Récits

 
Petit coups de langue pour le plaisir

Je deviens plus audacieuse avec le temps. Peut-être parce que je me sens plus sûre de moi. A moins que ce ne soit parce que seule la première fois coûte ? Je ne sais pas. Mais sortir me promener, seule, ne me fait plus (aussi) peur qu’avant… au contraire !
Aujourd’hui il fait beau. Idéal pour étrenner la petite robe d’été à laquelle je n’ai pu résister chez C&A. Elle est ravissante de vichy beige et blanc, fines bretelles, et décolletée dans le dos.
J’ai pris un demi jour de congé, je me suis changée et maquillée et me voilà prête pour mon petit tour dans le parc du château de La Hulpe. Il y a un lac, des allées ombragées, c’est plein de fleurs et on n’y croise que des amoureux et des gens paisibles.
J’ai rangé la voiture devant les grilles à l’ombre le long de la chaussée de la Hulpe.
Je me penche pour prendre mon sac, mes lunettes de soleil, je ferme bien la voiture, les clefs dans le sac, je me redresse, vive la vie…
Il y a un marchand de crèmes glacées près de l’entrée. Je ne peux résister, je suis sortie pour me faire plaisir, non ?
- Bonjour Mademoiselle, qu’est-ce qui vous tente ? me lance le marchand d’un air enjoué.
Le « mademoiselle » me ravit… je me sens belle.
- Un cornet fraise et chocolat s’il vous plaît. J’ai parlé doucement sans forcer la voix vers les aigus… m’a-t-il entendu ?
- Un cornet fraise et chocolat pour la demoiselle, c’est parti… de la chantilly ?
- Non merci.
- Il chantonne en préparant la glace penché en avant vers ses cuves, se relève, me la tend avec un grand sourire… semble hésiter une seconde… aurait-il un doute? Un frisson me parcourt. Je souris.
- C’est 80 francs belle demoiselle…
- Je paye, prends la glace.
- Bonne promenade belle demoiselle. Et pour Monsieur, ce sera ? J’en profite pour m’éclipser.
Je m’engage sur la logue allée gravillonnée éclatante de blancheur sous le soleil. Il fait chaud, heureusement qu’il y a une petite brise. Je me dirige vers la droite, vers l’étang de la Longue Queue. Je ne peux m’empêcher de sourire en pensant au nom de ce lac… Je lèche ma glace à petits coups de langue. C’est délicieux.
Je me sens légère, féminine, si bien dans cette petite robe claire. Y a-t-il quelqu’un pour me regarder ? Non, apparemment je suis seule. J’arrive dans l’ombre de l’allée qui longe le lac. Un petit coup de langue pour rattraper la goutte rose qui file le long du biscuit, mmmm.
Il y a un banc plus loin, je vais m’y asseoir. Il est un peu à l’écart, dans l’ombre, face au plan d’eau. Je vois des cygnes qui glissent silencieusement , c’est si beau et si calme.
Voilà, j’y suis. Je relève l’arrière de ma robe, le contact du bois rugueux sur mes cuisses a quelque chose d’excitant. Faudrait quand même faire attention à ne pas filer mes bas. Ma robe remonte haut sur mes cuisses, je la lisse du revers de la main. Mon string tire un peu entre mes fesses, je rajuste mon soutien gorge délicatement. Je me tiens bien droite, jambes croisées. Je ferme les yeux en suivant mentalement la petite vague de fraîcheur parfumée qui descend dans ma gorge… un petit coup de langue, juste pour renouveler le plaisir… un petit éclair de jouissance, la vie est belle. Le bruissement de feuilles me berce. Je me sens glisser dans un rêve…
Je sursaute, une crissement dans le gravier. Quelqu’un arrive ? Non, c’est un chien, un beau labrador blanc tout foufou. Il renifle mes jambes… je tends la main pour le caresser, il redresse si brusquement la tête que j’ai un geste de recul, zut, la boule de ma glace bascule, j’essaie de la rattraper, trop tard, elle atterrit sur ma robe. Je pousse un petit cri de dépit.
Comme s’il m’avait entendu, le chien me regarde avec un regard  tout gentil et s’avance pour lécher la glace répandue …
- Non attend, laisse, ouste, recule… je le repousse de la main, il résiste. Je jette le cornet, il se précipite et m’abandonne. Je me relève, la boule tombe par terre, laissant une traînée rose et brun sur le tissus clair. Je me rassied, cherche dans mon sac un kleenex.
Un autre bruit, il y a maintenant quelqu’un derrière moi.
- Toufou, ici, vient ici… qu’est-ce que tu fais là ?
Le chien a englouti la glace, il revient vers moi et cherche à nouveau à lécher ma robe…
- Toufou, arrête, laisse la demoiselle tranquille, vient ici… il est juste à la hauteur du banc, essaie de prendre le chien par le collier pour l’écarter. Il a trente cinq, quarante ans, plutôt bel homme, souriant…. Il aperçoit la tache sur ma robe.
- Oh, mon dieu, C’est lui qui a fait ça ? Je suis désolé…
- Ben oui, il m’a surprise, j’ai eu peur et ma glace est tombée…
- Vous ne devez pas avoir peur, c’est un très gentil chien, sauf qu’il est un peu foufou… d’ailleurs on l’appelle Toufou.
Je lui souris.
- C’est un nom qui lui va bien…. En effet !
Il s’est assis sur le banc juste à côté de moi. Il montre la tache.
- Attendez, je vais essuyer.
Il sort un grand mouchoir blanc de sa poche, de l’autre main s’apprête à prendre le bord du tissus de la robe, hésite une seconde juste au moment où il allait prendre le bord de la robe en glissant sa main en dessous, sur le bas... dont la lisière d dentelle est visible. Il devient tout rouge et bafouille…
- Excusez-moi, je… je ne voulais pas, je… il faudrait un peu d’eau, attendez…
Il se lève brusquement, fait deux pas et s’accroupit au bord de l’eau, y trempe son mouchoir. Je le regarde faire. Au fonds de moi, je ris. Il a l’air plutôt embêté et bien élevé en tous cas. Sa spontanéité et son trouble le rendent sympathique, en plus il est plutôt séduisant… Il est revenu. Il a roulé le mouchoir en boule et tamponne la zone tachée… résultat, la tache s’agrandit… il s’arrête, lève les yeux vers moi …
- Je suis confus, je fais pire que mieux, je suis vraiment bête, excusez-moi. Je vous paierai le nettoyage…
Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire de la voir si sincèrement embêté.
- Ce n’est pas grave, ne vous en faites pas, ça partira au lavage.
- Ah bon, mais quand même, c’est à cause de Toufou, je … je vais vous payer une autre glace, vous voulez bien ?
- Non merci, c’est gentil, je n’ai plus envie.
- Ah, alors, euh… ça m’embête quand même… surtout que… vous êtes très jolie vous savez.
Le compliment lui a  échappé si naturellement, à mon tour de ne pas savoir quoi dire.
- Merci, c’est très gentil…
Un silence s’installe, on n’entends plus que les bruissement des feuilles et le chant des oiseaux… Le chien court le long de la rive. On le regarde tous les deux. Les cygnes se sont éloignés. Je le sens près de moi. Sa respiration s’est un peu précipitée. Il ne dit rien.
Je décroise et recroise mes jambes. Il suit leur mouvement des yeux.
Son bras est derrière moi, appuyé sur le dossier du banc. Je me redresse un peu. Mon dos nu entre en contact avec ses doigts. Je n’ose plus bouger. Il ne les retire pas. Le silence se fait un peu oppressant. Je me sens à nouveau envahie d’une angoisse terrible. Il est là, à moins de 30 cm de mon visage, il me voit parfaitement (heureusement qu’on est à l’ombre quand même), est-ce qu’il va se douter de quelque chose ? Les pensées se bousculent dans ma tête… je me tourne vers lui. Il me sourit. Je rends le sourire. Toujours pas un mot. Il me regarde dans les yeux. Je sens ses doigts bouger imperceptiblement. Ils se posent plus franchement sur mon épaule. Je ne bouge pas. On est toujours les yeux dans les yeux. Il hasarde un glissement, une caresse déguisée ? j’ai un frisson. Il s’arrête. Puis reprend son mouvement. Sa main est à présent posée sur mon épaule. Je ferme les yeux. Je sens que sa main me tire doucement vers lui. Son souffle tiède sur ma joue, un contact imperceptible sur mes lèvres, il m’a embrassée. Je reste immobile. La pression des lèvres se fait plus nette. Le contact se prolonge, je me laisse aller, sa langue force délicatement le barrage. Je cède à peine. Il n’insiste pas vraiment. Un coup de langue pour le plaisir balaie mes lèvres et il se détache.
- J’adore le goût fraise et chocolat…
J’ai rouvert les yeux. Il s’est reculé et continue à me regarder. Il est souriant.
- Moi aussi…
Nouveau grand silence. Un ange passe,  il s’appuie sur le dossier du banc, son bras sur ma nuque et sa main sur mon épaule il me serre contre lui.
Je sens avec horreur monter une érection pas féminine du tout… j’ai peur qu’il ne s’en rende compte, ma robe est si fine…
- Laissez-moi maintenant s’il vous plaît… je voudrais rester seule.
Un autre moment de silence, il hésite, sa pression se relâche. Il s’apprête à dire quelque chose.
Je pose mon doigt sur ses lèvres.
- Non, ne dites rien, c’est très bien comme cela. J’ai juste besoin d’être un peu seule, vous voulez bien ?
Il me regarde, sourit, se lève…
- Toufou, viens, viens mon chien, on s’en va.
Le chien accourt, il est tout mouillé, il a du sauter dans l’eau. Il s’apprête à s’ébrouer juste devant nous.
- Arrête idiot, tu vas nous éclabousser, recule, va-t-en… le chien s’écarte et s’ébroue quand même trop près, les gouttes volent dans tous les sens.
- Oh, je m’excuse mademoiselle, décidément vous n’avez pas de chance avec nous.
- Viens Toufou, viens maintenant, allez, on part. Il s’éloigne avec le chien.
- Au revoir mademoiselle… il me sourit.
- Je viens me promener avec Toufou ici tous les jours. J’espère bien qu’on vous reverra, il a l’air de bien vous aimer.
Je reste seule. Je crois que lui aussi devait bien m’aimer… machinalement je passe la langue sur mes lèvres. Un petit coup de langue, juste pour le plaisir.

***


 
 
Retour

 
 
Hosted by www.Geocities.ws

1