Récits

 
Le pneu...

J’ai fait placer un ouvre porte automatique pour le garage. Comme cela, je peux me mettre au volant, en fille bien entendu, et sortir sans avoir à aller depuis la porte jusqu’à la voiture au risque d’être aperçue par les voisins – il y a toujours quelqu’un derrière sa fenêtre – avec toutes les conséquences fâcheuses que cela pourrait entraîner.
Cette semaine, ma femme est partie avec une amie se promener dans le Périgord. Je suis seule à la maison.
J’ai pris deux jours de congé et je compte bien les vivre en fille à 100%, du matin au soir, et la nuit aussi…
Bon, au programme aujourd’hui, sortie en voiture. Le temps est mi-figue, mi-raisin, juste ce qu’il faut.
Que mettre ? C’est chaque fois le même problème. Dessous bien entendu toujours sexy, mais dessus ?
Allez, je me décide pour une guêpière noire, bas et escarpins vernis, soutien et string de dentelle bordeaux, petite robe d’été sage, ample, jaune avec des petits pois noirs, manches courtes très légèrement bouffantes, décolleté dans le dos jusqu’au soutien, et arrondi devant. Voilà, et comme perruque ? La frisée auburn aux boucles un peu folles qui me donnent un air un peu sauvage mais très sensuel.
Mon sac rouge, le grand, j’ai toujours plein de trucs à prendre, poudre, pinceau, rouge à lèvres, papiers, mouchoirs kleenex, clefs… et aussi parce que on ne sait jamais… quelques préservatifs.
Ah, aussi un peu d’argent, les papiers de la voiture, et… qu’est ce que j’oublie ? des photos de moi… les adresses des endroits où éventuellement aller si j’en ai le courage (boutiques, librairies, cafés et restaurants accueillants pour les T*).
Un collier doré, un bracelet d’esclave doré aussi, une petite montre barcelet et mes boucles d’oreilles noires -je les adore, elles sont faites d’une grosse boule noire qui pend à une chaînette. Elles bougent et j’aime les sentir contre mon cou quand je marche –
Je descend dans le garage, j’ai mis mes lunettes de soleil,  je m’assieds, le cuir des sièges est délicieusement frais sur ma peau, juste au dessus des bas. Ma robe est toute remontée. Je sens le string qui tire entre les fesses, mmmmm, tout ce qu’il faut pour me rendre heureuse et consciente de ma féminité.
Hop, je lance le moteur, télécommande, la porte bascule, il n’y a personne devant chez moi, j’avance.
Et voilà, je suis en train de rouler, je crois que je vais aller me promener dans la campagne du côté de l’abbaye de Villers, par les petites routes, c’est beau et tranquille. Je suis très excitée rien qu’à l’idée d’être ainsi femme, dans ma voiture et de voir les passants qui ne se doutent de rien. Il y a peu de circulation. J’arrive à un rond-point , je m’arrête, laisse passer les voitures, une jeep grand Cherokee s’est arrêtée à ma gauche. Je tourne la tête, le type côté passager me regarde et me fait un sourire. Je le lui rend… la vie est belle.
Je démarre. Il a eu une jolie vue sur mes cuisses… l’idée me donne un frisson de contentement. Je roule vers Nivelles. Je vais tourner au carrefour de Villers-la Ville à Loupoigne.
La route serpente dans les bois, sinueuse et déserte. Je roule à mon aise, la fenêtre est ouverte, mes cheveux volent au vent… c’est merveilleux. Ce serait encore mieux si j’étais avec une amie, T* bien sûr, pour partager ce plaisir d’être fille, jolie et libre…
La voiture tangue tout à coup légèrement. Tiens ? Qu’est-ce que c’est ? Je roule jusqu’à une chemin de travers qui conduit vers le sous-bois. J’arrête un peu à l’écart de la route, juste devant une barrière de rondins qui interdit le passage aux voitures vers le bois. Je descend. Mmmmm, me relever, arranger ma jupe du plat de la main, quelle sensation agréable. Je fais quelques pas, de l’air frais remonte entre mes cuisses, c’est comme une caresse. Je fais le tour de la voiture…. Zut, mon pneu arrière gauche est à plat…
Il fallait bien que ça m’arrive maintenant… alors que j’ai des beaux ongles… une robe toute neuve, zut et rezut ! Bon, mais il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, ça ne sert à rien de pleurnicher, il faut la changer. J’ouvre le coffre, voilà la roue de secours et le cric et la manivelle…
Je relève ma jupe, je m’accroupis, pas évident, je ne voudrais pas la salir…
Et mes ongles…. Aï… Attention. Etc’est dur, bloqué ce foutu boulon, j’essaye l’autre, mmmmmmmmmm, aussi dur, je n’y arrive pas. C’est marrant si j’avais été en mec, je parie que j’aurais réussi mais en fille je m’identifie tellement à ma condition que j’en ai aussi les faiblesses (et le charme bien sûr !).
Encore un essai, rien à faire ! Et je commence à avoir chaud… et mes mains sont toutes sales… est-ce que j’ai des serviettes humides dans la boîte à gants. J’ouvre la portière et me penche, oui, j’en ai. Aui moment où je prends la boîte, je sursaute, quelqu’un derrière moi m’a parlé .
- Bonjour mademoiselle, je peux vous aider ?
Pas de panique, du calme, j’ai le cœur qui bat à du 100 à l’heure… il m’a fait peur le con, non, je ne dois pas dire cela, il est aimable, il a proposé de m’aider. J’ai peur qu’il ne se rende compte, comme toujours, j’ai si peu confiance en moi, à la fois je me trouve superbe, irrésistible, féminine et dès qu’un homme se pointe, j’ai l’impression d’être fagotée comme un malpropre, que tout me trahit, depuis le maquillage jusqu’à la voix en passant par les réactions, les gestes, et l’aspect physique…. Et non ! Pourtant chaque fois, je suis bien passée, je devrais avoir plus confiance en moi. Moi je sais, mais « eux », ils sont à mille kilomètres de se douter… et même si certains détails « trahissent », pourquoi sauteraient-ils à la conclusion que je suis un mec ? Ils voient une (belle) fille, sexy même, et les petites imperfections sont sans aucun doute considérées comme telles, sans plus. Et puis même à la limite s’ils avaient un doute, cela devrait plutôt les déstabiliser que les rendre agressifs, un doute n’est pas une certitude, ils n’oseraient pas risquer de se « tromper »… et puis finalement quand bien même ils seraient presque ou tout à fait sûrs, quelles pourraient être leurs réactions ? Trouble ? Curiosité ? Séduction ? Excitation ? Pas forcément illico réaction brutale et méchante… Bref, j’ai tort de m’en faire… au contraire, c’est excitant ce genre de situation. Et puis il est seul et un contre un, je crois que j’aurais l’avantage de ressembler à une fille… ce qui est inhibant pour un homme. Je pense à toute allure. Il n’a pas attendu, il s’est emparé du cric et a relevé ses manches. Il va me montrer qu’il est un homme, un chevalier  servant volant au secours de la demoiselle en détresse. La voiture et les pneus, c’est des affaires d’homme, pas de nanas ! N’est-ce pas.
Je le regarde faire, c’est quand même dur, même pour lui, il force, visiblement il ne veut pas perdre la face. Il est en pantalon flottant avec des poches sur la jambe, un chemisier flottant aussi, beige, il a des cheveux courts, bien propres, et puis il sent le frais, on dirait du… euh… du Givenchy pour hommes. J’aime bien.
Il a des grosses chaussures de sécurité style caterpillar, c’est un amoureux de la nature, de bonne éducation donc sans doute gentil et intéressant. En tous cas serviable, ça c’est sûr.
Il se tourne vers moi avec un large sourire…
- C’est drôlement bloqué ces boulons, mais ne vous en faite pas, je vais y arriver..
Je lui souris aussi… Il se remet au travail. Une demi heure après il a changé la roue. L’autre est dans le coffre. Il a rangé le cric et la manivelle, refermé le coffre. Il a chaud, des minuscule gouttelettes de sueur perlent sur son front. Je lui tend les serviettes humides. Il s’éponge le front. Et maintenant ? Il s’est appuyé contre la voiture.
- Et voilà, belle demoiselle, vous êtes sauvée. Pensez à aller directement au garage faire réparer la roue. Et ne roulez pas trop vite, la roue de secours est différente des autres, cela peut influencer le comportement de la voiture. Soyez prudente.
Il me sourit encore, décidément, c’est un gentil. Je suis un peu gauche, je n’ose pas trop parler, ma voix j’ai peur qu’elle me trahisse. Il me tend la main.
- Au revoir alors mademoiselle, bonne route et bonne journée.
Il ramasse son blouson qu’il avait posé sur le capot et s’éloigne. Beau type quand même. Il est à 20 mètres, se retourne et me fait un petit signe de la main. Il avance encore dix mètres, hésite, se retourne à nouveau, je n’ai pas bougé et continue à le regarder, il a un beau cul, j’aime les hommes qui ont des beaux culs. Il fait encore signe. Il s’est même arrêté, il hésite, attention il va revenir… je contourne la voiture et ouvre ma portière. Un regard par dessus le toit. Il est arrêté, je lance le moteur, je manœuvre, je vais devoir passer à sa hauteur pour remonter sur la route. Ma fenêtre est ouverte. Je m’arrête au stop. Il est juste à hauteur de ma portière arrière. Il avance un pas. Il me cache la vue, je ne vois pas les voitures qui arrivent. Il le fait exprès. Il me regarde encore… a-t-il un doute ? Non, je parie qu’il pense à une aventure…
Je lui souris.
- Excusez-moi, je ne vois pas , vous pouvez bouger un peu ?
- Mais bien sûr, excusez-moi , attendez, je vais vous aider…
Il se tourne, puis me fait signe de la main :
- Allez-y, maintenant, la voie est libre, au revoir, non attendez !
Je pile. Il s’accroupit :
- J’aimerais vous revoir, donnez-moi votre téléphone. Je m’appelle Loïc, je suis français. Attendez, voilà mon numéro.
Il a ouvert son portefeuille et griffonne quelque chose. Il me le tend. Il y a son prénom et un numéro de téléphone.
- C’est à Bruxelles, j’y travaille pour le moment, vous m’appellerez ? D’accord ?
J’ai tendu la main, il me retient les doigts. Le contact physique a quelque chose de très excitant. Attention mes ongles ! Il me lâche la main. Je dépose le carton sur le siège à côté de moi.
- Merci, vous avez été gentil, mais laissez-moi partir maintenant, je vais être en retard.
Il se penche à la portière il est près de mon visage, j’ai le réflexe de tendre les lèvres, trop tard, ça y est, on s’est donné un (petit) baiser. Il se relève…
- Allez-y maintenant, au revoir, merci, à bientôt…
J’ai déjà passé la deuxième, je le vois dans le rétroviseur, il me fait des grands signes maintenant. Je pense : au revoir Loïc, c’était bien agréable, tu m’as fait vivre quelques instants où vraiment j’étais une fille, séduisante et jolie… Merci.

***


 
 
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