à un seul homme. Vraiment ? Et pourtant…

En plus du blodhorn, de multiples indices renvoient à la mythologie scandinave. Le Ragnarök annoncé dans une prophétie millénaire et relatée dans la Voluspa de Snorri Sturluson est-il en train de s’accomplir ?

 

La force principale de ce thriller, même si Pocket l’a classé en Terreur (je comprendrai toujours difficilement leur choix de classement) est que l’auteur arrive à concilier thriller traditionnel, c'est-à-dire avec enquête policière, intervention du FBI, machination gouvernementale, et des véritables éléments fantastiques. La mythologie scandinave y a la meilleure part, mais on a également Roswell et son hangar 18. Les fantasmes urbains y ont leur place et sont intégrés à une histoire qui ne cesse de surprendre par son ingéniosité. Tout y parait naturel et on en vient à se dire : « Et pourquoi pas ? »

Le Ragnarök est évidemment adapté à notre société, mais toutes les étapes sont là. On parle des Managarn, de Fenrir… jusqu’à Surt et même de berserker ^^. Lorsqu’on connaît le mythe, on prend plaisir à essayer de décrypter les signes, et on se fait quand même avoir… certains sont sous nos yeux depuis le début et on ne les voit que lorsque l’auteur nous l’indique.

Les personnages sont à priori assez caricaturaux. Les méchants très méchants, un héros antipathique, une héroïne blonde à la forte poitrine, un ancien juge italien luttant contre la camora… mais si tous les stéréotypes de ce genre de littérature se retrouvent, ils sont traités de telle façon que cela ne gène aucunement. Au contraire, on s’attache aux personnages.

 

Le style d’écriture de Chaumette est simple et efficace. Pas de tournures de phrases alambiquées. Ca donne au texte une vivacité, un rythme soutenu qui fait que l’on dévore les pages les unes après les autres sans s’en être rendu compte. L’action est découpée en scène assez courte, très imagées, à tel point qu’on se dit que c’est quasiment un scénario, l’adaptation cinématographique peut se faire sans le moindre soucis, les dialogues sont là, le visuel est là.. il ne manque aucun élément (mais bon, ils seraient capables de nous faire une adaptation foireuse à la « Rivières Pourpres »)

 

Reste quelques images choc. Le terme image me semble le plus approprié même si nous parlons d’un livre, tellement ses descriptions sont détaillées que l’image s’impose à nous. On a notamment la description du premier blodhorn qui est assez impressionnante. Mais ce n’est pas gratuit. C’est un passage obligatoire. Il est obligé de nous décrire avec force détail la découverte du cadavre pour ne plus y revenir ensuite. En plus, elle se situe à peu près à la vingtième page, ce qui nous met directement dans le bain. Ensuite, plus besoin de scène gore, une allusion suffit. Bref, là encore Chaumette est d’une redoutable efficacité.

 

A lire donc pour tous ceux qui aime les bons thrillers à la façon Grangé, même si je trouve son écriture au dessus de celle de Jean-Christophe Grangé. De plus, une nouvelle fois, il s’agit d’un auteur français, alors autant en profiter sans passer par les aléas d’une mauvaise traduction. A lire également par les passionnés de mythologie nordique, car son adaptation au monde moderne est des plus cohérentes et justes. A lire enfin, par tous ceux qui aiment passer un bon moment avec un bouquin.

 

 

 

 

Couverture de l'Aigle de Sang chez Pocket.

 

 

Jean Christophe Chaumette, L’aigle de sang, Pocket Terreur, n°9266, novembre 2001.

 

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