EXTRAITS DE
LUCIEN GUENEAU SUR LUZY
D’après Un chapitre de l’histoire de Luzy par
Lucien Gueneau publié en 1884.
Quelle fut notre existence, quels événements se
passèrent pour nous pendant toute cette période gallo-romaine, c’est-à-dire
pendant que nous fûmes Eduens ? C’est ce que l’histoire a oublié de nous
dire. César lui-même, et il a eu certes très grand tort, à mon avis, ne dit pas
un mot de Luzy dans ses commentaires. C’est pourtant près de Luzy même, qu’il
remporta une de ses plus brillantes victoires ; je veux parler de sa
victoire sur les Helvètes, l’an 58 avant J.C. Vous ne m’en voudrez pas de vous
en dire quelques mots.
Comme on le
sait, les Helvètes ou Suisses brûlèrent leurs villages et se mirent en route,
au nombre de plus de 300 000, pour gagner
la Saintonge
dans laquelle ils avaient projeté de s’établir. Repoussés de la Province par ou ils
cherchaient un chemin et suivis par César, ils arrivent dans le pays
Eduen ; c’est là, à 12 000 pas de Bibracte, disent les Commentaires,
qu’eut lieu un terrible combat dans lequel ils furent presque anéantis. La
désignation de César, à 12 000 pas de Bibracte, n’est malheureusement pas assez
claire pour permettre de retrouver, d’une façon certaine, ce fameux champs de
batailles. Nombre de chercheurs s’y sont exercés et, entre autre, notre
compatriote Garenne qui a cru retrouver cet emplacement à Montmort.
Pour nous, nous pensons devoir nous ranger,
jusqu’à preuve du contraire, à l’avis du fameux auteur de la vie de Jules
César, ou mieux de ses aides de camp qui firent toutes les recherches, et
placèrent ce champ de bataille sur les collines qui s’étendent entre La Garde et le Grand et Petit
Marié (commune de Luzy à l’ouest de la rivière Roche) Disons de suite que ce
qui m’a incité le plus à adopter cette opinion, c’est la découverte que j’ai pu
faire, il y a quelques années, grâce à l’obligeance de M. Perruchot,
d’immenses tranchées funéraires qui se trouvent à Rechigny,
tout autour de la pierre Salaine, dite aussi de la
pierre à Maux, sans doute en raison de quelque terrible évènement. Ils y a lieu
de penser que ces tranchées funéraires, remplies de débris de vases,
d’ossements calcinés, de fragments d’armes, renferment les restes des soldats
tombés pendant cette bataille, après laquelle, dit l’historien de cette guerre,
César cantonna ses légions. Ne serait-ce pas là l’origine du camp de la Garde, encore parfaitement
reconnaissable ?
À défaut du champ de bataille des Helvètes,
faudrait-il y voir celui ou, l’an 21 de J.C., fut vaincu Julius Sacrovir ? Comme on le sait, J. Florus et J. Sacrovir, lassés de la tyrannie des romains, entreprirent
de soulever les Gaules. À la tête des soldats qu’il avait pu réunir, s’empare
d’Augustodunum (Autun), ou il réunit toute la
jeunesse Gauloise.
Silius marche contre lui et rencontre
sa troupe rangée à huit lieues de la ville, ce qui est bien la distance de La Garde à Autun. Sacrovir, vaincu, se retire d’abord à Autun, puis dans une
maison de campagne avec les principaux de sa troupe. Tous, préférant la mort à
l’esclavage, mettent le feu à la maison et périssent dans les flammes. Quand
élèverons-nous un monument à ces défenseurs de la liberté et de l’indépendance
Gauloise.
Quoi qu’il en soit, l’histoire n’ayant rien dit,
nous ne pouvons que faire des suppositions et chercher dans les ruines du
passé, dans les médailles, les traces d’habitation, les inscriptions, tout ce
qui peut nous éclairer. C’est en parcourant notre pays, en le fouillant dans
tous les sens, que j’ai tâché d’arracher quelques uns des secrets de l’histoire
de cette période Gallo-Romaine qui m’eut été si
agréable de reconstituer, et c’est ce que je tâcherais de faire quelque jour.
Les vaincus n’auraient-il donc d’autre histoire
que celle écrite par le vainqueur ?
Dans tous les cas, ce que je puis dire, dès maintenant,
c’est que j’ai rencontré, à Luzy même et dans tous les environs, des traces non
équivoques des époques préhistoriques et du culte Druidique. Citons, en
passant, les dépôts d’instruments et d’armes de silex si nombreux sur la Penelle
(au sud du bourg de Luzy), la montagne sacrée du dieu Pen,
l’Alpe pennine du Morvand,
ceux des collines de Couvault (au sud de Luzy), du Pic-Bœufs (route de Savigny), sur les sommets desquelles
ont remarque encore un arbre solitaire et toujours respecté, reste du fou sacré
(hêtre sacré) qui couronnait chacune de nos montagnes. Notons aussi les
fontaines sacrées de Sainte-Catherine, Saint-André, Saint-Denis, Lanty, qui continuent leurs miracles au nom de saints
catholiques ; les pierres druidiques de Rechigny,
la Pierre Salaine
dont nous avons déjà parlé, les pierres de Dosnes
avec leurs cuvettes, celles de Poil, des Coutions,
des Boulas, la pierre au Lièvre, c'est-à-dire au Lecrou,
au Diable (non loin de Bellague) etc.
L’époque Gallo-Romaine
n’est pas moins riche en souvenirs. La brique à rebords se retrouve à Luzy
même, dans différents endroits, sur le vieux château, dans le sous-sol de
l’ancienne maison dite des quatre colonnes, actuellement à Yves, maître maçon,
etc.
J’y ai également rencontré une médaille de Faustine et de Trajan. Remarquons
les immenses ruines qui couvrent le sol depuis Marié-le-Grand,
ou il y eut un temple de mercure, jusqu’à La Garde, ou se retrouvent les marques certaines
d’un camp retranché ; Les ruines d’Anguy (Angustias) ou la voie romaine traversait à gué la
rivière ; celle des Burots et des Gonneaux, ou fut trouvé, en 1877, un vase rempli de
médailles ; les tranchées funéraires de Rechigny,
celles de Plamont (Pius mons) vers Maizille, si semblable
à celle du Pius mons,
Piémont du camp d’Attila, près de Châlons. N’oublions
pas non plus les restes de constructions romaines si abondants à Saint-André,
aux Beaudins, à la Chaize, aux Ardillys, à Montarmin (le mont Arminii) notre
Irmensul, les magnifiques voies romaines d’Autun à
Nevers et à Bourbon-Lancy, si bien conservées dans les bois de La Garde, à Marié, aux Antoines, etc. D’après cela, il est certain pour nous qu’à
l’époque Gallo-Romaine, notre pays dut jouir d’une
grande prospérité et fut presque aussi peuplé que maintenant.
Notes : le
seul point faible sur la thèse de Luzy comme l’Alésia de Vercingétorix est la
hauteur de l’actuel bourg positionné sur l’ancienne citadelle du Moyen-âge sur
un tertre de seulement une dizaine de mètres d’élévation. Mais si l’on tient
compte des observations de Lucien Gueneau, la
citadelle gauloise pourrait être plus au nord-ouest (ruines romaines de Marié-le-Grand) là où passait la voie romaine d’Autun à
Decize par Alisincum, ou encore la colline près des
Brûles (315 m)
ou Trézillon (306 m) le Matrait (302 m) avec son chemin de
ronde.