Le Petit Chaperon Bleu

NB : L’histoire que vous allez lire comporte des scènes choquantes qui pourraient ne pas convenir à de jeunes enfants et ne reflète en aucun cas la pensée de l’auteur dans les paroles du personnage principal. Nous préférons vous en avertir.

     Il était une fois, dans un tout petit village de cinquante-trois habitants, quatorze chiens, sept chats, deux perruches et un hippopotame, un gentil petit garçon que tout le monde adorait. Les gens du village l'appréciaient beaucoup car malgré qu'il soit un peu vulgaire (crise d'adolescence, voyez-vous…), il était toujours prêt à aider quiconque demandait son aide. On le voyait à tous les jours faire des commissions chez le marchand, aider les personnes âgées à changer leurs couches et laver l'hippopotame dans la rivière. Sa maman lui avait tricoté, il y a quatre ans de cela, un superbe chaperon de laine bleue, que le petit garçon portait fièrement lorsqu'il allait à l'extérieur. C'est pourquoi les gens le surnommaient "le petit chaperon bleu".

     Au milieu d'un bel après-midi d'été, la maman du petit chaperon bleu sorti sur le pas de la porte pour appeler son fils.

   - Petit chaperon bleu ! cria-t-elle. Youhou ! Maman a besoin de toi !

    Ayant entendu ces mots, le petit chaperon bleu s'empressa d'aller rejoindre sa mère.

   - Mon petit chéri, maman a besoin que tu lui rendes un petit service, mon mignon.
  
    - Mais m'man, j'ai pas le temps!, répliqua le petit chaperon bleu. La veille madame d'à côté fait une crise de cœur et y a le chien de M. Henry qui est en train de s'étouffer avec la perruche qu'il vient d'avaler.
  
    - Je sais mon chou, mais là il s'agit de ta grand-maman. Tu sais qu'elle souffre de l'alzheimer et qu'elle doit prendre ses pilules à tous les jours afin qu'elle ne perde pas trop sa mémoire. Quand elle est venue nous rendre visite hier, elle les a oubliées sur la table du salon.
  
    - Grand-mère est une vieille conne... En plus elle ne se souvient même pas de mon nom... Je m'appelle pas Gontrand, putain !
  
- Allons, allons, ne dit pas de gros mots, dit sa maman. Maintenant tu vas être un bon garçon et tu vas aller dans les bois chez ta grand-maman lui porter ses cachets de pilules. Je les ai mises dans un panier, et j'ai ajouté un pain et un petit pot de margarine.
   
   -Je viens de te dire que je n'avais pas le temps, merde ! Je n'irai pas perdre mon après-midi dans les bois pour cette vieille peau. Et de toute façon, ça ne me surprendrait pas qu’elle se soit perdue en chemin et qu’elle gît quelque part dans un fossé en pensant que c’est son bain.

   - Si tu n’y vas pas mon chéri, maman ne t’achètera pas ton toutou Trukamon.

   - Les Trukamons, ç’est à chier….

   - Putain de merde ! Tu vas aller chercher le damné panier pis tu te grouilles le cul à   l’amener à ta grand-mère avant que je te flanche une volée !! Compris ?!, cria sa mère. 
    
     - (gulp…) Ok…!, répondit le petit chaperon bleu.
    
     - Et n’oublie pas d’apporter ton épée au cas où un grand méchant loup t’attaquerait dans les bois.

      Le petit chaperon bleu alla donc prendre le panier que sa mère avait préparé, sur la table de la cuisine, et passa à sa chambre afin de s’emparer de son katana. Puis il embrassa sa maman et quitta la maison en prenant la direction des bois. En sortant du village, il aperçut la vieille dame d’à côté de chez lui qui venait de s’effondrer sans vie puisque son cœur venait de le lâcher, ainsi que M. Henry qui allait porter son chien mort à manger à l’hippopotame, le cœur brisé.

     Sa grand-mère habitait à environ une heure de marche, au milieu d’une grande forêt peuplée d’animaux sauvages. En cette période de l’automne, les feuilles des arbres tombées décoraient le sol et les animaux se préparaient à l’hibernation annuelle. Quelques chasseurs parcouraient aussi les bois à la recherche d’animaux à descendre pour avoir de quoi manger durant l’hiver qui approchait à grands pas.  

     Après une vingtaine de minutes à marcher dans la plaine, le petit chaperon bleu arriva finalement aux limites de la forêt. Tout était calme, on n’entendait que les « cui-cui » des petits oiseaux, les « wouf-wouf » des petits chiens et les « kagali-kagali » des petits écureuils. Il pénétra donc dans la forêt, épée d’une main et panier de l’autre. Toutefois, une ombre qu’il n’avait pas aperçu se cachait derrière un arbre et l’observait. Il s’agissait d’une grande méchante louve, qui ayant reniflé l’odeur du pain et de la margarine, délichait ses lèvres pulpeuses. Elle n’avait pas mangé depuis des jours puisque son mari, qui était chargé de rapporter la nourriture, s’était fait tuer dernièrement par un petit cochon transformé en dragon. Attendant que le petit chaperon bleu ait passé tout juste à côté d’elle, elle sortit de sa cachette et alla à sa rencontre.

     - Bonjour petit chaperon bleu, dit la louve. Que fais-tu dans les bois en cet après-midi?

     Le petit chaperon bleu sursauta et se retourna vivement.

     - Oh putain ! Vous êtes un grand méchant loup qui voulez me manger !!

     - Wooo, les nerfs jeune homme, répondit la louve. Premièrement, regarde-moi bien. Est-ce que j’ai l’air d’un grand méchant loup ?

     La louve commença à se dandiner le derrière de façon sexy devant le petit chaperon bleu qui avait les yeux grands ouverts. 

- Oh! J’ai compris, vous êtes une grande méchante louve sexy qui n’avez pas mangé depuis des jours et qui êtes affamée parce que votre mari qui était parti chercher de la nourriture la semaine dernière s’est fait tuer par un petit cochon transformé en dragon et là vous voulez essayer de me séduire afin que je vous donne le pain et la margarine qui sont dans mon panier.

   - Heu… c’est exact oui… répondit la louve, un peu surprise que le chaperon ait tout deviné. Mais comment le sais-tu ?

   - Je sais pas, dit le chaperon bleu, mais ça n’a pas d’importance puisque nous sommes dans une histoire stupide et que l’auteur sait plus quoi inventer.

   - Enfin bon, et ce pain, tu me le donnes ?, dit la louve en prenant un air agressif.

   - D’accord, tenez !

    Le petit chaperon bleu sorti le pain et le petit pot de margarine et l’offrit à la grande méchante louve sexy.

   - Gentil garçon va. Je te remercie. 

    Toutefois, lorsque le petit chaperon bleu sortit le pain, la louve aperçu le contenant dans lequel il y avait les pilules de la grand-mère. 

   - Qu’est-ce qu’il y a dans ce pot ? demanda la louve.

   - Oh ça ? Des pilules pour ma vieille peau puante de grand-mère qui a l’Alzaïhmer.

    La louve réfléchit quelques instants. Elle se disait que malgré son corps de déesse, elle n’était plus très jeune et elle se mettrait peut-être elle aussi à perdre la mémoire dans quelques années. Il lui fallait absolument ce contenant de pilules.

    - Donne-les-moi, dit la louve, sèchement.

    - Pas question, c’est pour ma grand-mère!

    La louve sortie ses griffes et fixa le chaperon bleu droit dans les yeux.

     - Si tu ne me donnes pas ces pilules, tu ne sortiras pas vivant de cette forêt je te l’assure.

     - Suce-moi, saloppe ! répondit le chaperon bleu.

     - Quoi ? dit la louve. Elle se calma et dit, « Bon, si c’est ce que tu veux. Allez, enlève ton pantalon ! »

      - Mais t’es folle ou quoi ? Putain, tu crois que je vais me mettre à faire ça avec un animal ? Ca va pas, merde! Je suis peut-être en manque mais pas à ce point ! Maintenant laisse-moi tranquille ou sinon…!

- Ou sinon quoi ? dit la louve. Tu iras pleurer dans les jupes de ta maman ?

- Sinon je plongerai ma lame si profondément dans votre gorge qu’aucune autre parole aussi discourtoise… heu… oups, mauvais scénario. Enfin… sinon tu vas goûter à la lame de mon épée!

    Le petit chaperon bleu dégaina son katana et se prépara à affronter la louve. Celle-ci, en voyant la lame bien aiguisée, recula et se remit à penser. Elle était trop faible pour combattre, elle savait qu’elle n’avait pas de chance. Alors elle se dit « Bien… je vais aller manger sa grand-mère et me faire passer pour elle, alors le petit morveux me donnera bien forcément les pilules. »

   - Ca va, dit la louve, tu es trop fort et ca ne sert à rien de me battre contre toi. J’abandonne. Au revoir, petit !

    Et elle se sauva en courant vers le fond des bois.

    Soulagé, le petit chaperon bleu remis son épée dans son fourreau et poussa un long soupir. Il regarda la louve s’éloigner et lorsqu’il ne la vit plus, il repris sa route en direction de la maison de sa grand-mère en oubliant cet incident. Plus il s’avançait dans la forêt, plus celle-ci devenait sombre. Les cimes des arbres se rejoignaient au-dessus de la tête du chaperon bleu, formant un semblant de tunnel de branches et de feuilles. Il se demandait où sa grand-mère avait la tête lorsqu’elle décida de s’installer dans un endroit aussi perdu. Et surtout, comment elle faisait pour ne pas s’y perdre avec son Alzaïhmer.

      Le petit chaperon bleu était perdu dans ses pensées quand soudain, une flèche rose passa à quelques centimètres de son oreille et alla se planter au beau milieu d’un tronc d’arbre. Le petit chaperon bleu sursauta et se retourna rapidement pour voir d’où venait la flèche, mais il n’aperçut personne.

- Qui est là ? cria-t-il.

      Aucune réponse ne se fit entendre.

    - Hey ! Qui est l’enfoiré qui s’est mis en tête de me tirer dessus ?! reprit-il.

      Il attendit quelques secondes, immobile, et quelqu’un sorti finalement des arbres, sautant d’une branche non loin et atterrissant à quelques pas du petit chaperon bleu. Celui-ci le fixa quelques instants et lui jeta un regard interrogateur. L’homme qui se tenait auprès de lui était vêtu d’une vieille paire de bas-culotte vert, d’une chemise en peau d’orignal et portait sur sa tête un chapeau planté d’une plume, complètement démodé. Dans sa main gauche, il tenait un arc et les flèches étaient insérées dans un carquois derrière son dos.

   - Mais qui c’est que t’es supposé être toi ? ,demanda le petit chaperon bleu.        

- Moi ?, dit l’homme en adoptant une pose glorieuse. Je suis le gardien de cette forêt, le sauveur des innocents, le baiseur de ces hommes, celui qui vole aux riches pour donner aux pauvres ! Je suis Robinood!

   - … De quecé ?       

    - Robinood ! Ne me dit pas que tu n’as jamais entendu parler de moi ! Mes exploits sont connus partout dans le continent. 

     - Non, désolé…    

     - Mais ça ne se peut pas voyons, je suis l’homme le plus populaire des temps ! J’ai vécu pleins d’aventures extraordinaires, moi, Robinood et mes gays compagnons, dont Petit Gland et Frère Poche.   

      Le petit chaperon bleu fit un signe négatif de la tête. Des types comme ça, c’était plutôt rare qu’il en rencontrait. 

     - Je m’en moque de qui vous êtes, dit-il. Mais dites-moi une chose, c’est vous le pédé qui m’avez envoyé cette flèche ? 

    Il désigna à l’homme la flèche rose plantée non loin.

   - C’est bien moi oui, désolé, répondit l’homme. De loin, je t’avais pris pour un sanglier. Je suis présentement en train de chasser pour que mes gays compagnons et moi ne manquions pas de nourriture pour l’hiver. Tu vois, une bande d’hommes seuls, dans les bois… ça fait beaucoup à nourrir. Ça te dirait de te joindre à nous mon petit ? 
  
    -Non de dieu, c’est quoi le problème dans cette forêt ? D’abord je rencontre une grande méchante louve qui veut me sucer, et là un homme vert qui veut me baiser. Mais où s’en va donc notre société…! En tout cas, ce n’est pas que vous m’ennuyez mais je suis pressé. Je dois me rendre chez ma grand-mère qui habite au milieu de la forêt pour lui amener ses pilules contre l’Alzaïhmer.          

    - Alors je ne te retiens pas plus longtemps. Mais prend garde, je crois connaître la louve dont tu parles, c’est mon ancienne maîtresse. Elle était tellement poche au lit que c’est à cause d’elle que j’ai viré mon arme d’épaule.

   Le petit chaperon bleu répondit qu’il avait déjà rencontré la louve tout à l’heure et qu’il n’y avait rien à craindre d’elle. Mais Robinood lui suggéra de se méfier quand même car les loups sont réputés pour être très rusés.

    - Si jamais elle te cause des ennuis et que tu as besoin de mon aide, prononce trois fois mon nom devant un miroir et j’accourrai à ta rescousse.   

    Le petit chaperon bleu remercia Robinood et repris sa route. Pendant ce temps, la louve arriva à la maison de la grand-mère. Elle regarda par la fenêtre et aperçu la vielle, couchée dans son lit, en train de feuilleter un Playgirl avec Jean Chrétien en page couverture. La louve s’avança devant la porte et cogna.

   - Oui, qui est-ce ?, demanda la grand-mère en se dépêchant de cacher sa revue sous l’oreiller.  

   La louve déguisa sa voix.

   - C’est moi, le petit chaperon bleu, dit-elle.               

   - Ah, c’est toi Gontrand ! Entre donc. Tire la chevillette et la bobinette cherra.      

    La louve resta un peu perplexe et regarda autour d’elle.

    - Tirer la quoi pour que Bobinette fasse quoi ?

    - Laisse tomber et entre, cria la grand-mère.            

    La louve entra dans la maison et s’en alla dans la chambre de la grand-mère. Celle-ci, en la voyant, poussa un cri d’étonnement.

     - Mon dieu ! Je savais que les enfants changeaient beaucoup à l’adolescence, mais à ce point-là ? Regarde-toi fiston, tu es aussi poilu qu’un ours et tes pectoraux sont encore plus gros que les miens. Au fait, pourquoi es-tu ici ?            

    - Je suis venu pour te manger ! , rugit la louve en se passant la langue sur les lèvres.     

    À son étonnement, la grand-mère ne sembla pas effrayée. Au contraire, un large sourire éclaira son visage. 

    - Oh ! dit-elle. Oh oh oh! Si tu savais fiston comme ça fait longtemps que je n’ai pas eu droit à ça ! À mon âge en plus.      

    La vieille se dépêcha à aller s’étendre sur son lit et souleva sa jupe, dévoilant… certaines parties qui devraient rester voilées...

   - Allez mon garçon, vient manger mémé !      

      Dégoûtée, la louve détourna le regard et se tapa le front. La vieille n’avait pas seulement que l’alzaïhmer, elle avait en plus de sérieux problèmes psychologiques.    

    - Mais rebaissez votre jupe, vieille demeurée ! Je ne voulais pas dire vous manger dans ce sens-là ! Ah et puis finissons-en.       

    Griffes sorties et mâchoires ouvertes, la louve plongea sur la grand-mère. Elle planta ses crocs dans la cuisse droite, l’arracha au reste du corps pour ensuite l’avaler d’un trait. Puis elle déchiqueta les deux bras avec ses griffes tandis que le sang giclait de partout. Enfin, la louve referma sa gueule sur la tête de la vieille femme et l’avala tout rond. Maintenant qu’elle avait avalé la vieille, elle se mit un bonnet de nuit sur la tête et s’installa confortablement dans le lit, attendant l’arrivée du petit chaperon bleu en feuilletant le playgirl à son tour.         

     Après avoir gambadé dans le sentier pendant une bonne demi-heure, notre héros arriva enfin à la maison de sa grand-maman. Il s’essuya les pieds et frappa à la porte. La louve changea encore sa voix afin de se faire passer pour la grand-mère.

   - Qui est là ?, demanda-t-elle.      

   - C’est Gontrand, vieille conne… dit le petit chaperon bleu d’un ton ironique.     

   - Entre, dit la louve. Heu… tire-toi la cheville et Bobinette tu chériras.      

    -Elle est folle…, pensa le chaperon bleu.      

     Il ouvrit la porte de la maison puis se dirigea vers la chambre à coucher. Sur la petite table de nuit, le chaperon bleu déposa le contenant de pilules puis détourna le regard vers le lit où était couchée la louve, déguisée en grand-mère. Le petit chaperon bleu la regarda d’un air interrogateur, surtout qu’il y avait plein de sang dans la pièce. Il trouvait que sa grand-mère avait beaucoup changé depuis sa dernière visite. Ses yeux étaient rouges, sa mâchoire allongée et le nez beaucoup plus large.

- Peut-être qu’elle s’est fait écraser le visage sous un rouleau compresseur en s’en venant et qu’elle a fait une hémorragie…, pensa le petit chaperon bleu.        

  Il s’approcha d’elle pour la fixer du regard.

- Oh grand-mère, comme vous avez un gros nez dégoûtant!, dit le petit chaperon bleu.     

- C’est pour mieux te sentir, mon enfant, répondit la louve.   

- Oh grand-mère, comme vous avez de grands yeux rouges! Avez-vous sniffé quelque chose?        

- Non, non… c’est pour mieux te voir mon enfant!  

- Oh grand-mère, comme vous avez de grosses babines !  

- C’est pour mieux t’embrasser mon enfant !     

-Beurk… dit le petit chaperon bleu. Oh grand-mère, comme vous avez…     

- Ok, ok, ça va faire les insultes !, rugit la louve. Un gros nez, des gros yeux, des grosses babines, merde et puis quoi encore ? Tu sauras mon ptit gars que je suis encore bien conservée malgré mon âge.          

    Pendant que la louve prononçait ces paroles, le petit chaperon bleu avait remarqué les longues dents pointues qui recouvraient les gencives de sa grand-mère. Il ne put s’empêcher d’en faire le commentaire.     

- Oh grand-mère… comme vous avez de grandes dents !, dit-il. 

- Grrr… dit la louve. C’est pour mieux te manger mon enfant!     

     La louve bondit alors du lit et se propulsa sur le petit chaperon bleu, pris au dépourvu et qui n’eut pas le temps de réagir. D’un seul coup de mâchoire, elle avala tout rond le petit chaperon bleu qui se retrouva dans l’estomac de la louve. Fatiguée, la louve retourna ensuite s’étendre sur le lit et s’endormit.

      Il faisait très noir à l’intérieur de l’estomac de la louve. On n’y voyait absolument rien. Le petit chaperon bleu bougea ses mains un peu partout, essayant de trouver quelque chose d’utile dans cet estomac. On ne sait jamais, peut-être que la louve aurait pu avaler des allumettes ou une lampe à l’huile. Mais en vain. Au lieu de ça, il mit la main sur un morceau de chaire qui ressemblait à un bras arraché et en explorant davantage, trouva d’autres morceaux un peu partout. En les reniflant quelques instants, il en vint à la conclusion que c’était les morceaux de sa grand-mère puisqu’ils puaient le ptit vieux, et un sentiment de grande joie illumina son cœur à l’idée qu’il n’aurait plus besoin de se taper des kilomètres pour aller la voir, étant donné qu’elle était maintenant morte. Une voix retentit toutefois non loin du petit chaperon bleu, qui lui parvint aux oreilles.     

- Gontrand ! Gontrand ! C’est toi fiston ?       
      
     Il n’y avait qu’une seule personne qui l’appelait Gontrand et c’était sa grand-mère. Le petit chaperon bleu la reconnu tout de suite.    

- C’est Paul-Aimé-Gérard mon nom, vieille connasse!, s’écria le chaperon bleu. T’es où que je vienne te chercher ?    

- Juste à côté de toi, à ta gauche.    

    Le petit chaperon bleu se retourna vers la gauche puis tâtonna les lieux pendant une dizaine de secondes avant de tomber sur un espèce de cadavre où il ne restait qu’accrochés au corps que la tête et une jambe.   
   
- Grand-mère ?, dit le petit chaperon bleu. Je croyais que tu étais morte !   

- Aspirine a réglé ça !, répondit la grand-mère.
    
- Ouais bon… il faut sortir d’ici avant d’être complètement digérés et transformés en merde. Tu as une idée ?, demanda le petit chaperon bleu.       

- Écoute Gontrand, j’ai 96 ans, je suis atteinte de l’Alzaïhmer, j’ai les deux bras et une jambe arrachés, le visage tout déformé par les cicatrices des canines de la louve, alors tu ne crois pas que c’est le moindre de mes soucis de sortir d’ici? Je suis prête à mourir depuis longtemps!      

   Le petit chaperon bleu réfléchit longuement à la situation dans laquelle il se trouvait et le désespoir envahissait son âme. Mais il releva les yeux, se redressa, pris une grande inspiration et dit :

- Non ! Il n’est pas question d’abandonner pour se laisser mourir ici. Nous devons trouver un moyen. Quel genre d’exemple serions-nous pour tous les jeunes enfants qui perdent leur temps à lire cette histoire ? Dans les moments de désespoir, il faut regarder plus loin que le présent et penser au futur. La vie peut parfois nous apporter peine, souffrance et malheur, mais tout ça n’est que passager. Il faut garder espoir et voir la lumière au bout du tunnel ! Nous sommes capables de résoudre les pires problèmes en y mettant courage et volonté. L’avenir nous réserve tout plein d’aventures palpitantes dont nous ne pouvons imaginer et je suis sûr que pour chaque mauvais moment que l’on vit, il y en a un bon qui surviendra plus tard pour compenser. Alors à ce moment, nous ne regretterons pas les mauvais moments. Nous en serons fiers car nous avons eu le courage de passer au travers pour être récompensés par le bonheur que nous vivrons après. Nous les jeunes, nous ne sommes pas une génération perdue. Nous avons pleins d’idées pour améliorer notre monde et le rendre meilleur et c’est d’ailleurs ce que nous ferons. L’avenir nous appartient ! Alors ne gâchons pas notre vie et nos idées pour quelques problèmes passagers. Courage mes frères, nous survivrons ! Pour tous les enfants qui étudient fort pour se trouver un bon travail, pour tous les adultes qui nous ont élevé du mieux de leur connaissance et qui nous aident à préparer notre avenir, pour les personnes âgées qui ont passé leurs vies à travailler dur et à qui nous devons respect avant qu’ils puissent reposer en paix, pour tout le peuple américain qui tente de devenir moins stupide, moi, le petit chaperon bleu, je sortirai vainqueur !     

     Suite à ce discours plein d’entrain, le petit chaperon bleu brandi son katana vers le ciel et sans le vouloir, la lame de l’épée alla se plonger dans la chaire de la louve et fit une ouverture assez grande pour que le petit chaperon bleu puisse se sauver. Il prit donc les restes de sa grand-mère pour ensuite se faufiler au travers des tripes de la louve vers l’extérieur, enfin libre. Mais comble de malheur, la louve se réveilla peu de temps après leur fuite et aperçu au loin le petit chaperon bleu qui courait vers l’extérieur de la forêt. Elle vit aussi ses entrailles, propres et bleues, qui pendaient au soleil. Elle ramassa rapidement ses tripes en prenant soin de secouer d’un geste de la main la terre qui lui collait dessus pour ensuite partir à la poursuite du petit chaperon bleu. Malgré sa blessure, il restait dans les muscles de la louve beaucoup d’énergie et elle fut en mesure de le rattraper après quelques minutes de course folle au travers des arbres.

    - S’en est fait de toi !, rugit la louve. Inutile de te sauver, tu sais très bien que je suis plus forte et plus rapide que toi. Affronte-moi si tu es un homme !     
  
   - Justement, je ne suis pas encore un homme alors tu peux aller te faire foutre! , répliqua le petit chaperon bleu.           

     Il continua sa course en transportant sa grand-mère mais la louve fit un bond d’une dizaine de mètres dans le ciel, passa par-dessus le petit chaperon bleu et atterrit tout juste en face de lui, lui bloquant le passage. Elle fixa le chaperon bleu droit dans les yeux, les griffes pointées vers lui. Le petit chaperon bleu ne savait plus que faire et en plus il se sentait complètement épuisé.   

  - Je sais ! dit-il. Je vais appeler Robinood !    

      Le petit chaperon bleu fouilla dans les poches de sa grand-mère pour en sortir un miroir de poche qu’elle conservait pour ajuster son dentier. Il se plaça devant et prononça :    

   - Robinood, Robinood, Robinood !     

      Rien ne se produisit. Le petit chaperon bleu répéta l’opération… mais sans succès.  

   - Putain, qu’est-ce qu’il peut bien foutre ce pédé quand on a besoin de lui !   

    À quelques kilomètres plus loin, Robinood était occupé à une brochette en compagnie de ses gays compagnons et sous les cris des orgasmes, il n’entendit pas le petit chaperon bleu qui appelait à son secours.

   - Je ne peux pas vaincre la louve, c’est fini, pensa le petit chaperon bleu.      

   - Pas encore, lui dit sa grand-mère. Écoute-moi mon garçon, tu sais que je n’en ai plus pour très longtemps à vivre et je ne veux pas avoir comme dernier souvenir l’image de ta défaite. Alors je vais te donner toute l’énergie qui me reste et tu vas combattre la louve jusqu’à ce que l’un d’entre vous trouve la mort au combat.
                            
   - Grand-mère, c’est pas le moment de dire des conneries, on n’est pas dans un conte de fée !, dit le chaperon bleu en regardant sa grand-mère.         

   - Tu crois ça ? Et bien regarde-moi bien aller !        

   La grand-mère ferma alors les yeux. Elle imagina un symbole sacré dans sa tête et concentra toute son énergie vers ce symbole. Au grand étonnement du petit chaperon bleu, le corps de la grand-mère se mit à luire de plus en plus fort, signe qu’elle accumulait de plus en plus d’énergie. Elle ouvrit alors les yeux au moment où le rayonnement était à son plus fort et à l’aide de sa jambe intacte, elle toucha le front du petit chaperon bleu. Toute la lumière qui se trouvait auparavant autour du corps de la vieille se transporta autour du jeune garçon qui sentit aussitôt son énergie revenir à lui et dépasser son taux habituel. La lumière envahissait le corps du chaperon bleu qui brillait tellement que la louve dû se détourner le visage afin de ne pas être aveuglée. Quand enfin la lumière s’estompa, le petit chaperon bleu se vit transformer en super ninja bleu !       

   Avec toute cette puissance à sa disposition, le super ninja bleu pouvait maintenant combattre la louve. Il dégaina son katana et fondis sur celle-ci, sa lame tranchant l’air à une vitesse démesurée. La louve eut bien du mal à esquiver les coups, l’acier de l’épée ayant parvenu à s’enfoncer à quelques reprises dans les côtes de la bête. La louve possédait toutefois des ressources et après que ses griffes eurent bloqué le coup suivant, elle referma sa patte sur la lame envoya un coup de pied à l’estomac du chaperon bleu, lui faisant ainsi lâcher prise sur son arme. La louve enchaîna avec plusieurs coups de poings à la mâchoire puis souleva le ninja bleu à deux bras pour ensuite le faire retomber violemment sur le sol. Elle s’apprêta à lui donner un coup de coude à la volée mais le super ninja bleu se tassa à temps et la louve frappa le sol. Le ninja bleu profita de cet instant pour s’emparer des tripes de la louve, la faire tournoyer et la propulser directement sur un tronc d’arbre. C’était le temps pour le ninja bleu d’en terminer avec cette enfoirée.

   Il reprit son katana sur le sol, leva la lame au ciel et se concentra. Une lumière entoura de nouveau son corps. Finalement, il dirigea sa lame vers la louve et prononça :

- SUPER DUPER ASS-KICKING ANTI-MONSTER FULL MEGA LIGHT ENERGY DARK DESTROYER ATTACK !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!             

   Un immense jet d’énergie apparu du bout de la lame, se propulsant droit vers la louve qui n’eut aucune chance d’esquiver cette super duper ass-kicking anti-monster full mega light energy dark destroyer attack et mourut sur le coup, pulvérisée. Le super ninja bleu repris ensuite sa forme normale de petit chaperon bleu.      

   - Woohoo!, cria-t-il. Cette vieille conne de louve est morte !     

  Tournant le regard vers la grand-mère, il l’aperçut allongée sur le sol, sans vie. Elle a dû avoir perdu la vie au courant de la bataille, ayant épuisée son énergie pour la donner à son petit-fils.  

    - Woohoo !, cria le petit chaperon bleu. Cette vieille conne de grand-mère est morte !
  
   Et ce fut ainsi que le petit chaperon bleu regagna sain et sauf son village, resté exactement comme il était avant son départ. Excepté pour l’hippopotame, mort étouffé en mangeant le chien mort, étouffé en mangeant la perruche.



                                                                      Fin.
    


Copyright Delthar Lightbringer et Lambertar, 2001

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