Oh La!
12 Fevrier 2001
(translation follows)
Jean-Pierre Aumont
Un Merveilleux Sourire S'est Eteint
Dès que je fus en âge de lire, les colonnes Morris exercèrent sur moi une véritable fascination. Devant elles, je rêvais, certain, au trouble qui m'oppressait, de commettre un péché. "Jean-Pierre Salomons, le bambin, a pressenti qu'il deviendrait Jean-Pierre Aumont, acteur au long cours. Un des rares "frenchies" qui tournèrent la tête àà Hollywood. Le petit Parisien d'alors voyait l'édifice de sa vie s'élever sur les colonnes vouéées au spectacle. Une vie de rôles. Son esprit imaginait peut-être les unes à venir, les affiches barrées de son nom. Et les néons "J'ai toujours voulu être acteur. Enfant, je ne pensais qu'à ça. A 14 ans, j'obligeais mon frère, qui en avait 5, à m'écouter declamer Hernani ou Britannicus...A 15 ans, je savais tout Molière et tout Racine par coeur." L'acteur occupera la scène et l'écran pendant près de soixante-dix ans. Et incarnera une idée de la "classe" jusqu'au mot "Fin". Dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 janvier, à Saint-Tropez, Jean-Pierre Aumont est décédé d'un arrêt cardiaque. L'homme qui aima "dans la vie" comme àà l'écran, et s'engagea comme soldat volontaire dans la tragrédie de la Seconde Guerre mondiale, avait 90 ans. 1934 restera l'année dorée. "L'année de ma chance", disait Jean-Pierre Aumont. Après sa sortie du Conservatoire -avec un premier accessit-, et quelques rôles dans des films anodins, le succès vient, soudainement. Au théâtre, d'abord. Repéré par Jean Cocteau alors qu'il fait partie de la troupe de Louis Jouvet, il rencontre le poèète. "Quand mes yeux se furent habitués à l'obscurité, je le découvris assis sur son lit, tel un pharaon sec dans un antre fumeux." Sans lui laisser prononcer un mot, Cocteau l'engage: "Vous serez mon OEdipe." Un bel OEdipe blond et au regard bleu pour sa pièce La Machine Infernale. Un succès sous la houlette d'un Jouvet, dur metteur en scèène, qui lui assène, le soir de la premièère: "Tâche de faire tous les soirs conciemment ce que tu as rééussi ici inconsciemment..." La même année 34, au cinéma, Le Lac aux dames, film de Marc Allegret, le révèle. A sa facon, Jean-Pierre Aumont remplace Johnny Weissmuller, pressenti pour le rôle principal mais qui ne tournera pas, suite au veto de Hollywood. Course à pied, boxe, lutte... Afin de devenir le maître nageur du scénario, il se plie à la volonté d'un entraîneur, et rencontre Colette, chargée des dialogues, àà Saint-Tropez. Un soir de canicule, alors qu'il désire prendre une douche, l'écrivain lui ordonne: "Déshabille-toi et mets-toi là! Mes plantes ont besoin d'eau. "Nu parmi bougainvillées et vignes, il se laissera arroser. Le Lac aux dames fut aussi un succès. Avec ce personnage de romantique des pontons, Jean-Pierre Aumont devient une véritable vedette. D'un coup. Il a 23 ans. Surtout, il devient le "jeune premier" en vogue. Pour longtemps. Beauté romantique, aisance, désinvolture, chic...L'image se fixe, qu'il joue soupirant, cosaque ou aviateur. Plus tard, il en dira: "Quand je vois mes vieux films, je me trouve tellement sans intérêt. Quel physique fade et niais!" L'image si lisse lui colla à la peau, même s'il montra d'autres facettes de son talent dès Hôtel du Nord, de Marcel Carné, en 1938. Mais la barbarie s'abat sur la France. D'origine juive, Jean-Pierre Aumont émigre aux Etats-Unis en 1940. Direction Hollywood, où il rejoint le gotha des étoiles. Dans la lignée de Maurice Chevalier et de Charles Boyer, il personnifie la classe "vieille Europe", le "french lover". La Metro Goldwyn Mayer lui offre un contrat de sept années. Mais après quelques films, dont un de propagande antinazie, il choisit le combat réel. " Soudain, un déclic s'est produit en moi. Je ne pouvais plus supporter de faire le joli coeur alors que tant de mes amis, de mes camarades, de mes compatriotes étaient morts, prisonniers ou déportés. Je me foutais éperdument de ma carrièère. Il ne s'agissait ni d'héroïïsme ni de patriotisme mais d'être en accord avec moi-même. "En 1943, àà New York, Jean-Pierre Aumont s'engage dans le Forces franççaises libres du général de Gaulle. Examen d'officier réussi, il embarque à bord d'un Liberty Ship et, après une tortueuse traverséée de l'Atlantique, débarque à Oran. Puis rejoint Alger.. Avant de partir au front, il a épousé son premier grand amour, l'actrice d'origine dominicaine Maria Montez. Une femme adorée -disparue tragiquement à 33 ans, en 1951-, qui lui donnera une fille, Marie-Christine, dite "Tina" Campagne d'Italie (700 hommes blessés dans sa division). Il rencontre Marlène Dietrich et l'incite à chanter pour les soldats franççais. "Elle accepte et monte dans ma Jeep. Mais àà la nuit tombée, je me perds derrière les lignes allemandes. Je n'en menais pas large... Si nous avions été capturés, elle risquait le peloton d'exécution comme traître à sa patrie. Pendant toute cette odyssée, elle est restée imperturbable, trouvant mêême l'aventure assez amusante." Débarquement en Provence. Campagne des Vosges... Son engagement ne sera pas de convenance. Blesséé deux fois, il sera fait chevalier de la Légion d'honneur àà titre militaire. Après-guerre, il retrouve le métier et l'Amérique. A Broadway, dans Tovaritch, il joue avec Vivien Leigh pendant deux ans. "Elle avait une séduction qui tenait de l'enchantement. Elle possédait dans la vie et sur la scène une sorte de magnétisme que je n'ai jamais rencontré chez aucune autre comédienne. Nulle autre n'est aussi lumineuse et poétique. C'était une véritable star." Mais il rompt avec Hollywood au début des années 50. "Il n'y avait pas de films passionnants à faire par ailleurs la vie sociale était nulle puisque tous les acteurs vedettes devaient être sur le plateau vers 5 heures du matin et se couchaient généralement àà 19 heures avec un plateau-repas dans leur lit..." A Paris, le destin lui réserve la rencontre de sa vie. Elle est brune, belle, s'appelle Marisa Pavan et accompagne sa soeur jumelle, Pier Angeli - officielle fiancée de James Dean - , venue saluer Aumont dans sa loge de la Comédie Caumartin. Coup de foudre. Dure attente de deux ans. Il la retrouve enfin lors d'une soirée. "Cela a été plus fort que moi, elle était belle comme un coeur et son vêtement l'engonçait. Je n'ai pu le supporter." Ce soir-là, il se lève, cherche et trouve une paire de ciseaux, et découpe le col du pull de l'actrice italienne. Un geste de passion. Ils se marient en 1956. Une passion telle qu'ils divorcent en 1963 pour à nouveau se marier en 1969! Jean-Claude et Patrick naîtront de cette grande histoire. Marisa Pavan l'accompagnera tout au long de sa non moins longue carrière. Sééries télévisées (les Chevaliers du ciel, Starsky et Hutch) et comédies dramatiques, comédies musicales (Gigi), théâtre (Des journées entières dans les arbres), cinéma (La Nuit américaine). Jean-Pierre Aumont ne vieillit pas et tourne jusqu'en 1996 grâce à "un enthousiasme toujours renouvelé pour ce fabuleux métier et, comme le disait Churchill, jamais de sport! " Une carrière dont il disait : "Si parfois je lis que je me suis prétenduement dispersé, je n'en conççois aucun regret. Oui, je suis superficiel, et j'en suis fier. J'ai mis assez longtemps pour y parvenir. N'est pas superficiel qui veut. Il faut de l'enthousiasme, un solide équilibre, de la sagesse, de l'intelligence et de la gaieté... Ce n'est pas en se prenant au sérieux, en accusant le destin, en s'effrayant des ravages du temps. Et Jean Pierre Aumont de citer Oscar Wilde: " La nouvelle génération est épouvantable, j'aimerais tellement en faire partie..."
- Thierry Mattei
Irrésistible jeune premier, il assumait ses conquêtes et revendiquait ses choix de vie avec élégance
Irresistible leading man, he took his conquests and life choices responsibly and with elegance.
Jean-Pierre Aumont avait recontré Marisa Pavan en 1954, dans sa loge de la Comédie Caumartin. Coup de foudre. Il devra pourtant attendre deux ans avant de la revoir. Cela a été plus fort que moi, elle était belle comme un coeur" (ci-dessus). Ils furent parmi les premiers à trouver refuge à Saint-Tropez, où ils possédaient une propriété. En 1997, ils apparaissaient ensemble, unis par un amour qui jamais ne se défera (à droite). Pas même leur divorce, en 1963, ne put y mettre un terme: l'acteur et l'actrice se remarieront en 1969.
Jean-Pierre Aumont had met Marisa Pavan in 1954, in his dressing room at the Comedie Caumartin. Love at first sight. But he'll have to wait two years before he sees her again. "I couldn't help it, she was so beautiful" (below far left). They were among the first to seek refuge in Saint-Tropez, where they owned a house. In 1997, they were being seen in public together, united by a love that will never come undone (top). Not even their divorce, in 1963, could put an end to it: the actors remarried in 1969.
Jean-Pierre Aumont et Marisa Pavan se marièrent en 1956 (ci-dessus en Californie, peu aprèès leur mariage civil). Tina, la fille que Jean-Pierre Aumont eut avec sa premiere femme, Maria Montez, était présente (ci-dessous et en haut à droite). Pier Angeli (à droite avec le couple), soeur jumelle de Marisa Pavan et officielle amie de James Dean, également. De son union avec Marisa Pavan naîtront deux fils, Jean-Claude et Patrick, qui travailleront tous deux dans le cinééma (ci-dessus). L'autre enfant de l'acteur, Marie-Christine, dite "Tina" (à droite) lors de son mariage en octobre 1963), née de son grand amour pour Maria Montez, et dont le parrain était Charles Boyer, deviendra à son tour également actrice.
"Oui, je suis superficiel, et j'en suis fier. J'ai mis assez longtemps pour y parvenir. Il faut de l'enthousiasme, un solide équilibre, de la sagesse"
Jean-Pierre Aumont and Marisa Pavan got married in 1956 (above, in California, soon after their civil wedding. Tina, Jean-Pierre Aumont's daughter from his first marriage to Maria Montez, was present (above). Pier Angeli (above 4tth from right, with the couple), Marisa Pavan's twin sister and James Dean's official girlfriend, was also there. From his marriage with Marisa Pavan he'll have two sons, Jean-Claude and Patrick, who'll both end up working in the movies (above). The actor's other child, Marie-Christine, called "Tina" (above far right, at her wedding in October 1963), born from his great love for Maria Montez, and whose god-father was Charles Boyer, will also become an actress.
"Yes, I am superficial, and I'm proud of it. It took me so long to achieve it. You need enthusiasm, a cool head, wisdom"
Jean-Pierre Aumont a cotoyé et aimé les plus grands : Chevalier, Dietrich, Colette, Jouvet, Cocteau, Darrieux, Welles, Brando, Garbo, Sinatra, Peck, Pacino, Gide, Guitry, Leigh... Il connut également Leslie Caron (ci-dessus). En 1955, Jean-Pierre Aumont rencontrait Grace Kelly. Entre eux naîîtra une grande complicité, après une histoire dont nul ne connaît les méandres... Elle y mettra un terme, mais gardera pour lui une amitié indéfectible.
Jean-Pierre Aumont has had great friends and colleagues: Chevalier, Dietrich, Colette, Jouvet, Cocteau, Darrieux, Welles, Brando, Garbo, Sinatra, Peck, Pacino, Gide, Guitry, Leigh... He also knew Leslie Caron (above). In 1955, Jean-Pierre Aumont met Grace Kelly. A great complicity remained between them, after a story about which nobody knows all the details... She put an end to it, but will always keep for him her unfailing frienship.
English Translation by Sylvie Levesque:
Jean-Pierre Aumont
The wonderful smile has faded away
As soon as I was old enough to read, I became utterly fascinated with billboards. I would stand before them and dream, convinced I was committing a sin from the turmoil that it caused within me. "Jean-Pierre Salomons, the kid, foresaw that he'd become Jean-Pierre Aumont, trans-atlantic actor. One of the rare "frenchies" who went to Hollywood's head. That young Parisian already saw his life's edifice rise from these pillar-shaped billboards. A life full of characters. His mind was perhaps imagining future front pages, posters bearing his name. And the neons. "I always wanted to be an actor. As a child, I didn't think about anything else. At 14, I'd make my 5 year-old brother listen to me reciting Hernani or Britannicus... At 15, I knew all Moliere and all Racine by heart."
The actor would fill the stage and the screen for close to 70 years. And he would embody the notion of "class" until "The End". During the night from Monday 29 to Tuesday 30 in January, in Saint-Tropez, Jean-Pierre Aumont died from a heart attack. The man who had loved "in real life" as he had done on screen, and who had volunteered in the World War II tragedy, was 90 years old.
1934 will remain the golden year. "My year of luck", Jean-Pierre Aumont would call it. After graduating from the Conservatoire -with a first access it-, and a few parts in second rate movies, success came suddenly. In the theatre at first. Noticed by Jean Cocteau as a member of Louis Jouvet's company, he meets with the poet. "When my eyes finally got used to the darkness, I saw him sitting on his bed, like a thin pharaoh in his smoky lair." Cocteau hires him without giving him a chance to say one word: "You'll be my Oedipus". A handsome blond blue-eyed Oedipus for his play The Infernal Machine. It was a success under the leadership of Jouvet, a harsh director, who flings on opening night: "Try to do conciously every night what you did tonight unconciously..." That same year '34, in the movies, Marc Allegret's Lac aux dames brings him fame. In his own personal way, Jean-Pierre Aumont takes the place of Johnny Weissmuller, who was supposed to star in the film until Hollywood opposed its veto. Running, boxing, wrestling... To become the lifegueard the script called for, he submits to the will of a trainer, and meets with Colette, who's writing the dialogues, in Saint-Tropez. On a scorching hot day, when he wants to take a shower, the writer orders him: "Take off your clothes and stand over there! My plants need water." Naked among the bougainvillea and vines, he'll let himself be hosed. Lac aux dames was also a success. With this romantic hero of the floats, Jean-Pierre Aumont becomes a genuine star. At one go.
He's 23. He becomes the most popular "leading man". For a long time. Romantic good looks, ease, casualness, chic...The image sticks, whether he's the lover, the cosack or the airman. Later he'll say about this: "When I watch my old movies, I find myself so uninteresting. Such an ordinary and inane physique!" The so sleek image stuck on him, even if he was able to show other sides of his talent as early as Hotel du Nord, by Marcel Carne, in 1938. But barbarism falls on France.
Jean-Pierre Aumont, who has Jewish roots, emigrates to the US in 1940. Direction Hollywood, where he joins the ranks of the stars. Following the lead of Maurice Chevalier and Charles Boyer, he embodies "old Europe" class, the "french lover". MGM offers him a seven-year contract. But after a few films, among which one of anti-nazi propaganda, he chooses real combat. "Suddenly, something had been triggered in me. I no longer could bear playing the ladykiller while my friends, my colleagues, my countrymen, were dead, in prisons, or deported. I didn't give a damn about my career. It wasn't a question of heroism, or patriotism, but of being consistent with myself." In 1943, in New York, Jean-Pierre Aumont joins general de Gaulle's Free French Forces. After passing his officer's exam, he boards a Liberty Ship and, after a tortuous crossing of the Atlantic, he lands at Oran. Then he goes to Algiers.. Before leaving for the front, he married his first great love, Dominican actress Maria Montez. An adored wife -who died tragically at age 33 in 1951-. She gave him a daughter, Marie-Christine, known as "Tina". Italian campaign (700 wounded men in his division). He meets Marlene Dietrich and convinces her to sing for the French soldiers. "She accepts and climbs in my Jeep. But it's nighttime, I lose my way behind the German lines. My heart was in my boots... If we had been captured, she could have been shot for treason. During this whole odyssey, she remained unruffled, she even thought the whole incident was rather amusing." Landing in Provence. The Vosges campaign... His enrolling isn't just for show. Wounded twice, he'll be decorated, made a member of the Legion of Honor for his military career. After the war, he goes back to his profession and to America. On Broadway, in Tovarich, he performs with Vivien Leigh for two years. "She had a seduction that was akin to enchantment. She had in life and on the stage a kind of magnetism that I have never encountered in any other actress. No one is as luminous and poetic. She was a real star." But he breaks up with Hollywood at the beginning of the 50s. "There were no interesting films to make and besides the social life was non existent since all starring actors had to be on the set around 5 AM and would be going to bed with a TV dinner around 7..."
In Paris, what fate had in store for him was the most important meeting of his life. She's a brunette, beautiful, and her name is Marisa Pavan and she tags along with her twin sister, Pier Angeli - James Dean's official fiancee - , when she comes to greet Aumont in his dressing room at the Comedie Caumartin. It's love at first sight. A difficult two-year wait until he meets her again at a party. "I couldn't help myself, she was so beautiful and her clothes were restricting her. It was unbearable for me.." That evening, he gets up, finds a pair of scissors, and cuts the collar of the Italian actress's sweater. A passionate gesture. They get married in 1956. Their passion was such that they divorced in 1963 only to get married again in 1969! Jean-Claude and Patrick will be born from this great love story. Marisa Pavan will be by his side all through his long career. TV Series (les Chevaliers du ciel, Starsky and Hutch) and dramas, musicals (Gigi), theatre (Days in Trees), movies (Day For Night).
Jean-Pierre Aumont never grows old and goes on making movies until 1996 thanks to "a constantly renewed enthousiasm for this fabulous profession and, as Churchill woulld say, no exercise! " A career about which he said : "If I read sometimes that I have supposedly tried to do too many different things at once, I feel no regrets about it. Yes, I am superficial, and I'm proud of it. It took me long enough to achieve it. It's not that easy being superficial. You need enthusiasm, a cool head, wisdom, intelligence and cheerfulness... It's not by taking yourself seriously, by blaming fate, by being afraid of the ravages of time. And Jean-Pierre Aumont quotes Oscar Wilde: "This new generation is terrible, I'd love to be part of it..."
- Thierry Mattei